Homélie du 23° dimanche ordinaire – année C – dimanche 4 septembre 2016

La semaine dernière, la table du festin messianique était ouverte à tous, parents, amis, mais aussi boiteux, aveugles, exclus de tout… Aujourd’hui, les foules nombreuses suivent Jésus et veulent devenir « disciples ». Jésus va préciser les exigences pour le suivre et « être mon disciple ».

Il s’agit bien de prendre avec lui la route de Jérusalem, de marcher avec lui pour entrer dans sa façon de vivre sa mission pour sauver les hommes… Cela demande un engagement inconditionnel avec lui… Luc utilise une expression très forte qui peut faire trembler : Jésus parle de « haïr » non seulement ses parents, mais aussi sa femme (ou son mari)et ses enfants, ses frères et soeurs jusqu’à sa propre vie… On pourrait s’inquiéter d’un tel radicalisme qui pourrait tout ravager. Luc a une autre condition pour devenir disciple Jésus : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à sa suite  » Il s’agit de suivre le chemin de Jésus  au mépris de sa propre vie, au mépris de ses propres biens… Il n’y a rien de très raisonnable dans cette radicalité, dans cet engagement inconditionnel à la suite de Jésus et cela peut faire peur ou nous faire dire c’est trop dur, c’est un engagement trop violent. D’ailleurs ces trois versets sont souvent utilisés par des musulmans pour dire que l’Evangile et le message de Jésus sont violents et forment ses disciples à la haine de la famille, au prosélytisme et au fanatisme. Comment comprendre   ces exigences autrement que dans une lecture littérale ?

Pour comprendre la radicalité de l’engagement à la suite de Jésus, Jésus nous propose d’abord de nous asseoir pour réfléchir avec deux petites paraboles bien actuelles qui peuvent faire partie des outils des « cellules de déradicalisation » :

  • L’ingénieur en bâtiment travaux public aime monter des projets de construction ici d’une tour : il doit prendre en compte toutes les dimensions du projet :bureau d’étude, emplacement du chantier,  finances et assurances, sécurité, matériaux, entreprises multiples et leur planning d’intervention, contraintes de temps et pénalités de dépassement… C’est un projet  long et complexe, avec la nécessité de réussir car l’échec a des conséquences  dramatiques.
  • Le chef de guerre met en oeuvre une autre forme d’intelligence avec de la stratégie, de l’intuition, de la persuasion aussi pour convaincre ses troupes au combat en tenant compte de ses forces et de ses faiblesses. David, avec son lance-pierre et la force de Dieu a bien vaincu Goliath, l’homme le mieux armé et le plus dangereux de la terre.

Ces deux petites paraboles qui invitent à s’asseoir pour bien poser son désir et ses projets à ne pas céder à la fascination de la radicalité immédiate.

Le projet de Jésus est bien de former des disciples qui participent à sa mission qui est très ambitieuse : l’amour est plus fort que la haine, la vie plus forte que la mort. Il a besoin d’avoir avec ses disciples une relation personnelle qui va plus loin que la relation maître-serviteur, employeur-employé, ou enseignant-élève… Il veut une relation de réciprocité d’ami à ami : « Nul n’a de plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père je vous l’ai fait connaître. Je vous donne ce commandement, c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 15, 15)  Cette réciprocité d’amour entre Jésus et son disciple rend plus libre dans ses relations avec sa famille tout en restant proche  dans l’affection et la foi. En plus Jésus demande vraiment de mettre en oeuvre tous nos talents en prenant en compte nos limites et nos fragilités. Enfin, par le baptême,  il nous donne sa Sagesse, son Esprit pour pouvoir le suivre lui qui accomplit la mission du Père.

Il s’agit pour nous de devenir des disciples en nous mettant dans les pas de Jésus qui monte à Jérusalem, en aimant cet ami qui donne sa vie pour nous, en demandant comme dans le psaume 89 « Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains. »

Claude Charvet sj