4ème dimanche de Carême

 

Homélie du 4ème dimanche de Carême – 11 mars 2018

Lectures :  1 S 16,1-13     Ps 22     Eph 5,8-14     Jn 9,1-41

Dans le cadre de la préparation de 3 personnes au baptême, la  paroisse poursuit la formation spirituelle des catéchumènes en donnant à lire les grandes catéchèses de Saint Jean

                    Ce magnifique récit de la guérison de l’aveugle nous permet de grandir dans la foi encore aujourd’hui car nous avons toujours du mal à croire sans voir. L’aveugle né, qui n’a pas de prénom et qui peut être l’un de nous, écoute avec une oreille très fine, mais il doit faire croire sans voir : (cela peut rappeler la position inverse de Thomas à la fin de l’évangile qui veut voir si le Crucifié est bien le ressuscité sinon il ne croira pas à ce que disent les apôtres qui ont vu).

                    L’aveugle né entend d’abord comme une libération la réponse de Jésus : sa naissance n’est entachée d’aucune faute ni de ses parents, ni de lui-même. Jésus constate le fait de son infirmité et agit pour que l’homme retrouve toute son intégrité physique et lui donne d’accéder aussi à la lumière véritable… Les gestes de cracher, de faire de la boue avec de la salive, son application sur les yeux, sont des gestes de création comme dans le second récit de la genèse… Concrètement, aussi, l’aveugle devient deux fois plus aveugle, mais il entend et il sait obéir à la parole de Jésus sans le voir. C’est à la fin du récit qu’il verra Jésus… Tout le corps du récit se passe sans voir Jésus ; mais c’est de lui qu’il s’agit constamment… C’est dans la rencontre des personnes que l’ancien aveugle va grandir dans la foi et dans la façon de parler de lui.

                    Les voisins lui permettent un très beau récit de ce qui s’est passé : « l’homme qu’on appelle Jésus » mais il ne sait pas où il est. Les pharisiens, sûrs que l’on ne doit pas faire d’activité créatrice pendant le sabbat, sont divisés sur son origine… l’ancien aveugle s’écrie : « C’est un prophète« . Ses parents reconnaissent que c’est bien leur fils né aveugle, mais il sont morts de peur d’être exclus de la synagogue et ne veulent surtout pas confesser qu’il est le Messie, le Christ. La deuxième rencontre des pharisiens avec l’ancien aveugle est décisive : » ils savent que Jésus est un pécheur« . L’ancien aveugle ne sait pas si c’est un pécheur, mais il ne sait qu’une seule chose : » j’étais aveugle et maintenant je vois » . Il dit « je », comme un grand, il tient tête avec humour et impertinence aux pharisiens en s’affirmant disciple de Jésus « voulez-vous être ses disciples, vous aussi ? « , il refuse d’opposer Jésus à Moïse et confesse que :  » si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire« . La sanction est immédiate : il est exclu de la synagogue… C’est dans la rencontre des personnes que l’on voit l’ancien aveugle se déployer dans son humanité, et dans sa foi sans avoir vu, de ses yeux, Jésus. Sa profession de foi est de plus en plus précise, comme si l’Esprit Saint lui permettait de rendre compte dans chaque rencontre de ce qui concerne Jésus. Cela peut nous donner confiance de risquer dans nos rencontres quotidiennes d’être vrai, de laisser l’Esprit Saint nous souffler ce qu’il convient de dire, surtout quand on nous fait le procès d’être croyant.

                    Jésus ne peut pas supporter que l’ancien aveugle soit exclu de la synagogue (le Pape François non plus n’aime pas exclure…) I va à sa rencontre, comme le Père de la parabole qui va au devant de chacun de ses fils. Enfin, ils se voient face à face et doivent se reconnaître : « Crois-tu au Fils de l’Homme ? » « Qui est-il pour que je crois en lui ? » « Tu l’as vu, c’est celui qui te parle »  Tout est dit car la parole ne trompe pas. Tout est cru en contemplant Jésus. « Je crois, Seigneur ». Et il se prosterna devant lui. En se prosternant devant Jésus, c’est chacun de nous qui est invité à vivre cette nouvelle manière de croire : « je suis créé pour louer, adorer et servir Dieu notre Seigneur » formule saint Ignace.

Claude Charvet sj