Bouddha ou Jésus ? Quelle rencontre possible ? Écouter Bernard Sénécal sj

Bouddha ou Jésus ?

Entre bouddhistes et chrétiens,

quelle rencontre possible ?

 

Avec le Père Bernard Sénécal, jésuite.

Enseigne le bouddhisme à l’université Sogang à Séoul – Corée du Sud

 

VENDREDI 10 FÉVRIER 2017 à 20 h 30

 

 

     Conférence suivie d’un échangeBouddha 205x220images

     Paroisse ND des Anges

      210, rue de Pessac

      Bordeaux

 

Relation de Bernard Sénécal distribuée aux participants ce soir-là :

       Apprendre des Bouddhistes en Corée

                    J’ai été envoyé en Corée du Sud en 1985. La Compagnie de Jésus cherchait à y internationaliser sa présence. À Séoul, des Jésuites Coréens et Américains géraient l’université Sogang, l’une des meilleures du pays. L’ex-Supérieur Général, le Père Adolfo Nicolás, s’y trouvait pour les aider à surmonter leurs différences. Il me prévint que dix ans seraient nécessaires pour m’initier à la langue ouralo-altaïque et à la culture sinisée locales, et pas moins du double pour commencer à rendre à l’Église coréenne un service novateur. La tentative d’internationalisation de la communauté séoulienne s’est soldée par un échec, mais ces paroles se sont avérées justes.

                    Grâce à l’obtention d’un doctorat en bouddhisme coréen en 2004 et, en 2007, d’un diplôme de maître Seon (le terme coréen désignant le Zen), je me trouve aujourd’hui – avec quelques laïcs coréens et étrangers – à la tête d’une toute petite communauté d’un genre unique au pays du Matin Calme : œcuménique, interreligieuse et internationale. Jumelée à une association bouddhiste coréenne dite ‘La Voie du Seon’ (Seondohoe) et rattachée à la lignée du maître Chinois Linji (. 849), elle se spécialise dans une rencontre multi-dimensionnelle avec la tradition fondée par le Buddha (circa 563-483 av J-C). C’est la Communauté du Champ de Pierre au Bout du Chemin ou WESFC (Way’s End Stone Field Community). Inspiré du sol pierreux et du nom du village où elle se situe, ce nom exprime le désir d’aller au bout du chemin de la rencontre avec les bouddhistes, l’autre, et le Tout Autre, quelle qu’en soit l’aridité.

                    Située en basse altitude, dans les contreforts des Alpes coréennes, à une centaine de km à l’est de Séoul, cette nouvelle communauté pratique l’agriculture organique (3000/m²) : arachides, maïs, patates douces, etc. Elle inclut aussi quelques personnes souffrant d’un handicap physique. Le philosophe A. Jollien et sa famille sont venus s’y former pendant trois ans (2014-2016).

                    Après plusieurs années de résistance, l’autorisation pour la fonder a été accordée le 1er septembre 2014 par le P. Yohan Cheong, nouveau Provincial des Jésuites de Corée, dès le premier jour de son mandat, et dans la foulée de la visite du Pape François en Corée (mi-août 2014). En avril 2015, après 6 mois de négociations serrées, le gouvernement coréen a accordé à la WESFC le statut d’association religieuse d’intérêt public sans but lucratif. Une reconnaissance due au fait que la communauté ouvre un espace de rencontre et de vie, au-delà des tendances au repli identitaire et au fractionnement caractéristiques du pays.

                    Au plan géopolitique, en effet, la Corée demeure une péninsule divisée en un Nord et un Sud toujours en état de guerre. Bien qu’en théorie Pyongyang et Séoul ne soient situées qu’à une heure de train express, l’écart politique, économique et culturel, ainsi que la tension militaire entre ces capitales sont tels que leur réunification paraît hautement improbable. D’aucuns considèrent cet état, tampon entre la Chine, le Japon et la Russie, comme la zone du Pacifique où le risque d’un affrontement entre Pékin et Washington est maximal. À cet égard, la nomination de Donald Trump à la présidence des USA n’a rien de rassurant.

                    Aux plans économique et politique, par rapport au Nord communiste en faillite, le Sud, fortement urbanisé et démocratique (depuis 1988), jouit d’une avance technologique écrasante. Mais au plan social, sa démocratie est en crise ; sa natalité est parmi les plus basses du monde ; son taux d’alcoolisme rivalise avec celui de la Russie ; et son taux de suicide est le plus haut des pays de l’OCDE. Le service militaire est obligatoire ; il dure vingt mois  et demeure fort dangereux. La jeune génération du Sud a surnommé son pays ‘Hell Choseon’, (i.e. l’enfer coréen), et souhaite à quelque 70% pouvoir émigrer vers le Canada, les USA, l’Australie ou la Nouvelle Zélande.

                    Au plan religieux, l’éthos sud-coréen se compose de strates : chamanique, confucéenne, taoïste, bouddhique (depuis circa 372) et chrétienne (depuis circa 1784). La couche confucéenne (1392-1910), domine les autres. Elle induit des comportements claniques et favorise des rapports sociaux fortement hiérarchisés qui tendent à exclure tout dialogue. Le chamanisme est marginalisé, l’œcuménisme quasi absent (catholiques : 8% ; protestants : 19%) et le dialogue entre chrétiens et bouddhistes (23%) presque inexistant. Pour déclencher un ‘conflit sans merci’, il suffit qu’un prêtre rencontre un pasteur protestant, ou qu’un bonze rencontre l’un des deux derniers. Les mariages mixtes et interreligieux sont difficiles, sinon quasi impossibles. Nombre de chrétiens attirés par le bouddhisme, et inversement, souffrent de cet état de fait. Mais rares sont les lieux où il leur est possible d’en parler ouvertement.

                    Face à cette situation, depuis 2005, au département des religions de l’université Sogang, je suis professeur titulaire, chercheur et assistant rédacteur en chef du Journal of Korean Religions, une revue académique internationale unique en son genre. J’ai été amené à réaliser que l’enseignement supérieur – lorsqu’il n’est pas ancré dans la spiritualité et relié à la Nature – est incapable de transformer les modes de pensée des étudiants, leur conscience du monde. Au carrefour de la Voie du Christ et de celle de Buddha, la WESFC leur propose une spiritualité qui concilie réflexion intellectuelle et – par la pratique de l’agriculture organique – un contact rude et dépouillant avec la terre. Cette nouvelle spiritualité se veut aussi radicalement christocentrique bien qu’ouverte aux autres traditions. Elle cherche à offrir, au cœur du nord-est asiatique, un espace de communication et de paix, par-delà les multiples fractures dont souffre, à l’instar du monde, la péninsule du Matin Calme.

Bernard SENÉCAL sj

Nom coréen : Seo Myeongweon

février 2017

 Le texte en pdf

L’enregistrement sonore :

Jusqu’à 00 39 00   :     introduction et présentation de diapos

de 00 40 00 à fin    :     échanges avec les auditeurs dans l’église de NDA

 

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