Fête du Christ-Roi

 Fête du Christ-Roi

Homélie du 34ème dimanche du temps ordinaire – Année A – 26 novembre 2017

Lectures : Ez 34,11-12.15-17      Ps 22      1Co 15,20-26.28      Mt 25, 31-46

                    Il s’agit d’abord de sortir de la peur du jugement et de regarder avec étonnement ces innombrables représentations du jugement dernier, de Michel Ange dans la chapelle Sixtine à Marko Rupnik la chapelle Redemptoris Mater, du porche de Conques à celui de Vezelay. Le Christ est là, présent. Il accueille chaque personne à chaque instant de sa vie et au moment de sa mort. Le Christ peut être regardé avec confiance parce qu’il a fait comme nous tout le parcours de l’homme, en choisissant de faire le bien et en repoussant le mal, en agissant avec justice comme « la brebis grasse et vigoureuse » dont parlait Ezékiel dans la première lecture… en déjouant tous les pièges de l’argent, du pouvoir et de l’orgueil que le monde dressait devant lui et en mettant sous ses pieds tous les ennemis dont le dernier est bien la mort… Le Christ, assis sur son trône de gloire, est beau et humble : il a choisi la pauvreté, traversé les humiliations et les mépris. Il est bien le roi et le serviteur, l’agneau et le pasteur…

                    En le contemplant ainsi, nous pouvons entendre ce qu’il dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde« . S’approcher sans crainte du trône de gloire parce que nous sommes bénis comme tous les enfants d’Abraham, comme tous les fils d’Adam, plus nombreux que les étoiles du ciel et que le sable de la mer… Recevoir en héritage ce que Jésus prépare depuis la fondation du monde en ne nous demandant qu’une seule chose : aimer, prendre soin de celui qui a faim, soif, qui est étranger, nu, malade ou en prison… Regarder et aimer aussi le jeune homme riche qui n’est pas encore prêt à se défaire de sa richesse, aimer Zachée qui descend de son arbre et accueille Jésus avec joie en partageant ses biens et en rendant 4 fois ce qu’il a volé; aimer Marthe qui s’agite dans le service et Marie qui, paisible, écoute son Seigneur… Aimer chaque rencontre comme une réciprocité d’amour qui rend tellement vivant. Choisir d’aimer en sortant de soi-même pour recevoir et donner la vie… Tout homme qui a compris cela, qu’il ait la foi ou non, peut s’avancer avec joie vers le Christ en gloire et recevoir sa place dans le Royaume préparée depuis la fondation du monde.

                    L’étonnement des justes qui ont sont sortis d’eux-mêmes naturellement nous permet d’aller encore plus loin en mettant en œuvre notre foi en Jésus : en relisant nos gestes de miséricorde comme une façon  » d’être miséricordieux comme le Père est miséricordieux » , en nous disant : « c’est à moi que vous l’avez fait. » Il nous invite à donner notre vie pour ceux que nous aimons et il nous introduit dans sa relation de réciprocité d’amour avec son Père. En s’identifiant aux personnes qui nous sollicitent pour une rencontre et un don de réciprocité, il nous permet de reconnaître que c’est bien l’Esprit Saint qui nous donne l’audace et la fragilité d’entendre celui qui demande une aide, un don, une sortie de nous-même… En décidant avec son Père et l’Esprit Saint de prendre notre condition d’homme, Jésus se fait proche, frère de tous ces petits : il nous choisit pour aimer et devenir frère de ces petits. Il nous introduit dans la joie de son Père.

                    A nous maintenant de demander l’Esprit Saint pour aimer, devenir frère, construire notre vie sur la joie de la rencontre, du don et du pardon.

Claude Charvet sj