30ème dimanche du temps ordinaire

Homélie 30ème dimanche du temps ordinaire – année B – 27 octobre 2018

Lectures :  Jr 31, 7-9      Ps 125      He 5, 1-6       Mc 10, 46b-52

Bartimé, un vrai modèle à imiter en ce qui concerne la foi en Christ

                    Un jour, alors que je faisais mes études pour le baccalauréat en Inde, on m’a demandé de faire le copiste pour un étudiant aveugle. Il me disait ses réponses aux questions posées dans l’examen, et moi, je les transcrivais. Après ces examens, il est devenu mon ami. Il fréquentait  souvent la même église que moi. Chaque fois que je le voyais dans l’église, j’allais m’asseoir à côté de lui sans lui signaler ma présence. Ce qui était surprenant, c’est que dès que je me mettais près de lui, il sentait ma présence. Il mettait sa main sur moi il me demandait, « Ashok, c’est toi ? Comment vas-tu ? Il me reconnaissait facilement même s’il était aveugle. La manière dont il me reconnaissait  me plaisait beaucoup. Les aveugles reconnaissent et remarquent des choses et des personnes parfois mieux que nous qui avons la vision.

                    Dans l’évangile d’aujourd’hui, nous avons Bartimée de Jéricho. Il est non seulement aveugle mais aussi mendiant, autrement dit, un SDF aveugle. Imaginez son cas. Sa situation est à la fois difficile et pitoyable parce qu’il est non seulement pauvre mais exclu de la société. Il est au bord du chemin ce qui signifie qu’il est en marge du milieu social. Mais sachez que même si c’est un pauvre aveugle il est vraiment riche par rapport à tout le monde quant à sa foi en Christ. Il est un modèle, un exemple à imiter en ce qui concerne la foi en Christ.

                    Bartimée a entendu parler de Jésus comme les autres villageois.  Bien qu’il soit aveugle il ‘a vu’, ‘connu’, et ‘reconnu’ Jésus plus que tous les autres. Comment ?  Avec les yeux de la foi, avec les yeux du cœur. Notez que la première fois quand il a crié, les autres autour de lui l’ont rabroué pour le faire taire. Mais sans peur, sans honte, sans être gêné par les autres, Bartimée a crié de plus belle, ‘Fils de David, prends pitié de moi’.  En disant à Jésus, « fils de David, prends pitié de moi », il affirme et confirme sa foi. Quand il appelle Jésus la deuxième fois, Jésus s’arrête.

                    Chers frères et sœurs, sachez que quand nous crions vers Dieu, de tout notre cœur, de toute notre force, du fond de notre âme,  avec un désir intense et profond, Dieu ne reste pas sourd, il s’arrête pour nous comme il s’est arrêté pour Bartimée. Quand Jésus s’arrête, remarquez que l’attitude des gens change aussitôt.  Leurs paroles, leur ton et leurs gestes changent. Ceux qui ont essayé de le faire taire disent, « Confiance, lève-toi. Il t’appelle ». Le mot « Confiance » veut dire, « se livrer, se soumettre entièrement à quelqu’un ». Maintenant ce sont les gens qui encouragent Bartimée à se soumettre à Jésus.

                    Remarquez que Jésus sans faire un geste quelconque,  lui dit tout simplement « Va, ta foi t’a sauvé ». Normalement, dans d’autres miracles et guérisons Jésus touche au moins les malades. Mais ici Jésus ne touche même pas les yeux de Bartimée. Jésus est tellement frappé par la foi de Bartimée qu’il le guérit sur le champ, juste par une parole.

                    Dans la lettre aux Hébreux 11, 6 nous avons, «  Sans foi, c’est impossible d’être agréable à Dieu ». Oui, mes frères et sœurs, sans foi nous ne pouvons pas plaire à Dieu. La foi est importante pour établir et approfondir notre relation avec Dieu. C’est la première étape pour avoir une connaissance intime de Dieu. Vous direz peut-être j’ai la foi mais rien ne bouge dans ma vie. De fait, la foi n’enlève pas automatiquement les difficultés et les crises dans notre vie. Mais ce qu’il faut retenir c’est que les gens qui ont une vraie foi ne sont jamais découragés ou désespérés : la foi les fortifie intérieurement et spirituellement pour pouvoir faire face à n’importe quelle crise dans leur vie. Inspirons nous de l’exemple de Bartimée et fortifions notre foi.

Que veux-tu que je fasse pour toi ?

                    Deuxièmement, remarquez que dès que Jésus voit Bartimée, il ne dit pas, « Ah ! Bartimée je vois que tu es un aveugle. Laisse-moi t’accorder la vue ». Non. Jésus ne s’impose pas. Il lui demande : « Que veux-tu que je fasse pour toi ?  Bartimée répond, ‘Rabbouni, que je retrouve la vue !’. En disant à Jésus, ‘Rabbouni’, mon maître, Bartimée de nouveau exprime et confirme sa grande foi en Jésus.

                    Le point qu’il faut retenir c’est que bien souvent, même si nous avons des yeux, il y a des choses que nous ne voyons pas clairement dans notre vie. Nous ne savons pas ce que nous voulons vraiment. Quand nous traversons de graves crises, des situations difficiles Jésus ne nous dit pas, « Oh, je vais régler tes difficultés ». Jésus nous pose la même question qu’il a posée à Bartimée. « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Pourquoi cette précision ? En fait, Jésus respecte notre liberté. Il veut que nous précisions avec nos propres mots ce que nous désirons, ce que nous cherchons et ce que nous voulons vraiment. Frères et sœurs, posons-nous cette question, ‘qu’est-ce que je veux que Dieu fasse pour moi dans ma vie ?

 

Devenir disciple fidèle et suivre le Christ :

Enfin, dès que Bartimée est guéri, retrouve la vue, il ne peut pas s’empêcher de suivre et d’être  disciple du Christ. Notez que dès que Jésus a appelé Bartimée, la première chose qu’il a faite c’est de jeter son manteau qui était en quelque sorte la chose la plus précieuse. Ce manteau lui servait de protection contre le froid et la chaleur et aussi de cachette pour les aumônes récoltées pendant la journée. De fait, jeter son manteau signifie que Bartimée abandonne sa vie antérieure, ses dernières protections Il place toute son espérance en Jésus. De même, rappelons-nous que quand Jésus a appelé ses premiers disciples, eux aussi ils ont laissé aussitôt leurs filets (Mt 4, 20), et même leurs filets et leur père pour Jacques et Jean (Mt 4, 22) et ils ont suivi Jésus. Dieu veut tout simplement savoir en quoi ou en qui nous faisons confiance, à quoi ou à qui nous donnons la priorité dans notre vie. En fait, ceux et celles qui ont une rencontre intime, une expérience profonde de Jésus deviennent ses disciples de manière naturelle.

Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur ces trois grâces : d’ouvrir nos yeux spirituels et d’augmenter notre foi en Lui. De nous éclairer sur ‘ce que nous voulons qu’Il fasse pour nous’.  Enfin, comme Bartimée, de devenir ses disciples fidèles en jetant le manteau de nos zones de conforts et de sécurités. Amen.

Aschok Bodhana sj