18ème dimanche du temps ordinaire – Transfiguration

Homélie du 18ème dimanche du temps ordinaire – Année A – 6 août 2017

Fête de la Transfiguration

Lectures : Dn 7,9-10.13-14 Ps 96 2 P 1,16-19 Mt 7,1-9

                    Ce matin j’aimerais explorer le lien entre la transfiguration et notre célébration.

                    La prédication et le ministère de guérison de Jésus était en pleine expansion. Cependant une question hantait ses amis et ses ennemis : qui était-il et quel était son but, son objectif ? C’est au cœur de cette spéculation que nous devons situer la déclaration de Pierre lorsqu’il affirme que «Jésus est le Christ, le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Après avoir confirmé son identité et clarifié ce que cela implique, au lieu de monter à Jérusalem, Jésus fait une halte. A la fin celle-ci, il gravit le sommet d’une haute montagne avec trois de ses disciples. Une consultation étrange s’y déroule. Ensuite les quatre redescendent et Jésus donne la consigne à ses compagnons de ne révéler à personne ce qu’ils ont vu.

                    Jésus et ses disciples ont ensuite continué leurs ministères, mais il n’était pas évident de comprendre pourquoi ils se sont imposés une halte, afin d’être disponibles et d’aller sur la montagne. Après avoir confirmé la véracité de l’opinion de Pierre sur sa personne, Jésus explique aux disciples les difficultés auxquelles le Messie sera confronté. Il va être rejeté par les chefs religieux, exécuté et, après sa mise à mort, il va ressusciter. Ceci ne comblait ni l’attente du peuple d’Israël ni celle des disciples qui attendaient un messie libérateur.

                   Pour n’avoir pas compris le sens de la mission de Jésus, Pierre et les autres vont se retrouver en pleine tourmente, car ils étaient disciples de quelqu’un considéré comme hors la loi. Ils étaient confus et effrayés, car si pour Jésus il était clair qu’il devait assumer les prophéties liées au messie et au serviteur souffrant cela n’allait pas de soi pour ses disciples.

                   Avec la transfiguration, ce qui semblait caché devint perceptible aux disciples, à savoir : Jésus était l’accomplissement de la loi de l’Ancien Testament et des prophètes, Jésus était l’image de Dieu et la lumière du monde pleine de splendeur et de vérité. Pour cela il fallait l’écouter, lui obéir et le suivre. C’est à cela que nous convie la transfiguration qui ne livrât son sens plénier qu’après la résurrection. Il me semble que c’est la raison pour laquelle Jésus recommanda aux disciples de garder le silence.

Quelle fût la réponse des disciples ?

                   Par une sorte d’émerveillement mêlée de peur, face à la densité du mystère, Pierre propose de construire des tentes sur la montagne. «Une pour Jésus, une pour Moïse et une pour Elie»… «car il est bon que nous soyons ici !» dit-il. Mais alors qu’ils étaient prostrés «saisis d’une grande crainte» Jésus vient à leur secours, il les rassure et les invite à continuer, avec lui, leur route.

                    Quelques fois notre vie peut sembler être une aventure analogue à celle des disciples où tout peut basculer brusquement et nous faire prendre conscience de sa fragilité. C’est à ce moment-là que nous avons besoin de gravir le sommet de la haute montagne en compagnie de Jésus. C’est là que nous pouvons percevoir la réalité de l’amour inconditionnel de Dieu. C’est là que nous pouvons faire l’expérience de sa proximité, de son « être avec nous » qui nous libère de nos peurs, nous relève et nous prépare à redescendre de la montagne, pleins d’énergie positive et d’amour à transmettre et à partager aux autres.

                   Être témoin ou vivre cette expérience de la haute montagne peut créer en nous la tentation d’y demeurer pour toujours, à l’image de ceux et celles qui s’abandonnent par une prière de contemplation, à la divine providence ou qui découvrent au cours d’une célébration  cette irruption de Dieu dans leur vie.

                  En effet il est possible de vivre sa vie de foi comme une abeille butinant d’une fleur à une autre en quête de nectar, de préférer le rite classique, la messe en latin aux possibilités qu’ouvre la réforme liturgique de Vatican II, de se sentir à l’étroit dans une église plutôt que dans une autre, de participer et de « collectionner » toutes sortes de conférences spirituelles ou d’exercices de piété, en quête constante de cette expérience de haute montagne. De cet enivrement des cimes !

                    Jésus cependant nous invite à redescendre de la montagne, à assumer les réalités de nos existences terrestres afin d’être le reflet de sa gloire et de son amour, même dans les moments les plus sombres de nos vies.

P. Patrice Batantou sj