Homélie du 24ème dimanche ordinaire – année C – dimanche 11 septembre 2016

Homélie 24ème dimanche ordinaire – année C – 11 septembre 2016

Lectures : Ex 7-11.13-14 ; Ps 50 ; 1 Tm 1,12-17 ; Lc 15,1-32

          S’il y a, dans l’Evangile, une parabole connue… c’est bien celle du père et de ses deux fils. Cette parabole prend des sens différents selon le titre qu’on lui donne. Parler du fils prodigue dirige l’attention sur le plus jeune garçon ; la nommer « parabole des deux fils » conduit à réfléchir sur le fait que le Christ dise : « Je ne suis pas venu appeler les justes (le fils ainé) mais les pécheurs (le fils cadet) ». De ce fait, essayons de porter notre regard sur le Père,  identifions-nous pour une fois au Père. N’avons-nous pas à être parfaits comme notre Père céleste est parfait ?

          Nous voici donc à la place du Père ! Autrement dit : à la place de Dieu. Nous voici blessés par l’ingratitude de nos proches, par l’abandon dont ils sont capables à notre égard. Allons plus loin : blessés par ceux qui devraient nous aimer et qui nous haïssent peut-être ou qui n’hésitent pas à nous faire du mal. N’est-ce pas ce qui arrive au Christ ? A Dieu lui-même ? Mais c’est bien là que la vie nous a placés, devant ces réalités qui risquent d’être malheureusement pour nous quotidiennes. C’est bien dans ces moments-là que nous sommes mis à l’épreuve car, nous le savons, l’amour ne se manifeste vraiment que s’il survit lorsque les raisons d’aimer n’existent plus. Alors quelle est notre réaction devant le collègue de travail ou l’enfant qui nous rejette, devant l’autre/les autres qui nous désertent ? Bien des attitudes sont possibles et nulle raison ici de les énumérer… Parce que nous serions sur un registre psychologique qui révèle ce qu’il y a au plus profond de nous-mêmes. Or la parabole ne veut pas nous attirer sur ce terrain. Regardons mieux ce père. Il ne dit rien mais ce silence n’est pas du tout « faire le vide, oublier » : il est attente. Et quand le plus jeune revient, seule compte la joie du père, joie d’autant plus intense que le passé n’est pas évoqué : il ne compte plus. A y regarder de près, c’est donc le bien de ce fils qui est la seule cause de sa joie. En contraste avec le fils aîné, le Père nous montre que l’amour est le contraire de la jalousie : il se réjouit du bien de l’autre, de la vie de l’autre même si cette vie lui est rendue alors qu’il ne la méritait pas.

          Qui n’a pas été touché dans son enfance, adolescence ou plus tard par cette parole du Christ adressée à ses disciples et que chacun de nous connaît trop bien : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. C’est un commandement que je vous donne » nous dit Jésus, mot étrange pour parler de l’amour et pourtant ce commandement-là rejoint – lorsqu’on y réfléchit bien – notre désir le plus profond. Parler de l’amour, c’est vraiment parler de ce qui fait vivre l’homme. Non, on ne meurt pas d’amour, mais à coup sûr on meurt de n’être pas aimé. La haine, le mépris ou plus simplement l’indifférence sont véritablement mortifères. Et c’est pourquoi nous côtoyons tant de blessés : blessés parce que mal aimés.

          Et voilà pourquoi Jésus nous dit : Tu dois aimer. Tu dois aimer parce que celui que tu rencontres en a un besoin proprement vital. Or je suis venu pour faire de vous des vivants, vous arracher à toutes les forces de mort qui vous menacent ou vous habitent. Et la seule force au monde qui triomphe de la mort, c’est l’amour.

          Oui, ces paroles comme ces paraboles d’aujourd’hui, nous les connaissons bien. Mais comme elles sont difficiles à vivre ! A dire vrai, aimer véritablement, c’est-à-dire en acte et en vérité, n’est possible que si nous remontons à la source de tout amour. Et cette source, tout l’Evangile nous le dit : c’est un Dieu qui est sorti de son silence, qui nous a parlé par son Fils, pour nous apprendre que chacun d’entre nous, qu’il le sache ou non, était aimé d’un amour personnel, singulier, et qui ne se déroberait jamais. Et que chacun de nous, parce qu’il était créé à l’image de ce Dieu-là était capable à son tour d’aimer comme Dieu lui-même nous aime.

          A dire vrai, aucun malheur ne menace vraiment une personne qui aime. Car c’est de cet amour humain qui nous paraît si fragile, si incertain de lui-même et de son lendemain, que Dieu lui-même a pris soin de nous dire qu’il était plus fort que la mort.

          Ce qui est sûr, c’est que le bonheur d’aimer est notre plus grand trésor, et qu’il n’y a qu’une façon de le faire grandir. Ce n’est pas en le retenant jalousement entre nos mains. C’est en le partageant. Car contrairement aux choses, l’amour, qui n’est pas une chose, s’accroît quand on le partage.

          Voilà peut-être des paroles bien graves. Elles sont pourtant toutes chargées d’espérance. S’il en est besoin, soyez donc pleinement rassurés, car c’est Dieu lui-même qui prend soin et se charge de notre amour, maintenant et toujours.

Philippe Marxer sj