19ème dimanche du temps ordinaire

Homélie du 19ème dimanche du temps ordinaire – année B – 12 août2018

Lectures : 1R 10,4-8     Ps 33     Ep 4,30 à 5,2     Jn 6,41-51

                    Nous continuons la lecture de St Jean que nous avons commencée il y a déjà deux dimanches. Après avoir écouté, il y a 15 jours, le récit de la multiplication des pains et dimanche dernier le début du discours qu’il fit dans la synagogue de Capharnaüm et où il affirmait qu’il était le pain de vie, aujourd’hui Jésus fait face à la récrimination des Juifs. En effet, il ose dire : « Moi je suis le pain qui est descendu du ciel ».

  1. Qui est Jésus

                    Le discours de Jésus est difficile à comprendre pour nous mais il est inaudible pour un Juif. « Je suis » n’est-il pas le nom que Dieu à indiqué à Moïse lorsqu’il s’est révélé à lui. En effet, à l’issue de l’apparition de Dieu à Moïse au buisson ardent, il lui a été demandé d’aller parler au peuple pour le faire sortir d’Égypte. Moïse protesta : « Mais ils me diront : quel est son nom ?, que leur dirais-je ? Dieu dit à Moïse :  »Je suis celui qui est » ». (Ex 3,13-14). Comment Jésus ose-t-il dire : « Moi, Je suis » ? En parlant ainsi il usurpe le nom de Dieu et pire, il se fait Dieu.

                    Jésus tout le monde le connait. Il est de Nazareth. Il est le fils de Joseph le charpentier et de Marie. On connaît sa famille. Lui qui est un homme, comment peut-il être Dieu ? Cette question nous est également posée. Elle touche à l’identité même de Dieu. Toute notre société y répond en disant : « Dieu n’existe pas ». Certains qui admettent l’existence de Dieu disent : « je pense qu’il y a quelque chose ». Il y a quelque chose ou quelqu’un. Que Dieu soit là-haut dans son ciel est compréhensible, qu’il soit une personne est difficilement admissible. Qu’il soit le fils de Joseph le charpentier, qui était de condition modeste, est encore plus difficile à croire. Cette même objection a rendu difficilement recevable, pour certaines personnes, le message de Bernadette. Comment Bernadette, dont le père avait été en prison et dont la famille vivait dans le cachot de Lourdes avait-elle pu voir la Sainte Vierge ?

                    On aurait admis que Dieu vienne dans un palais de roi. Comment Jésus a-t-il pu naître dans une étable à Bethléem ? Cette naissance, si nous y sommes habitués n’est pas sans nous interroger. Jésus, un de la Trinité, en venant dans notre monde n’a pas choisi un chemin de grandeur mais il s’est fait petit pour rejoindre le pauvre et l’opprimé, celui qui est malade ou exilé. C’est dans sa faiblesse qu’il est venu dans notre monde et c’est la Croix qu’il a choisie comme moyen pour sauver l’humanité du péché et de la mort.

  1. La manière d’agir de Dieu

                    Ce chemin choisi par Dieu, pour sauver l’humanité, nous prend à contre-pied. Les Juifs, de leur côté, récriminaient contre Jésus. Jésus n’hésite pas à leur fait remarquer : « Ne récriminez pas entre vous ». Ce mot est fort, et lourd de signification pour son auditoire. En effet, on se souvient que dans le désert, alors que le peuple avait faim, avait soif, il récrimina, il murmura contre Moïse et contre Dieu : « Pourquoi nous avoir fait sortir d’Égypte ? Que ne sommes-nous morts de la main du Seigneur au pays d’Égypte ? ». Les Juifs face à Jésus, récriminent de la même manière que celle que fit le peuple hébreu, contre Moïse et contre Dieu, dans le désert.

                    La manière que Dieu a d’agir est surprenante car elle n’est pas celle que nous aurions choisie pour sauver l’humanité. En leur disant : « Ne récriminez pas entre vous » Jésus interroge les Juifs de manière forte. En effet, au moment de l’Exode, durant la traversée du désert le peuple qui avait faim, qui avait soif, récrimina contre Moïse et contre Dieu. En utilisant ces mêmes mots, Jésus dit de manière explicite aux Juifs qu’ils sont comme leurs pères. Ils récriminent contre Dieu car ils ne comprennent pas la manière d’agir de Dieu et même ils s’y opposent.

  1. Se nourrir de Dieu

                    Aujourd’hui l’homme pense pouvoir vivre sans Dieu. En se coupant de Dieu, il se perd car il lui manque la nourriture qui donne la vie. Sans nourriture on meurt. L’homme qui se coupe de Dieu souffre d’anorexie. Il est un homme malade. Au début il ne sait pas qu’il est malade mais en perdant l’appétit celui qui est anorexique perd ses forces. C’est un suicide à petit feu.

                    Jésus est une véritable nourriture. Il est la vie. Sa nourriture Dieu nous la donne de différentes manières :
– Sa nourriture, on la reçoit en lisant la parole de Dieu. A ce niveau-là, nous avons beaucoup à apprendre de nos frères protestants pour qui la Bible est leur livre de chevet.
– Sa nourriture, on la reçoit dans la prière. Sans prière l’homme est comme une terre sans eau. Avec la canicule toutes les plantes se dessèchent et la terre devient comme un désert.
– Sa nourriture, on la reçoit en mettant nos pas dans les siens, en écoutant la voix du Saint-Esprit qui murmure en nos cœurs. L’Esprit Saint, il nous faut le demander pour suivre Jésus.
– Sa nourriture, on la reçoit en se retrouvant chaque dimanche à l’eucharistie, en partageant le corps du Christ dans une dimension communautaire.

                    Oui, Jésus est le pain descendu du ciel. Il est venu au milieu de nous pour nous donner la vie. Ce pain Jésus veut nous le donner. D’une certaine manière il se met à nos genoux et nous supplie de l’accueillir car en l’accueillant il nous transmet la vie. Jésus, en venant dans notre monde se donne à nous. Il est la chair pour la vie du monde. Cette vie qu’il nous donne, il nous invite à la donner. Cette vie qu’il nous donne n’est pas uniquement pour nous. Elle est pour le monde entier.

                    Pour nous y aider il nous faut réaliser à la fois le cadeau qui nous est fait d’accueillir Jésus dans notre vie mais aussi le désert dans lequel le monde se trouve. On ne peut aider les autres que si on remarque qu’ils ont besoin d’aide. Telle est la mission que Jésus nous confie : porter la vie au monde !

P. Christian Vivien sj