Fête de la Toussaint

Homélie de la fête de tous les Saints – année B – 1° novembre 2018

Lectures :  Ap 7, 2-4.9-14          Ps 23         1 Jn 3, 1-3          Mt 5, 1-12a

                    Grâce à tous les saints, à leur fête, nous sommes en train de profiter des vacances de la Toussaint. Mais qu’en est-il des saints ? Combien de personnes s’intéressent vraiment aux saints aujourd’hui ?  Combien de personne connaissent leur vie ?  Ceci étant, de manière générale, au-dedans de chacun d’entre nous il y a ce sentiment que la sainteté est réservée à quelques individus extraordinaires. Elle n’est pas pour nous. D’un autre côté, en voyant nos imperfections et nos  limites la plupart d’entre nous se découragent facilement et croient que nous ne sommes pas dignes d’être un saint. Par conséquent, nous pensons que la sainteté n’est possible que pour des personnes parfaites, ascètes, martyrs, mystiques etc. En réalité, les saints sont des gens ordinaires comme nous. Ils ont aussi leurs défauts, limites et faiblesses. Mais ce qui distingue les saints des autres c’est une caractéristique qui est commune entre eux tous. Cette caractéristique c’est une attitude des Béatitudes, Autrement dit, ce sont des gens des Béatitudes.  L’évangile d’aujourd’hui vient de nous énumérer les huit Béatitudes prononcées par Jésus sur la Montagne.

                    Le mot  français ‘Béatitude’ vient du latin ‘beatitudo’ qui signifie ‘le bonheur’. À travers les Béatitudes, Jésus dévoile aux gens une manière de vivre qui est bonne, heureuse et faites de belles attitudes. Chaque Béatitude déclare heureuses certaines catégories de personnes. J’aimerais mettre en valeur deux d’entre elles.

Pauvres en esprit

                    La première Béatitude est la plus importante et la source de toutes les autres. Elle est en quelque sorte la pierre angulaire de toutes les autres parce qu’elle souligne que chacune des Béatitude qui suit suppose une certaine forme de pauvreté de cœur, de l’esprit. ‘Heureux les pauvres de cœur car le royaume des cieux est à eux’. Tout d’abord, ‘le pauvre’ est celui qui dépend entièrement de Dieu, qui met toute sa confiance en Dieu. Le pauvre a besoin de s’unir à la fois à Dieu et aux autres. Il n’hésite pas à demander l’aide des autres. Il est un homme humble. Il a besoin du soutien de la communauté et de la société. Ensuite, bien souvent, ce sont les pauvres qui sont généreux en partage et en accueillant les autres.  Par exemple, la pauvre veuve qui a donné ce qu’elle avait pour vivre, deux petites pièces de monnaie, au temple (Mc 12, 41-44) et ensuite la pauvre veuve de Sarepta (1 R 17, 10-16) qui a accueilli le prophète Elie.

                    De fait, en parlant des pauvres, je me souviens des témoignages de mes compagnons jésuites pendant leur stage de pèlerinage. Au noviciat on doit faire un pèlerinage d’au moins 150 km sans argent, c’est-à-dire il faut le faire comme des mendiants en dépendant des autres. Lors de ce pèlerinage, dans la majorité des cas, ce ne sont pas des riches qui accueillaient les novices. D’ailleurs, ils se méfiaient d’eux et les chassaient souvent. Ce sont surtout les pauvres qui accueillaient et partageaient généreusement leur nourriture avec les novices.

                    L’expression ‘pauvre de cœur ou d’esprit’ vise tous ceux qui ont une spiritualité de l’abandon. Ce sont les gens qui ne mettent leur espérance qu’en Dieu. Ils sont conscients qu’ils sont incapables de se sauver par eux-mêmes et qu’ils doivent faire  plier leur volonté devant celle de Dieu. Ils acceptent l’autorité absolue de Dieu dans leur vie. Tous les saints ont ce trait. Donc, ‘les pauvres de cœur’ sont, de fait, les sages qui savent que le Seigneur compte avant tout. Cette première Béatitude est la clé à la fois pour la sainteté et pour la vie spirituelle.

Purs de cœur

                    ‘Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu’. ‘Le cœur’ est un organe très important pour nous. Si le cœur s’arrête, c’est la fin de la vie. Le cœur est souvent représenté comme le siège des émotions. Bien souvent, nous envoyons le symbole du cœur sur whatsapp pour exprimer notre amour et affection aux autres.  Un cœur pur est un bon cœur. Un cœur qui est le même dans ses pensées, son agir et son attitude. Ce qu’il est et ce qui paraît correspondent. On peut dire que c’est un cœur d’enfant. Il n’a pas de méchanceté, d’hypocrisie, de jalousie. Un cœur pur est indispensable pour connaitre et comprendre la volonté ainsi que le plan de Dieu. Un cœur pur voit les autres comme Dieu les voit c’est-à-dire avec amour et compassion.

                    Dans la deuxième lecture nous avons, ‘Quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur (1 Jn 3, 1-3). Dans la première lecture, nous avons, ils ont lavé leur robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau’ (Ap 7, 14). Chers frères et sœurs, la pureté de cœur ne se fait pas par soi-même. Elle se fait par Dieu. C’est une grâce, c’est lui qui nous la donne comme un don. C’est pourquoi nous demandons, ‘ crée en moi un cœur pur’ (Ps 51, 10). Tous les saints malgré leurs faiblesses purifient leur cœur des péchés en demandant humblement la grâce au Seigneur.

                    Chers frères et sœurs, de fait, la première personne qui a vécu les Béatitudes n’est nulle autre que Jésus lui-même. Les Béatitudes décrivent le portrait et la personnalité de Jésus. Vivre des Béatitudes veut dire imiter Jésus, suivre Jésus. Rappelons-nous que tous ceux qui suivent Jésus et ses enseignements  fidèlement qu’ils soient canonisés ou non sont des saints et des saintes. Nous avons plusieurs saints et saintes vivants autour de nous. Chaque baptisé a une vocation à la sainteté.  Nous en sommes capables aussi avec la grâce de Dieu. En ce jour de tous les saints, prions et désirons cette grâce de sainteté en adoptant l’attitude des Béatitudes. Amen

Ashok BODHANA sj