2ème dimanche de Pâques

Homélie 2ème dimanche de Pâques – Année A – 23 avril 2017 – 

Dimanche de la divine miséricorde

                    Cette finale de l’Évangile de Jean donne la clef de lecture de tout son Évangile : « Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence de ses disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayiez la vie en son nom. » Jean n’a pas voulu raconter la vie de Jésus : il a pris 7 épisodes et il les a racontés avec un art consommé de catéchète pour faire de chaque récit un signe pour que notre foi dans le Messie, tant attendu depuis Abraham, grandisse et que ce Messie soit bien Jésus, le Fils bien-aimé du Père.

                    Thomas, appelé Didyme (c’est à dire Jumeau : comme si nous étions son frère jumeau dans sa difficulté à croire) est tellement secoué, bouleversé par la façon dont est mort Jésus, que sa mort devient un obstacle à la foi. Il est tellement perturbé qu’il s’isole, qu’il n’est pas avec ses compagnons le soir de Pâques, ruminant son traumatisme mortifère :  » Si Jésus n’apporte pas la preuve que Dieu a quelque chose à dire qui vaille sur la souffrance injuste, sur la mort de l’innocent, je n’ai pas à m’encombrer du Seigneur. » L’objection de Thomas est au centre de la révélation de l’Évangile comme étant la question que les hommes posent. Thomas demande au Crucifié de dire quelque chose sur sa crucifixion et si le Crucifié dit quelque chose qui tienne, alors  » je croirai « .

                    Jésus a vraiment entendu la demande de Thomas. Ce qu’il montre à Thomas, ce sont ses plaies, ses mains percées, son cœur ouvert. Autrement dit, il n’y a plus à faire à Dieu un procès pour lui reprocher les souffrances des hommes innocents puisque lui-même, en son Fils, les subit jusqu’au bout. Oui, il y a des innocents bafoués, des morts iniques, des crucifiés, encore aujourd’hui. Au nom de son Père, et pour nous dévoiler qui est réellement Dieu pour l’homme, Jésus montre qu’il partage les souffrances des hommes jusqu’au bout. Ce qui est à voir et à contempler, c’est ce mystère-là : Jésus est mort de sa passion pour les hommes et c’est cela qui les sauve. Il est mort de n’avoir pas fui ce que nous fuyons, sans pouvoir l’éviter. Il nous sauve de communier à tout de nous, y compris le pire. C’est l’amour qu’il a mis dans cette communion qui le ressuscite, qui le rend vivant, dans une victoire totale et définitive, sur la mort et la souffrance. C’est cela que, voyant ses plaies, nous sommes appelés à croire. Nous sommes invités à croire au Ressuscité sans le voir. Ses plaies sont toujours là : la souffrance, la haine, la violence terroriste, les mensonges sont toujours là. Les médias nous les montrent avec tant d’impudeur. Le Ressuscité vient nous dire : non, tu n’es pas condamné, Dieu t’aime tellement qu’il a consenti à ce que son Fils soit plus fort que le mal. Thomas est convié à reconnaître l’incroyable : à travers les plaies de Jésus, chaque fois qu’un homme est victime, Dieu souffre avec lui. C’est cela qui est à croire ! La miséricorde divine, la tendresse inconditionnelle de Jésus pour l’homme, pour moi, n’est vaincue par aucune mort… C’est le propre de l’amour de faire jaillir la vie de tout, même de la mort.

                  La réponse de Thomas est magnifique, comme s’il avait reçu de Jésus son souffle, son Esprit… En voyant les plaies, il dit sa foi :  » Mon Seigneur et mon Dieu  » : il reconnaît dans les plaies du Crucifié les signes de la victoire du Ressuscité et du Fils de Dieu. C’est son acte de foi personnel en celui qui est venu le chercher dans sa nuit obscure. C’est bien une Parole de croyant, différente de celle que les disciples lui avaient annoncé… C’est sa Parole qui le rend vivant, joyeux, bienheureux comme la béatitude qui nous invite nous aussi à croire, sans avoir vu, mais en nous appuyant sur sa Parole de témoin.

Claude Charvet sj