1er dimanche de Carême

Homélie: 1er dimanche de Carême – année C – 10 mars 2019

Lectures :  Dt 26,4-10   Ps 90    Rm 10,8-13      Lc 4,1-13

                    Le carême est cette période de quarante jours qui nous prépare à célébrer un événement majeur, la Pâque du Seigneur. C’est un moment privilégié de l’année liturgique, un temps fort de conversion intérieure, de purification et de sanctification individuelle et communautaire. Nous devons le vivre dans la joie que suscite une retraite spirituelle , pour permettre au Père, et à l’Esprit Saint d’embraser notre vie, de terrasser en nous ce qui résiste et fait obstacle à leurs grâces, d’ainsi donner priorité au Christ dans nos vies

                    « Le carême est un temps de renouveau pour l’Église, un temps de grâce », nous interpelle le pape François. L’appel à ce retournement radical en nous et en église est d’autant plus pressant à l’heure où le monde, comme les prophètes des temps anciens qui dénonçaient le péché des élites, nous livre le solde négatif de nos iniquités et pratiques déshumanisantes qui relèvent d’un autre âge, mais qui pourtant nous rejoignent dans un présent qui n’est pas une illusion encore moins un mensonge. Lorsque des vies humaines sont blessées, et marquées de séquelles indélébiles par certains pédagogues devenus délinquants, la caution morale et spirituelle de l’Eglise « experte en humanité » ne perd t-elle pas de son éclat ? Certains membres de son clergé ne se situent t-ils pas dans la ligne de mire de la cinglante critique de Jésus qui traite les pharisiens de « guides aveugles » ? La litanie de demande de pardon qui s’ensuit est t-elle réparatrice d’habitudes déviantes qui font obstacle à la grâce ?

                    Quelle empreinte pouvons nous y voir : celle d’un Dieu qui est amour et compassion, qui nous a fait à sa ressemblance ? ou pour reprendre un vocable de l’évangile du jour, celle du Diable ? « Ne regarde pas nos péchés Seigneur, mais la foi de ton église, vient la sanctifier ». Aide-nous à ne pas rompre ce baume réparateur de la tradition de Moïse qui jeûne 40 jours sur le Sinaï pour accueillir le code de l’alliance, aide-nous à faire le pèlerinage d’errance pendant 40 ans dans le désert avec d’Israël, pour nous préparer à entrer dans en terre promise, aide-nous à jeûner 40 jours avec Jésus comme prélude à son ministère, à jeûner pour les déserts de nos vies. Avec les disciples qui prient et espèrent la venue de l’Esprit Saint à la pentecôte pendant 40 jours ouvre nos coeurs à l’espérance et aux dimensions du monde.

                    La première lecture un extrait du livre du Deutéronome, nous informe sur les exhortations de Moïse au peuple pendant une halte, dans la plaine de Moab. C’est une confession, un rappel de ce que Dieu a réalisé pour son peuple, et cette sollicitude de Dieu, son attention, ne se conjugue pas au passé : elle s’étend de génération en génération. Suite à cette profession de foi, le peuple d’Israël, reconnaissant, adresse au Seigneur sa louange. Quels prémices allons-nous apporter au Seigneur au terme de notre carême ? Ne devrions nous pas comme le psalmiste invoquer le secours du Seigneur et tendre nos mains vers lui et dire : «  Reste avec nous, Seigneur dans notre épreuve » ? Ne devons-nous pas en ces temps arides invoquer le nom du Seigneur comme le conseille Paul dans la deuxième lecture pour que nous soyons sauvés ?

                    L’évangile selon Luc nous donne le récit de la tentation où s’affrontent deux tendances : celle de Jésus qui après avoir reçu son identité par le baptême est conduit au désert par l’Esprit pour y être tenté sur l’avoir, le pouvoir et le savoir. Mais qui à trois reprises, résiste et va vaincre le diable . Et celle du diable et des attitudes stratégiques qu’il présente.

                    Ce  passage d’évangile nous rappelle que notre capacité à nous repentir et à résister à la tentation qui est mise à l’épreuve réside dans la référence ou la qualité de notre relation à Dieu, à sa parole qui transforme notre être et notre agir. Au contraire , les tentations nous conduisent vers une impasse qui nous détourne de l’amour de Dieu. Jésus n’accepte pas de suivre la logique du diable qui attaque en nous ce qui est porteur de sens, il lui manifeste ainsi qu’il est le vrai Dieu, il est ce fils qui fait la volonté du Père. Jésus triomphe du tentateur au désert en repoussant les tentations les plus insidieuses car elles ont pour but de nuire à la relation qui existe entre l’homme et Dieu. C’est l’objectif que s’est fixé le tentateur. Une composition de lieu nous montre que la scène se passe dans deux endroits d’égale importance, au désert et à Jérusalem. Historiquement le désert est le point de rencontre entre Dieu et le peuple juif, au Sinaï après la sortie d’Égypte. Au désert Dieu va conclure une alliance avec ce peuple et et en être le Guide. Les tentations de Jésus au désert s’inscrivent dans cette tradition et constituent une mémoire historique.

                    Quant à Jérusalem, c’est la cité de David, le centre du pouvoir spirituel et de l’identité juive, après la reconstruction du second temple par Hérode le grand, Jérusalem va être le lieu de la dernière tentation.

                    Prière, aumône dans sa double dimension de pardon et de partage, pénitence, voici les « armes de la foi » que nous devons manier avec constance en ce temps.

Patrice Batantou sj