31ème dimanche du temps ordinaire

Homélie: Dimanche 31 ème dimanche du temps ordinaire- année C – 3 novembre 2019

Lectures : Sg 11,22-12     Ps 144      2 Th1, 11-2,2      Lc 19,1-10

« Le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10)

                    En méditant sur la résonance du verset dix, nous pensons à l’abnégation de nos contemporains qui au péril de leur vie ont pour mission de rechercher et de sauver des vies. Les pompiers,  toujours prêts à intervenir dans nos domiciles ou sur nos routes. Les équipes de sauveteurs en mer et en montagne, les bénévoles et personnes de bonne volonté qui participent à des recherches suite à une  disparition. Et que dire de ceux et celles qui assurent notre quiétude et notre sécurité ? Ces exemples quotidien, nous relient au fil conducteur de la mission de Jésus, qui à la fin d’un long voyage atteint l’oasis de Jéricho dans la vallée du Jourdain. Jéricho est le terminus de la longue marche du peuple de  l’exode dans le désert, c’est  aussi la dernière halte pour les pèlerins en route vers Jérusalem. C’est à cette tradition vivante que Jésus participe. Son entrée à Jéricho est l’occasion d’une  première rencontre avec un mendiant aveugle qui lui fait cette demande  « Seigneur que je retrouve la vue » (Lc 18,41).  Quand Jésus traverse Jéricho il fait une seconde rencontre, celle de Zachée, dont le nom signifie le vertueux. Il  est le chef de des collecteurs d’impôts, il désire voir Jésus. Il y a comme une convergence de destins entre le mendiant aveugle et Zachée, exclus de la société juive parce que indésirables pour l’un à cause des tracasseries qu’il génère et l’autre parce que collaborateur de l’occupant romain, donc traître et impur.

                    La parabole du pauvre Lazare et du riche (Lc 16,19-31) nous montre combien la conversion est difficile pour un riche. Au contraire l’énergie et la détermination que déploie Zachée qui veut voir Jésus à tout prix étonne. Il transcende de fait sa petite taille mais aussi sa condition morale, il court en avant et monte sur un sycomore, pour une meilleure perception et approche de jésus. De riche qu’il est Zachée ne se laisse pas enfermer dans les avantages que procure sa richesse,  il aspire à un bien inaltérable. En réponse Jésus lui dit : « Zachée descends vite ; il me faut aujourd’hui demeurer dans ta maison ». A ces mots la stigmatisation des juifs atteint son comble « c’est chez un pécheur qu’il est allé loger » (Lc 19,7). Quelle différence y a-t-il entre la réaction des juifs à l’époque de Jésus et certains de nos jeunes qui lapident les forces de l’ordre ou les pompiers dans l’exercice de leur mission qui consiste à sauver des vies? Des incivilités qu’il faut dénoncer avec courage. A l’inverse, soyons attentifs à l’attitude de Jésus qui ne tient pas compte des critiques destructives des juifs, il accueille les parias de sa société, il ne qualifie pas Zachée de pécheur, il l’appelle « Fils d’Abraham » (Lc 19,9). Le point de vue de Jésus est proportionnel à la décision et à la résolution de Zachée « Eh bien seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et, si j’ai fait tort à quelqu’un je lui rend le quadruple » c’est à dire ce  que prescrit la loi selon Exode 22,1-2. La conversion de Zachée est le fruit, du croisement du regard de l’un qui  sollicite l’autre et l’ouvre à la nouveauté de  la  proximité de Jésus , celle de donner la moitié de sa richesse aux pauvres…c’est le pauvre Lazare réhabilité !

                    Voilà pourquoi Jésus dit à propos de Zachée « Aujourd’hui, le salut est venu pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham » (Lc 19,9-10) car selon la tradition, les collecteurs d’impôt étaient exclus de la race d’Abraham, voire des synagogues. Par cette prise de position Jésus affirme que le royaume est pour tous, il ne peut souffrir d’exclusion. Appeler Zachée un descendant d’Abraham  est un fait majeur pour la communauté de Luc composée de  chrétiens et de païens, par lui toutes les nations de la terre seront bénies selon Genèse 12,3. En dénonçant les divisions injustes à l’intérieur d’une même société ou d’un groupe social fût-il une communauté paroissiale, Jésus inaugure un nouvel espace de liberté où le vivre ensemble est possible, grâce aux valeurs d’équité et de vérité, de justice et d’amour. Par Jésus Dieu accomplit la promesse faite à Abraham : rassembler en une seule famille les catégories que le monde rejette.  Au moment où nous célébrons l’anniversaire de la chute du mur de Berlin, d’autres « meurtrières » se dressent  pour conjurer le syndrome du migrant.

                    Pouvons-nous faire un travail de mémoire et inventorier les marginalisés de notre société, ceux et celles que l’accélération économique refoulent aux périphéries, les victimes de conflits de tous genres ? Pouvons-nous comme Jésus être sensibles aux problèmes et aux questions de notre temps et y apporter des solutions ?

« Le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10)

Patrice Batantou sj