25ème dimanche

Homélie du 25ème dimanche du temps ordinaire – Année A – 24 septembre 2017

Lectures : Is 55, 6-9 Ps 144 (145) Ph1, 20c-24.27a Mt 20, 1-16

                    Avant de crier à l’injustice contre le maître du domaine ou contre un Dieu pervers, il faut prendre le temps de bien entendre le début de la parabole.

                 1. » Allez à la vigne avec un salaire journalier de 1 denier, une pièce d’argent. Époux et vigneron, le Dieu d’Israël a sa vigne, c’est son peuple. Il aime sa vigne, il fait tout pour elle. Il fait enlever les pierres, met des plants féconds. Il embauche des ouvriers qui travaillent dur dès le matin ou qu’il va chercher 5 fois dans la journée tellement il importe d’entrer dans ce lien effectif voire affectif entre le cep et les sarments qui portent du fruit. Travailler à la vigne, c’est entrer dans l’alliance de Dieu avec son peuple comme un appel et un don gratuit, ouvert à tous, jusqu’à la dernière heure du jour. Comme le fils aîné de la parabole, il travaille et « tout ce qui est à moi est à toi », il y a un lien vital, une participation à la vie même de Dieu, un partenariat fécond à la construction de la maison commune de la Création. Il y a tellement à faire que le maître de la vigne ne supporte pas que l’on reste sans rien faire et il embauche tout le monde… Voilà une vraie consolation : chacun est appelé, chacun trouve sa place, travaille, reçoit la récompense promise… Voilà ce dont nous avons à rendre grâce et nous pouvons prendre un instant pour, en silence, remercier d’avoir été appelés à la vigne, à vivre de cette alliance nouvelle, d’être des sarments branchés sur le cep qu’est Jésus.

                   2. « Commencer par les derniers et finir par le premiers ». Voilà bien une manière de faire que Jésus met en œuvre dès le début de son ministère : il mange chez les pécheurs, va chercher la brebis égarée, accueille les prostituées et les publicains comme Zachée… Dans notre parabole, on sent que l’intendant, en commençant par payer ceux qui n’ont travaillé qu’une heure, déclenche un mouvement de comparaison qui fait murmurer, récriminer et cette récrimination s’amplifie comme un poison, comme un serpent qui s’infiltre pour faire oublier le contrat oral fixé le matin. La comparaison ne compte que la fatigue accumulée, les mérites du travail effectué, l ‘appât du gain : travailler plus pour gagner plus. La comparaison est vraiment un piège tendu par l’esprit du mal pour nous faire tomber dans la jalousie qui peut aller jusqu’à l’insulte du maître de la vigne… Le maître répond calmement mais fermement :  » Mon Ami » . C’est le rappel de l’alliance que le travail de la vigne manifestait. Puisque tu ne veux pas entrer dans la dynamique de l’alliance et de la bonté et que tu ne veux que regarder le mérite et l’argent, prends ce qui te revient et va-t-en. Le piège de la comparaison et de la jalousie devient un obstacle pour voir la bonté de Dieu, sa gratuité.

                    3. Il faudrait alors reprendre la première partie de la parabole et la relire avec la bonté de Dieu : Dieu vit que cela était bon… Les derniers appelés sont comme le bon larron chez Luc qui sait demander : « souviens-toi de moi quand tu reviendras dans ton royaume. – Ajourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ». Avec Dieu tout est grâce, tout est bon.

Claude Charvet sj