Fête de Toussaint

Fête de Toussaint –  Année A  –  01 novembre 2017

Lectures : Ap 7,2-4.9-14     Ps 23     1 Jn 3.1-3     Mt 5,1-12a

                    Toussaint, fête de tous les saints, connus et inconnus. Aujourd’hui notre louange se joint à celle de tous les saints et tous les anges qui se tiennent devant Dieu et chantent sa gloire. Aujourd’hui leur louange nous entraîne. Elle va nous aider à présenter ceux qui nous ont quittés. Demain, 2 novembre, la messe leur sera plus particulièrement consacrée.

  1. Qui sont les saints

                    Pour se comprendre il faut définir le vocabulaire. Habituellement on appelle « saints » des hommes, des femmes qui ont existé à un moment de l’histoire. Ils ont imité Jésus Christ et leurs vertus ont été reconnues par l’Église. Ils sont dignes d’être montrés en exemple. Nous pouvons penser à des personnages comme St François et Ste Claire, St Dominique, Ste Thérèse de l’Enfant et bien d’autres.

                    A partir de là on comprend bien qu’à côté de tous ceux qui ont eu une grande notoriété de sainteté il existe des personnes d’une grande sainteté mais qui ont vécu plus dans l’ombre. L’Église ne dit pas que seuls sont saints ceux qu’elle a reconnus comme tels. Seul Dieu peut vraiment dire qui est saint. Par cette fête de Toussaint l’Église nous dit qu’au contraire une multitude d’hommes et de femmes vivent dans la gloire de Dieu et participent à la sainteté même de Dieu sans en avoir le titre. Mais elle ne reconnaît officiellement comme saints que ceux dont la notoriété peut être montrée en exemple.

                    Saint Paul, pour sa part, appelle « saint » non point ceux qui sont morts mais ceux qui vivent de la sainteté de Dieu. Par exemple dans la salutation finale de l’Épître aux Philippiens St Paul écrit : « Saluez chacun des saints dans le Christ Jésus. Les frères qui sont avec moi vous saluent. Tous les saints vous saluent, surtout ceux de la maison de César. »

  1. Entrons dans la grande cohorte de tous les saints

                    La première lecture de l’Apocalypse nous invite à entrer dans la cohorte de tous les saints. St Jean, qui a écrit ce texte, dans sa vision nous montre une foule immense qui chante la gloire de Dieu. Cette foule est vêtue de robes blanches, avec des palmes à la main. Sa louange est très puissante et nous invite à nous joindre à cette cohorte. En pensant à la louange de toutes ces personnes, l’Église, dans la liturgie, nous invite à porter des vêtements blancs.

                    Dans la vision, une question nous est posée afin de nous inviter à être attentifs : « ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? ». Après un instant de silence, la réponse jaillit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leur robe. Ils l’ont blanchie dans le sang de l’Agneau ». Tous ces saints sont ceux qui, par amour de Jésus, ont donné leur vie pour le service de leurs frères. Pour le signifier, dans la liturgie, lorsqu’on célèbre un martyr le prêtre porte des ornements rouges.

                    Dans cette cohorte vêtue de robes blanches ou rouges, on peut retrouver tous ces martyrs qui, à travers le monde, sont exilés, déplacés, écrasés et donnent positivement leur vie par amour de Jésus. Il y aussi peut-être parmi eux ces parents qui ont travaillé dur et se sont dévoués pour élever leurs enfants le mieux possible mais aussi cette grand-mère qui disait le chapelet en silence et dont on se moquait. Il y a tous ceux qui ont mené une vie droite, qui ont voulu être artisans de paix et n’ont pas voulu, par facilité, écraser les autres. La liste serait longue car on y trouverait ceux auxquels on ne pense pas.

  1. Les Béatitudes, chemin de sainteté

                    Les Béatitudes sont très différentes du décalogue car elles ne sont pas une loi. La Loi, donnée par Dieu à Moïse sur le Sinaï et contenue dans le décalogue, est un cadeau dont le prix est inestimable. La Loi de Dieu nous dit ce qu’il est bien de faire et ce qu’il ne faut pas faire. Les dix commandements nous donnent des règles de conduite. Ils sont là pour nous éduquer, nous faire grandir. Dans la période que nous vivons où nous avons perdu toutes les règles de conduite, le décalogue est une bouée chargée de nous sauver la vie. Le décalogue est un socle sur lequel peut s’appuyer la vie en société. Le décalogue est très précieux. Il est pourtant très différent des Béatitudes.

                    Les Béatitudes ne sont pas un code de conduite mais une expérience de vie. En nous proposant les Béatitudes Jésus nous propose d’emprunter son chemin de vie et d’expérimenter qu’en l’empruntant le Royaume de Dieu nous est bien donné. Il va même jusqu’à nous proposer d’accueillir les outrages, les insultes, les calomnies par amour pour lui. Il s’engage à nous faire ressentir, expérimenter de l’intérieur que c’est le chemin d’une joie parfaite. C’est cette expérience que vivent aujourd’hui beaucoup d’hommes et de femmes qui donnent leur vie pour le Christ. Les Béatitudes n’expriment pas une théorie déconnectée de la réalité mais un partage d’expérience. Le monde nous dit que pour être heureux il faut être riche, consommer, dominer et pour cela ne pas craindre d’écraser les autres et de jouir de l’existence sous toutes ses formes. Le but de la vie semble alors être l’argent, le pouvoir, et le sexe. A l’opposé, Jésus nous dit : « si tu veux être heureux je te propose de mettre tes pas dans les miens ». L’avons-nous expérimenté ?

                    Dans la première Béatitude Jésus nous invite à vivre, comme lui, dans la pauvreté. Cela ne veut pas dire dans la misère car la misère lui fait horreur mais dans la simplicité, l’humilité. Dans la dernière il nous propose de donner notre vie par amour pour nos frères. Dans les Béatitudes Jésus nous invite à aimer sans compter. En nous offrant les Béatitudes Jésus nous appelle à être saints et nous propose une joie tournée vers les autres et vers Dieu, une joie contagieuse que rien ni personne ne pourra nous ravir car elle ne se limite pas à cette terre. Seul l’amour demeurera.

                    Aujourd’hui Jésus nous invite à relire notre vie. Est-ce que nous avons expérimenté qu’en vivant des Béatitudes cela a été chemin de bonheur pour nous ? Avons-nous découvert que ce bonheur est contagieux ? En cette fête de la Toussaint nous tournons notre regard vers Dieu et ceux qui nous ont quitté et découvrons que cette contagion va bien au-delà de cette terre.

Christian Vivien, sj