8ème dimanche du temps ordinaire

Homélie: 8ème dimanche du temps ordinaire – année C – 3 mars 2019

Lectures :  Si  27,4-7   Ps 91    1 Co 15,54-58      Lc 6,39-45

                    Les textes liturgiques de ce jour nous invitent à méditer sur la charité attentive qui s’épanche de soi et tend vers autrui généreusement ; cela peut être le reflet de notre moi. Ils nous interpellent sur la communication non violente dans nos milieux relationnels : en famille,au travail, dans notre communauté paroissiale. Des pôles d’application individuelle et communautaire s’offrent à nous, nous aidant à revisiter les orientations du synode diocésain. Ces orientations nous encouragent à devenir des disciples missionnaires, dans une église en sortie. Au seuil de ce temps de grâce et de remise en question vers lequel nous cheminons et qui s’ouvre avec le mercredi des cendres, le pénitent en nous peut t-il espérer un renouvellement spirituel profond ?

                    Jésus a passé la nuit en prière, appelé les douze disciples et exhorté quant à l’amour des ennemis pour disposer ses auditeurs à être de bons disciples. Luc, reprend les paroles de Jésus citées par Matthieu et les rassemble en un discours sur la plaine. Son but est d’attirer notre attention sur l’impact du message de Jésus : sur l’être et l’agir chrétien, sur les dépassements et les réajustements qu’ils suscitent, sur les déchirements et les options qu’ils révèlent. Trois courtes paraboles lui servent d’outil pédagogique :

 *La parabole de l’aveugle qui conduit un autre aveugle : cette parabole est identique à la mise en garde de Matthieu envers les pharisiens « Malheureux êtes vous guides aveugles vous qui dites.. », mais chez Luc c’est une mise en garde adressée aux animateurs des communautés qui se prennent pour des « maîtres », des détenteurs de la vérité. Supérieurs aux autres, ils vivent la chronologie des événements comme une litanie sans fin. Ils pensent que sans eux c’est le déluge ! Le constat est sans appel : Ils sont des guides aveugles. Cette tentation caresse certaines de nos structures, elle n’aide pas au sursaut paroissial, au renouveau spirituel, elle a comme conséquence, une perte de vitalité, une sclérose. Beaucoup de nos violences communautaires y prennent source et y élisent domicile.. Une piste possible pour faire carême !

*La relation Maître et Disciple : Jésus est le maître et non le professeur. Le professeur en salle enseigne mais il ne vit pas avec les étudiants. Jésus, lui, n’enseigne pas des matières, il vit avec ses disciples. C’est son témoignage de vie qui devient matière à réflexion, lieu d’émergence d’une prise de conscience et modèle pour le disciple.

Vivre avec le Maître et Seigneur nous fait partager trois aspects de sa vie : Le Maître est le modèle et l’exemple qui nous inspire et nous invite à l’imitation. Le disciple ne se contente pas en un mimétisme servile de contempler le maître, il s’engage à suivre ses pas, il s’identifie à lui. L’épître aux Galates 2,20  en donne la sublime expression « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair je la vis dans la foi au fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. » Telle est la dimension mystique, oeuvre de l’Esprit Saint qui anime tout disciple.

* La paille et la poutre : Dans le sermon sur la montagne Matthieu explique mieux cette parabole : Jésus invite à une attitude créative, à être des disciples missionnaires en sortie, à aller vers les autres sans les juger, sans idées préconçues, sans rejet ni exclusion mais en reconnaissant leur humanité et en acceptant leurs différences.

La parabole de l’arbre qui se reconnaît à ses bons fruits suit.

                    Soyons un bon arbre dans notre être et agir humain, pour donner au monde et à l’Église de bons fruits. La bonté jaillit du trésor d’un coeur qui aime. Laissons-nous transformer par Jésus. Amen !

Patrice Batantou sj