Fête de l’Ascension

Homélie: Fête de l’ascension- année C – 30 mai 2019

Lectures :  Ac 1,1-11    Ps46   He 9,24-28; 10, 19-23     Lc 24,46-53

                    Avec l’Ascension le temps des apparitions aux disciples va prendre fin. Une nouvelle étape se présente à eux. Chaque apparition a quelque chose de nouveau, d’inattendu. Mettons-nous à l’écoute de Jésus. Que désire-t-il nous apprendre aujourd’hui ?

  • Le temps pascal

                    Après avoir suivi Jésus pendant trois ans et avoir vu tant de malades guéris, de possédés libérés, de miracles se produire, les disciples ne pouvaient imaginer que Jésus meure sur une croix comme un malfaiteur. C’était impensable, inimaginable. La crucifixion de Jésus a été pour les disciples un véritable cataclysme. Aussi, dans chaque apparition, Jésus va s’employer à la fois à les guérir intérieurement du traumatisme vécu durant les jours de la passion mais aussi il va continuer de les enseigner. Alors que durant la vie publique Jésus enseignait les foules, pendant les apparitions, Jésus continue son œuvre de formation, d’évangélisation mais uniquement pour ses disciples. A chaque apparition il les enseigne et les restaure intérieurement. Le jour de la Pentecôte, ils seront des êtres nouveaux.

                    Le jour de l’ascension, au bout de 40 jours depuis la résurrection, que de chemin parcouru ! Les disciples ont commencé à s’habituer à cette nouvelle situation. Ils ne peuvent imaginer que Jésus se retire. Ils posent à Jésus cette question : « vas-tu rétablir la royauté en Israël ? ». Cette question manifeste que les disciples n’ont pas abandonné leur rêve de conquête. Cette conquête, ils ne peuvent l’imaginer que par la force et la puissance. Ils reprennent, d’une certaine manière, le désir qui animait les disciples d’Emmaüs avant la Passion : « Nous espérions, nous, que c’était lui qui délivrerait Israël » (Luc.24,21). Ils n’ont pas renoncé à leur rêve de victoire et de grandeur. Contrairement à ce qu’ils imaginent leur formation n’est pas encore terminée. Que leur manque-t-il ? Une nouvelle étape va encore être nécessaire.

                    Pour les aider dans ce détachement, que va faire Jésus ? Après avoir mangé avec eux, il va être élevé en son âme et en son corps.  Il va se retirer. Cette étape, même si elle est violente est nécessaire pour les disciples. Le détachement, qui leur est imposé, est source d’une grande liberté. Les disciples, qui ont dû passer de Jésus vivant sur cette terre à Jésus ressuscité, doivent maintenant passer à Jésus absent physiquement mais présent d’une autre manière. En se retirant Jésus crée un vide dans le cœur de ses disciples. Ce vide, loin d’être négatif va ouvrir de nouvelles portes.

  • L’expérience de l’Ascension

                    Ce détachement, perçu au premier abord comme un manque, une privation, va permettre aux disciples d’être vraiment eux-mêmes. Ce détachement va les faire grandir. N’est-ce pas cette expérience que l’on vit au moment d’un décès. En lâchant le défunt la vie repart. N’est-ce pas l’expérience que l’on vit dans les changements de mission. Tant que les anciens sont là et ne laissent pas la place, les nouveaux ne peuvent prendre la leur. Jésus veut que ses disciples soient libres. A la suite de leur formation de trois ans, la joie de Dieu est que les disciples soient pleinement eux-mêmes.

                    La joie de Dieu n’est pas que les disciples soient dépendants de Dieu, d’une dépendance servile mais qu’ils soient libres. Dieu attend que nous l’étonnions par la qualité et la justesse de nos réactions. Dieu désire que ses disciples soient à la fois pleinement eux-mêmes et pleinement dociles à l’Esprit Saint. N’est-ce pas la joie des parents de voir leurs enfants libres et lancés dans la vie ? Bien sûr il y a un risque. Il y a le risque de la liberté mais Dieu court ce risque. Il s’interdit de toucher à notre liberté

                    Cette expérience de l’Ascension où les disciples voient Jésus qui monte au ciel et se dérobe dans la nuée souligne l’unité forte de Jésus à son Père. Jésus monte au ciel, monte en Dieu.

                    Cette expérience de l’Ascension contribue à changer l’image de Dieu dans le cœur des disciples. Souvent on imagine un Dieu puissant et fort. On voudrait un Dieu qui nous guide, quitte à lui reprocher d’être trop sur nous et de nous voler notre liberté. Dieu n’est pas celui que l’on imagine. Il est pauvre et humble. Il accepte de laver les pieds de ses disciples et de mourir sur une croix. En se retirant Jésus vient casser de manière définitive l’image d’un Dieu qui domine et asservit l’homme. Il nous invite à entrer sur un chemin de liberté, docile au mouvement de l’Esprit en nous.

 

  • Avec les disciples, demander l’Esprit Saint

                    En réponse à leur question sur le Royaume, Jésus annonce donc aux disciples la venue de l’Esprit Saint. Luc précise que les disciples doivent demeurer à Jérusalem « jusqu’à ce qu’ils soient revêtus d’une force d’en haut » (luc.24,49). C’est bien une force nouvelle qu’ils recevront. Ils seront des hommes nouveaux. L’Esprit Saint que le Seigneur leur promet le jour de la Pentecôte ne va pas les dominer, les posséder mais il va les inspirer. Cet Esprit Saint, le Seigneur désire le répandre à profusion sur son Eglise et sur chacun d’entre nous.

                    Cet Esprit Saint, nous sommes invités à le demander avec insistance. Le temps qui nous sépare de l’Ascension à la Pentecôte est un temps de retraite pour l’Eglise du monde ancien. A partir d’aujourd’hui 10 jours pour implorer la venue du Saint Esprit. Que cet Esprit Saint vienne nous renouveler personnellement et renouveler toute l’Eglise universelle, toutes les Eglises Chrétiennes.

                    Cet Esprit Saint, le Seigneur nous l’a donné au baptême, à la confirmation, dans tous les sacrements. Il l’a donné mais nous sommes invités à le demander avec insistance chaque jour jusqu’à la Pentecôte. Nous avons besoin du Saint Esprit. Le Seigneur désire faire de chacun de nous des disciples missionnaires.

Christian Vivien sj