Ascension

Homélie pour la fête de l’Ascension – Année A – 25 mai 2017

Lectures : Ac 1, 1-11 Ps 46 Ep 1,17-23 Mt 28,16-20

                    Ce n’est pas facile d’accepter le départ de personnes qu’on aime, surtout quand chacun de nous est appelé « Théophile », aimant Dieu ou aimé de Dieu. Le départ de Jésus est longuement préparé : 40 jours depuis Pâques pour parler du Royaume et relire les Écritures, partager des repas où l’on peut tout se dire et se poser toutes les questions. On voit que les apôtres entrent difficilement dans l’intelligence de la foi en la Résurrection, dans son établissement à la droite du Père dans les cieux, dans la promesse qui est faite de recevoir l’Esprit Saint, d’être baptisés dans l’Esprit pour devenir Fils de Dieu, faire partie de son corps qui est l’Église, être témoins de Jésus à Jérusalem, dans la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre…

                   Deux éléments peuvent nourrir notre prière et notre foi en Jésus ressuscité.

                   1. En ne laissant pas son Fils dans la mort et en le ressuscitant, Dieu son Père va l’installer à sa droite dans les cieux. C’est logique ! Pas un homme avant Jésus n’avait pu tenir sa filiation sans renier son Père qui semblait l’abandonner. Jésus, en haut de la croix, a tout remis à son Père. Le Père lui redonne la place qu’il avait avant la création du monde, avant sa naissance dans le sein de Marie… « Il le place plus haut que tout » écrit saint Paul aux Ephésiens et nous ouvre le chemin à nous qui croyons au Christ ressuscité. Ce que le Père fait pour son Fils bien-aimé, il le fait aussi pour nous : il nous prépare une place pour être avec lui… La parabole du fils prodigue le dit bien : le cadet qui revient affamé, ayant dépensé toute sa part d’héritage, qui ne peut que tenir une place de serviteur pour pouvoir manger, le Père l’accueille, lui redonne ses vêtements de fils, sa dignité de fils avec son anneau, sa place de fils dans un grand banquet car il était mort et il est revenu à la vie… Si nous croyons en Jésus ressuscité, Jésus n’a qu’une hâte, c’est de nous préparer une place avec lui auprès du Père… S’il est la tête de l’Église et nous le corps de l’Église, Dieu ne peut qu’accueillir chacun de nous et prendre soin de chacun, surtout les membres les plus fragiles, les intimes, les plus souffrants. C’est une formidable espérance.

                   2. Si nous doutons encore, comme certains des onze disciples qui sont en Galilée sur la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous, Jésus s’approche encore plus de nous ; il nous remet debout et nous donne part à sa Mission : tout ce qu’il a reçu de son Père, il nous le donne. Il nous demande d’aimer à notre tour comme le Fils aime le Père et chacun de nous en particulier. En baptisant, il nous donne l’audace de dire à chacun « tu es mon Fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie ». Et surtout, en nous donnant son Esprit, il nous dit « et moi, je suis avec vous, jusqu’à la fin du monde », c’est le dernier mot de l’Évangile de Matthieu, son sommet : nous ne sommes pas orphelins, en aimant comme Jésus, nous sommes dans le Père, nous rencontrons Jésus quand nous donnons un verre d’eau à celui qui a soif, un sourire au SDF que nous croisons, une main tendue au malade que nous visitons… C’est sa façon d’être avec nous quand nous nous ouvrons à l’autre, même si nous ne le reconnaissons pas. L’amour ne passera jamais.

Claude Charvet sj