31ème dimanche

Homélie du 31ème dimanche du temps ordinaire –  Année A  –          5 novembre 2017

Lectures : Ml  1,14b à 2,2b.8-10     Ps 130     1Th 12,7b-9.13     Mt 23, 1-12

               Une grande colère peut être révélatrice d’un malaise profond, d’une peine immense. C’est bien l’état dans lequel se trouve Jésus. Il fait face à la vision négationniste des élites juives à propos de l’urgence et de la proximité du Royaume de Dieu qu’il proclame. Matthieu, nous présente les oppositions à Jésus et à son ministère, oppositions dont les maîtres d’œuvre sont les scribes, les pharisiens, les groupes de pressions religieux et politico-financiers.

               Ce que Matthieu cible en son temps, s’avère être d’actualité à notre époque : sa critique concerne les contradictions d’une pratique religieuse qui ne se préoccuperait que d’une élévation spirituelle personnelle et ignorerait, de fait, Dieu et le prochain. Un rejet des commandements de l’amour en quelque sorte !

               Dans la communauté de Matthieu, le rêve était de pouvoir influencer le courant du judaïsme et de le sensibiliser à l’appel à la conversion pour le Royaume. Car même si quelques juifs convertis avaient rejoint les disciples, la majorité était imperméable à cette invitation. C’était un moment de grandes turbulences et d’incertitudes. Il va culminer avec la destruction de Jérusalem et du temple qui constituaient le point focal de l’identité et de la religion juive, mais aussi des institutions politiques. Il n’en fallait pas moins pour que l’instinct de conservation prenne le dessus sur le bon sens, face à la menace et au risque d’implosion d’une culture juive cernée par le milieu païen. Il s’en suivra un vigoureux rappel à l’ordre à l’égard de ceux qui étaient considérés comme « dissidents » et une stigmatisation des membres du mouvement chrétien, émergent.

               Pour Matthieu les élites d’Israël sont le  stéréotype de la perversion de la loi de Moïse par le message qu’ils transmettent. A cause de l’ interprétation qu’ils en font, et de leur engouement et désir pour les honneurs. Jésus n’a-t-il pas critiqué certaines déviations concernant le jeûne, l’observance du sabbat et des règles de pureté ?

               La foi exige des actions concrètes. Elle a des répercussions tant dans le passé que dans le présent. D’où la responsabilité de veiller à ce que le christianisme ne devienne pas un culte narcissique qui contredit l’enseignement de Jésus : aimer Dieu et son prochain comme soi-même.   L’interprétation de la Torah par Jésus diffère de celle des pharisiens qui insistent sur des détails de moindre importance au lieu de « s’abreuver » à la source.  C’est dans ce conflit d’interprétation que nous plonge l’Évangile de ce dimanche où Matthieu va se baser sur les griefs et attitudes régressives des pharisiens et des scribes, et en faire, par jeu de contraste, une opportunité « catéchétique » pour sa communauté.

Patrice Batantou sj