21ème dimanche du temps ordinaire

Homélie: Dimanche 21 ème dimanche du temps ordinaire- année C – 25 août 2019

Lectures :  IS, 66, 18-21    Ps 116   He 12, 5-7.11-13   Lc 13,20-30

                            Il y a un côté angoissé voire fermé dans la question de ce quelqu’un (qui pourrait être nous quand nous n’allons pas bien) : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés? » Comme à son habitude, Jésus ne répond pas directement et nous déplace… Acceptons d’être déplacés…

  1. Les bouleversements que nous vivons aujourd’hui dans le monde, dans l’Eglise, dans notre pays, dans notre vie quotidienne, peuvent nous angoisser et restreindre notre champ de vision : les gigantesques incendies en Alaska, en Amazonie, aux Canaries, dans le Gard mettent en danger tellement de populations civiles que nous avons l’impression que le feu peut tout embraser à deux pas de chez nous. Le déploiement des forces de police française et espagnole pour permettre aux 7 chefs d’état du G7 de se réunir à Biarritz peut donner le vertige du « tout sécuritaire » dans lequel nous sommes arrivés. En plus, Jésus, dans sa réponse peut rajouter une couche à notre angoisse : nos connaissances religieuses, notre pratique régulière à la messe avec baptême, communion, mariage voire réconciliation qui disent un désir de familiarité avec Dieu sont violemment repoussés par deux fois : »je ne sais pas d’où vous êtes ». Que veut Jésus s’il ne prend même pas en compte nos expériences religieuses les plus intimes, nos connaissances les plus structurantes ?
  2. « Eloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice » Voilà le déplacement proposé : C’est bien Jésus qui sauve aujourd’hui en non pas nos diplômes ou nos origines chrétiennes ou pas du tout chrétiennes. . Croire en lui aujourd’hui et le suivre dans une vie quotidienne d’amour et de miséricorde ouvre aujourd’hui la porte du salut. La porte sera fermée à notre mort si maintenant je n’abandonne pas mes angoisses et mon peu d’estime de moi-même, mes résistances pour pratiquer l’une des 15 oeuvres de miséricorde dont le Pape François nous parle si souvent…Autrement dit : il y a une vraie joie maintenant à donner à manger et à boire ceux qui ont faim et soif, il y a de vraies rencontres heureuses avec les malades ou les personnes âgées, il y a un grand bonheur à s’étonner d’un beau lever ou coucher de soleil et de pouvoir dire à son voisin : »que c’est beau »…Il y a même une lumière fugace d’amour à percevoir dans la fermeture revêche d’un adolescent, dans la violence sordide d’un rupture affective…Jésus nous apprend à croire et voir ce salut qu’il apporte à ce moment… Le film d’Arnaud Desplechin : Roubaix, une lumière  montre bien comment un homme, une équipe, peut mettre un peu de lumière et de confiance dans un monde si noir. Le commissaire a une telle humanité qu’il peut tenir la recherche de la vérité sur un meurtre en respectant les personnes… Le jeune lieutenant catho a beaucoup à apprendre de son commissaire qui sait parler à des adolescents fugueurs et à des SDF, mais aussi qui sait parler à l’oreille des chevaux…On voit bien que la sagesse et le respect permettent à des gens du Nord et du midi, de l’orient et de l’occident de prendre place à la table du Royaume avec Abraham, Isaac et Jacob, avec les prophètes d’hier et d’aujourd’hui…
  3. Je vous propose pour terminer un petit exercice que j’ai trouvé dans « Vers Dimanche » un site jésuite pour prier chaque jour avec l’évangile de dimanche prochain. Nombreuses sont les portes que nous ouvrons, fermons et passons au cours d’une journée ! Cette semaine, soyons attentifs aux portes que nous franchissons. Elles peuvent être petites et il faut se baisser, larges et on passe allègrement à deux, imposantes et on se sent tout petit, étroites et on passe de côté, être dérobées et on s’y glisse furtivement. Ces portes peuvent grincer, être lourdes, s’ouvrir automatiquement ou tout simplement s’ouvrir sans effort. Chaque matin, visualisons les portes que nous allons franchir au cours de la journée. Habitons ces nombreux passages de portes, sans être pressé, sans jouer des coudes, sans nous énerver, comme autant de portes que le Seigneur nous invite à franchir pour le rejoindre, le rencontrer… A quoi le Seigneur m’appelle-t-il dans ces nombreuses portes que je passe chaque jour, sans « enfoncer les portes ouvertes » ?

Claude Charvet, sj