Dimanche des Rameaux

Homélie du dimanche des Rameaux – année B – 25 mars 2018

Lectures : Is 50,4-7     Ps 21     Ph 2,26-11     Mc 14, 1 à 15, 47

                    Pour reprendre, dans la prière, ce texte de saint Marc, deux points de vue peuvent être mis en lumière. Le premier est de regarder le procès religieux et le procès politique : les grands prêtres ont du mal à trouver des motifs pour condamner Jésus : faux témoignages mais pas de motif réel… De même le procès politique chez Pilate : comment Pilate peut-il avoir peur de la royauté du juif Jésus dont il occupe le pays au nom de l’empereur ? Il sent la jalousie et la manipulation des grands prêtres sur la foule… En revanche, le pouvoir politique comme le pouvoir religieux savent humilier, frapper, insulter, flageller, tourner en dérision, parodier la royauté. Ils sont d’autant plus violents qu’ils n’ont pas de vrai motif de condamnation. C’est un peu ce que nous vivons toujours les uns et les autres au XXI° siècle : la violence et la délation se déchaînent tellement plus vite que la recherche précise de la vérité des faits… Des réseaux sociaux et des médias peuvent accuser tellement facilement des personnes alors qu’il y a toujours présomption d’innocence tant que la justice n’a pas fait son travail. Jésus est une victime exemplaire de procès, religieux et politiques, indignes qui conduisent à la mort des innocents. On peut vraiment prier pour résister aux ruses religieuses et politiques qui déclenchent de telles violences et de telles injustices.

                    On peut ensuite regarder comment Jésus se présente comme Messie, Fils de Dieu et roi des juifs, en prenant soin de chaque personne, en anticipant les évènements et en permettant à chacun de comprendre les évènements sans être écrasé par le destin… A Béthanie, la femme parfume le corps de Jésus en vue de son ensevelissement : c’est une bonne nouvelle et non un gaspillage. L’annonce de la trahison de Judas souligne bien que les lieux de communion peuvent être des lieux de trahison… Le repas pascal devient le lieu d’une nouvelle alliance de Dieu avec tous les hommes quelques soient leurs péchés, leurs reniements, leurs impuissances à veiller et prier, l’ardeur de leur esprit et la faiblesse de la chair. Finalement, Jésus, lâché par tous ses plus proches, s’en remet à son Père : « non pas ce que moi je veux, mais ce que toi tu veux ! « . En s’en remettant à son Père, il sait que rien ne pourra le séparer de lui : ni les procès injustes, ni la trahison de Judas, ni les reniements de Pierre, ni les insultes, ni les crachats, ni les coups, ni même en haut de la croix les accusations et les moqueries. Sa prière reste le psaume 21 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Tu m’as répondu ! « 

                    Nous pouvons entrer dans cette Semaine sainte en entrant dans les sentiments de Jésus, fils bien-aimé du Père, en entrant dans son silence, en relisant combien il est lucide sur la fragilité de ceux qu’il a choisis mais en leur redonnant dans l’eucharistie et le pardon des péchés la chance de ne jamais désespérer de l’homme mais de compter sur l’amour qui donne et pardonne. Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en son fils Jésus.

Claude Charvet sj