3ème dimanche de Pâques

Homélie du 3ème dimanche de Pâques – année B – 15 avril 2018

 Lectures :   Ac 3, 13-15.17-19     Ps 4     1 Jn 2, 1-5a     Lc 24, 35-48

Les premières années après la mort et la résurrection de Jésus, la vitalité et le dynamisme des communautés chrétiennes, la qualité et le sérieux de leurs engagements de foi reflétaient la grâce de la résurrection. Mais avec l’usure du temps, confronté à des critiques internes et des dysfonctionnements quant à la gestion de l’autorité et des charges dans la communauté (1 Co 1,12), une relecture pour se réapproprier l’événement pascal à la lueur des apparitions s’est imposée, donnant lieu à deux approches.

° Une première approche qui cible le doute, la lenteur et la résistance des disciples à croire en la résurrection. Elle peut être qualifiée de critique interne, et elle montre que les chrétiens ne sont pas aptes et prêts à accepter naïvement toute sorte d’idéologies. Au contraire, dans le doute, ils gardent une distance critique en ce qu’il faut croire.

° Une seconde approche concerne les directives que Jésus ressuscité donne à ses disciples (hommes et femmes) : il leur confie des missions qui ne reposent ni sur la force des poignets ni sur des constructions mentales humaines, mais sur une intervention divine.

L’évangile de ce jour nous met en présence de ces deux approches : le doute des disciples et la mission qu’ils reçoivent d’annoncer et de pardonner.

La tonalité liturgique en ce 3ème dimanche de Pâques célèbre l’universalisme du salut qu’apporte Jésus. La première lecture (Ac 3,19) en établit les exigences participatives : « Convertissez-vous donc et revenez à Dieu afin que vos péchés soient effacés ». C’est un engagement que souligne avec force le Pape François dans l’exhortation apostolique Gaudete et Exsultate (soyez dans la joie et l’allégresse), un appel à la sainteté dans le monde moderne qui vient bousculer nos habitudes dogmatiques et nous rappeler que chaque baptisé a une vocation à la sainteté, au quotidien et que cela représente le plus beau visage de l’Église. Charles de Foucault, en son temps, l’avait traduit en ces termes : « être chrétien c’est le devenir chaque jour et ne jamais cesser de l’être ».

Les deux disciples d’Emmaüs qui sont de retour à Jérusalem rendent compte à la communauté de l’expérience qu’ils ont vécue : ce qui s’est passé sur le chemin et comment ils ont reconnu Jésus à la fraction du pain. Forte du fruit de ce partage leur petite communauté, à son tour, fait part de cette expérience à Pierre. Il y a comme une « trans-mission » de l’expérience post-pascale, une contagion dans la manière de dire l’expérience de la résurrection, comme cela se passe aussi aujourd’hui dans notre assemblée, en cette église Notre Dame des Anges, où nous partageons et célébrons notre foi, notre espérance et notre amour.

Lorsque Jésus prend conscience que par son apparition aux onze, on l’identifie à un esprit qui fait peur, il se présente à eux, il les rassure et dit « La paix soit avec vous » mais les disciples demeurent dans leur incrédulité ; malgré le fait de le voir ils ne reconnaissent pas Jésus. Jésus est devant eux mais ils pensent avoir affaire à un fantôme. Pour aider les disciples, Jésus va poser deux actes afin de les rassurer, de les sortir de leur torpeur et de leur incroyance. Il leur montre ses mains et ses pieds (qui portent encore les marques de la crucifixion) et dit « c’est bien moi », il les invite à toucher son corps « regardez, un esprit n’a ni chair, ni os comme vous voyez que j’en ai » (Lc 24, 39). Le Christ ressuscité est bien Jésus de Nazareth, celui qui a été crucifié et non un esprit comme le pensait les disciples, et sa résurrection concerne toute sa personne. Pour mettre fin à toute spéculation malgré le sentiment de grande joie qui envahissait les cœurs des disciples Jésus demande à manger mettant ainsi fin au suspense du doute. Selon la loi, une personne crucifiée était considérée comme maudite par Dieu (Dt 21, 22-23) une telle conception a constitué un obstacle majeur chez les premiers chrétiens pour accepter Jésus crucifié comme étant le messie promis. À cause de cela il est important de remonter le temps et de redécouvrir ce que l’Écriture avait annoncé au sujet de Jésus « C’est comme il a été écrit: le Christ souffrira et ressuscitera des morts le troisième jour, et on prêchera en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins. » (Lc 24, 46-47) En faisant mémoire de ce qui a été écrit dans la loi de Moïse, dans les prophètes et les psaumes Jésus ressuscité devient la clef de lecture qui ouvre à l’intelligence des Écritures.

De là découle la mission première de toute communauté chrétienne : témoigner de la résurrection, rendre présent autour de nous cet amour de Dieu qui nous accueille et nous pardonne.

Amen

P. Patrice Batantou sj