29ème dimanche du temps ordinaire

Homélie: Dimanche 29 ème dimanche du temps ordinaire- année C – 20 octobre 2019

Lectures : Ex 17,8-13      Ps 120      2 Tm 3, 14-4,2      Lc 18, 1-8

                    Prier sans se décourager : voila une parabole qui vient bien à point quand on ne voit pas le résultat de sa prière, qu’on en vient à douter de l’efficacité de la main de Dieu, de la qualité de son écoute, voire de sa capacité à rendre la justice… Reprenons cette parabole bien éclairante…

                    Les deux personnages mis en présence dans la parabole sont, dans la littérature biblique, les types de l’oppresseur et de l’opprimé. Moïse prescrit de protéger la veuve, l’orphelin, l’étranger et de leur faire droit (Ex 22, 20-23) ; les prophètes exhortaient à ne pas opprimer les veuves et à leur rendre justice (Is 1, 17-23) ; la sagesse est proche de notre parabole : »il ne néglige pas la supplication de l’orphelin ni de la veuve qui épanche ses plaintes » (Si 35,11-24)

                   La manière de caractériser le juge est claire : il procède arbitrairement ne tenant compte ni de Dieu ni des hommes…On pourrait presque voir un représentant du pouvoir administratif de la force d’occupation romaine, un fonctionnaire d’un tribunal païen… La veuve, elle, n’a plus rien à perdre : elle n’a plus personne pour la défendre et sa fragilité lui donne une force harcelante, une puissance non violente qui va user le juge et lui faire rendre justice pour qu’elle ne lui « casse plus la tête » ou pour « ne pas lui faire perdre plus sa réputation« …

                    Le sens de la parabole est donné par « le Seigneur », cette belle façon de nommer Jésus dans la gloire de sa résurrection. Dieu sait entendre celui qui le prie : si malgré les apparences, un juge mécréant peut faire justice à une veuve harcelante, combien plus Dieu interviendra-t-il avec promptitude en faveur de ceux qui se confient en lui…La Sagesse le dit bien : »la prière de l’humble pénètre les nuées… Il n’a de cesse que le Très-Haut ne l’ait visité, qu’il n’ait jugé les justes et leur ait fait justice… Le Seigneur ne tardera pas et ne temporisera pas… Elle est belle la miséricorde au temps de son affliction, comme les nuées de pluie au temps de la sécheresse » (Si 35, 16-19,24) Donc, nos images d’un Dieu qui ne répondrait pas, qui n’entendrait pas nos prières, qui serait inefficace contre l’injustice ne sont pas bonnes…Jésus cherche à convaincre ses disciples que le Règne de Dieu est tout proche d’eux aujourd’hui et qu’ils peuvent croire en sa personne dès maintenant…

                    La question finale est alors une vraie interrogation : »Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »  Au milieu de notre monde qui semble désorienté, qui ne sait plus tenir  ses responsabilités, ou qui perd le sens de la justice, il nous est proposé de prier sans nous décourager, de croire que la main de Dieu est bien à l’œuvre, qu’Il ne nous abandonne pas… Notre foi passe par des démarches très concrètes, semblables à celle de la veuve qui ne craint pas de harceler un juge malveillant jusqu’à le faire changer d’attitude. Une petite histoire pour conclure :

                    « On raconte qu’un jour, le diable  prit part à une brocante. Il avait dans son stand ses outils préférés : l’envie, la colère, l’avarice…L’un d’entre eux était un petit levier extrêmement usé. Un passant interrogea le diable qui expliqua : Çà, c’est mon outil préféré ! Il est tout petit, il n’a l’air de rien, mais son efficacité est redoutable. Je l’utilise très souvent, il marche presque toujours et surtout avec les hommes : c’est le découragement. » Le découragement nous guette tous, dans la prière, quand un projet n’aboutit pas, quand une relation semble bloquée…Aujourd’hui, Jésus nous encourage à tenir bon avec la pauvre veuve et le juge inique. Soyons persévérants, laissons le diable avec son petit outil et prions !

Claude Charvet sj