Épiphanie

Homélie de l’Épiphanie – Année B – 7 janvier 2018

Lectures :  Is 60.1-6     Ps 71     Ep 3.2-3a.5-6     Mt 2.1-12

                    Aujourd’hui, coïncidence ou signe providentiel, c’est la fête de l’Épiphanie. Rami, je voudrais t’assurer que c’est avec joie que nous t’accueillons dans notre secteur paroissial, ainsi que toute la communauté maronite, comme des mages venus de l’Orient. Oui, ne seriez-vous pas, pour nous, ces mages venus d’Orient ?

  1. Autour de la crèche

                    C’est autour de la crèche que nous sommes rassemblés. A Noël, nous avons accueilli Jésus venu naître dans un petit village de Galilée, loin des lieux où se prennent habituellement les grandes décisions. Un miracle étonnant, inédit s’est produit : Dieu, dans sa miséricorde, est venu en notre monde afin de partager notre humanité. Surprise encore plus étonnante, que personne ne pouvait imaginer, il a voulu rejoindre le cortège des exclus et des déplacés de ce monde. Par décision de César Auguste, Marie et Joseph ont dû quitter leur village de Nazareth pour se rendre à Bethléem afin de se faire recenser dans leur village d’origine. Là, ils ne sont pas attendus. Il n’y avait personne pour les accueillir. En toute hâte, Joseph a dû trouver un lieu afin que Marie puisse accoucher. Un logement de fortune, une étable leur est dédiée. C’est là que le roi du monde est venu naître.

                    Cette crèche que nous avons là, devant nous, nous attire et nous surprend. Elle vient casser la fausse image que nous avions de Dieu pour mieux la révéler. Nous imaginions, un Dieu fort et puissant, étranger à l’histoire des hommes, protecteur ou impassible dans son ciel. Nous le découvrons, à Noël, dans un enfant, faible, remis entre nos mains, fragile, balloté par la vie. Il rejoint ainsi tous ceux qui, pour une raison ou une autre, ont dû quitter leur pays, tout abandonner. Il s’est fait pauvre parmi les pauvres pour mieux nous rejoindre. Nous le découvrirons, plus tard, cloué sur une croix entre deux bandits, faible et vulnérable afin de sauver tous les hommes.

                    Les premiers adorateurs qui sont venus lui rendre hommage ont été des bergers, des hommes exclus de la société qui gardaient les troupeaux pendant la nuit. Avec eux, à Noël, nous sommes venus jusqu’à la crèche. Jésus nous tendait les bras. Il voulait guérir et restaurer, dans nos fragilités, tout ce qui avait besoin de l’être pour pouvoir marcher à sa suite, être son témoin.

  1. Épiphanie

                    Avec ce dimanche de l’Épiphanie, le cercle des visiteurs s’agrandit. Des mages venus d’Orient viennent maintenant lui rendre hommage. La tradition populaire les a mis au nombre de trois et en a fait des rois. Matthieu ne le dit point dans son Évangile. Découvrant le monde, le moyen âge a donné à chacun un nom et a pensé que l’un était blanc, l’autre noir et le troisième jaune. Cela correspondait à ce que l’on connaissait du monde à cette époque. Qui étaient-ils vraiment ? C’était des sages qui scrutaient les étoiles, conformément aux croyances et usages de l’époque, en cette région du monde. Les mages ne sont pas des juifs, ils sont d’une autre origine, d’une autre culture, ils viennent d’ailleurs, mais ce sont des chercheurs de Dieu. Ils se sont mis en route sans trop savoir ce qu’ils allaient rencontrer en chemin. Pour venir jusqu’à Bethléem il a fallu qu’ils quittent tout, leur pays, leur famille, leur sécurité, qu’ils affrontent l’inconnu. Avec eux, nous sommes invités à nous mettre en route, à oser l’aventure, à nous risquer.

  1. Le cercle des adorateurs s’agrandit

                    Au cours des siècles, le cercle des adorateurs s’est agrandi. L’Évangile s’est répandu sur l’ensemble du monde. Voici qu’avec les mouvements récents de populations, suite aux conflits en de nombreux pays, beaucoup ont dû fuir leur pays pour survivre. Lorsque j’étais jeune, j’étais loin d’imaginer qu’un jour je me retrouverais, à Bordeaux, sur un secteur paroissial avec une communauté maronite, venue du Liban. Pour moi, ce n’était pas envisageable. Ensemble, ce matin, nous nous retrouvons tous, près de la crèche pour adorer Jésus. C’est étonnant !

                    Je voudrais assurer la communauté maronite que c’est une chance, une grâce, pour notre secteur paroissial de pouvoir vous accueillir parmi nous. Pour nous rejoindre, vous avez été obligés de quitter votre pays sans parfois trop savoir où vous alliez. Que le déracinement que vous avez vécu nous aide à nous ouvrir vers d’autres horizons et à nous préparer à de nouveaux chemins d’évangélisation. Qu’ensemble nous puissions témoigner que Jésus est bien le Seigneur qui ouvre à tous les hommes des chemins de vie.

                    Oui, ce matin, à la suite des mages venus d’Orient, Jésus, le premier des déplacés nous tend les bras. Il cherche encore des adorateurs Approchons-nous de lui. Dans le silence il veut nous parler, nous réconforter, nous relever. Écoutons le message qu’il nous adresse.

P. Christian Vivien, sj