24ème dimanche du temps ordinaire

Homélie: Dimanche 24 ème dimanche du temps ordinaire- année C – 15 septembre 2019

Lectures : Ex 32,7-1.13-14    Ps 50   1 Tm 1,12-17   Lc 15,1-32

                      On pourrait faire l’hypothèse que l’introduction de notre texte serait une  clé de lecture de la parabole d’un père qui a deux fils  : le fils cadet pourrait faire partie des publicains et des pécheurs avec qui Jésus mange et boit ; le fils aîné pourrait être du camp des pharisiens et des scribes qui récriminent contre Jésus.

                       En tous cas, le père est complètement sidéré par la demande de son fils cadet : demander sa part d’héritage alors que son père est bien vivant, c’est le mettre à mort, c’est aller contre le commandement : »honore ton père et ta mère », c’est nier toutes les valeurs familiales :  un véritable échec de la transmission… Le père partage l’héritage sans pouvoir dire un mot, entre dans un silence plombé par l’absence de son cadet, par cette place vide à chaque repas, rongé par le remord de n’avoir pas su tenir sa place de père…C’est vrai qu’à toute époque, il n’est pas facile d’être père… et qu’on avance par essais et erreurs … Bien avant son fils cadet, le père « rentre en lui-même« , imagine le pire, que son fils est perdu, qu’il est mort…et il devient veilleur, il le guette, il l’attend chaque jour, chaque nuit, son fils finira bien sa crise d’adolescence, il finira bien par revenir…

                      Alors, quand il le voit revenir au loin, quand il l’aperçoit tout crotté, les habits déchirés, les sandales trouées, sentant encore l’odeur des cochons, il est saisi de compassion, ses entrailles de père vibrent, il court se jeter à son cou et le couvre de baisers… Le pire n’est pas arrivé, son fils est là, il en pleure d’émotion… Il entend bien ce qu’il : »J’ai péché, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils« … Il est trop ému pour s’adresser à lui directement, il lui coupe la parole en demandant à ses serviteurs de lui redonner toute sa dignité de fils bien aimé : le vêtement royal, l’anneau de l’alliance, les chaussures, le festin avec  le veau gras… Il peut enfin dire ce qui le dévastait : »Mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie; il était perdu et il est retrouvé« … Alleluia !  quelle joie ! Que la fête commence…

                      Or le fils aîné n’est pas à la fête puisqu’il est aux champs, au travail, comme un serviteur bien obéissant, presque servile…Apprenant le retour de son frère en fanfare, il se met en colère et refuse d’entrer de façon tellement sonore que le père est bien obligé de sortir pour le supplier de venir festoyer avec eux…Alors le père est obligé de tout entendre : » je travaille comme un fou tout le jour, j’obéis à tous tes ordres, tu n’as aucune considération pour moi, aucune reconnaissance :  tu n’en as que pour ton fils qui a dilapidé tout ton bien en menant une vie insensée, en plus avec des prostituée…C’est injuste ! Ce n’est pas digne d’un père ! « .  Malgré la violence de ces propos, le père peut enfin sortir aussi de son silence et lui dire ce qu’il n’a jamais pu encore lui dire :  » Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi... » voila enfin de belles paroles de reconnaissance d’un père pour son fils, en les disant il reprend sa vraie place de père, il remet son aîné dans sa filiation, il lui donne accès à ce qui l’a tourmenté depuis le départ du cadet : « ton frère était mort et il est revenu à la vie; il était perdu et il est retrouvé !  » Le père peut dire qu’il aime d’un amour vrai chacun de ses enfants…Il sait que c’est cela qui les remet debout, dignes… Il sait aussi que cela va leur permettre, parce qu’il leur a montré son amour, de tisser des liens de fraternité…

                     Mais c’est un chapitre que seuls ses enfants peuvent écrire… La parabole n’est pas terminée…La transmission est faite… Les enfants peuvent prendre appui sur cet amour qui les fonde, dépasser leurs jalousies et recréer leur fraternité… Il va leur falloir du temps, mais chaque génération doit inventer son avenir et construire les formes nouvelles de fraternité…

 

Claude Charvet sj