Homélie du 34ème dimanche du temps ordinaire – année C – 20 novembre 2016

Homélie du 34ème dimanche du temps ordinaire – année C –

20 novembre 2016

Lectures : 2S 5,1-3      Ps 121 (122)     Col 1,12-20     Lc  23, 35-43

                    L’Église nous présente, en ce jour, Jésus sur la croix. Ce dimanche du Christ Roi a quelque chose de déroutant. Quel est donc ce Roi, Messie crucifié, mort pour nos péchés ?

                    Pour nous aider à découvrir le Christ Roi nous allons parcourir les textes que la liturgie nous propose aujourd’hui pour en tirer quelques leçons.

  • Jésus Roi

                    Dans la Bible, le modèle de la royauté nous est donné par David. Il vécu 1000 ans avant Jésus. Ce n’est pas lui qui a voulu être roi. C’est Dieu qui l’a choisi par l’intermédiaire du prophète Samuel qui lui donna l’onction au milieu de ses frères. Dans le silence, en étant au service de Saül, Dieu l’a préparé à cette tâche. Il reçu de nouveau l’onction au moment d’être intronisé, à Hébron, roi sur tout Israël.

                    Comme roi, David s’est efforcé de faire connaître à son peuple, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Sa mission première était de conduire le peuple vers Dieu et de l’aider à se tourner vers Dieu. Nous lui devons le livre des psaumes. David, malgré son péché, a toujours mis Dieu à la première place. La joie de son cœur a toujours été de l’aimer, de le chanter, de le servir et de le faire aimer.

                    David a très fortement marqué Israël dans son désir d’avoir un roi selon le cœur de Dieu. Jésus qui est venu annoncer le royaume des Cieux, a du veiller à ce qu’on ne l’enferme pas dans cette image d’un roi temporel, même si ce roi est tourné vers Dieu.

  • Le Christ, un Dieu crucifié

                    En effet, nous sommes tous tentés par un sentiment de puissance. Jésus vient couper court à cette représentation et va se présenter à nous dans la faiblesse. Déjà à Noël il est venu en notre monde, petit enfant dans une crèche. Aujourd’hui nous le contemplons, Messie crucifié. Il est le serviteur souffrant qui donne sa vie par amour pour nous. Malgré cela, ce rêve de toute puissance et d’un Dieu puissant continue à hanter nos esprits. « Si Dieu existait il ne permettrait pas les guerres, il ne permettrait pas l’injustice,… ».

                    Sur la croix Jésus va revivre de terribles tentations. Comme après son baptême, il va être tenté trois fois par Satan. Après son baptême Jésus avait été conduit au désert pour être tenté trois fois par Satan qui voulait le détourner de sa mission d’annoncer le règne de Dieu. Maintenant Satan va lui proposer d’utiliser sa puissance divine non point au service de Dieu mais à son propre service. Sur la croix, la triple tentation va passer par ceux qui seront là, près de lui. Elle va se présenter par l’intermédiaire des chefs d’Israël qui vont le tourner en dérision : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même s’il est le Messie de Dieu, l’élu ! », par les soldats qui vont se moquer de lui : « Si tu es le roi des juifs sauve-toi toi-même !». Enfin il va être injurié par un des deux condamnés : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et nous aussi ! ». Ces trois tentations Jésus va les rejeter. Sur la croix, Jésus va refuser d’utiliser sa divinité, même pour échapper à la mort.

                    Jésus, de manière délibérée, veut rester uni à son Père. Il sait que son Père peut l’arracher à la mort. C’est de Lui qu’il attend la vie. Le diable lui propose de se couper de Dieu en refusant la mort physique. Non, Jésus accepte de traverser la mort. La vie lui sera rendue. Il ressuscitera au matin de Pâques.

                    Cette tentation du Christ sur la croix est encore réelle pour nous aujourd’hui. En effet que ne fait-on pas pour échapper à la mort physique sans se soucier de notre vie éternelle ? Avec l’allongement de la vie et en supprimant l’idée de la résurrection, un basculement s’est produit. Avant on naissait, on vivait et quand le moment était venu on mourait et on ressuscitait. La mort faisait partie de la vie. Aujourd’hui, pour échapper à la mort, nous avons remplacé l’idée de la résurrection par l’allongement de la vie. Le Christ a refusé cette tentation.

  • Entre deux larrons

                    Jésus accepte de mourir sur une croix entre deux larrons. Sur la croix il ne peut faire peur à personne. Qui craindrait un condamné cloué sur une croix. Même le mauvais larron peut se permettre de l’insulter. Le bon larron, pour sa part, peut sans crainte lui parler. Il reconnaît qu’effectivement s’il a commis des méfaits Jésus pour sa part est innocent. En s’adressant à l’autre condamné, le bon larron confesse sa faute et la sainteté de Jésus : « après ce que nous avons fait nous avons ce que nous méritons. Mais lui il n’a rien fait ». En se situant en vérité devant Jésus il peut accueillir sa miséricorde et lui adresser une demande folle : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ». En faisant une telle demande le bon larron reconnait la divinité de Jésus qui lui répond : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ». Le bon larron parlait ainsi sous l’action de l’Esprit Saint.

                    Pour comprendre ce qui se passe il faut réaliser qu’il y a en nous trois types de pensées : celles qui viennent de Dieu, celles qui viennent du mauvais et celles qui viennent de nous. Il dépend de nous de choisir qui nous voulons écouter. Le bon larron tout comme le mauvais larron est un larron. Ce sont deux larrons. Le pape Benoit XVI pour expliquer leur condamnation, les présente comme des résistants au pouvoir romain. Le bon larron, étant dans l’humilité et la vérité, a écouté la voix de l’Esprit en lui. Ses pensées correspondent à celles de Dieu. Jésus peut donc lui dire : « aujourd’hui tu seras avec moi en paradis » car c’est la réalité de ce qu’il vit. Par contre on peut dire que le mauvais larron n’écoutant pas la voix de l’Esprit en lui écoute celle du mauvais esprit. Il est attentif à la voix de Satan. Derrière les propos du mauvais larron, Jésus reconnaît la voix de Satan. Jésus pourra donc dire avant de mourir : « Père pardonne leur ils ne savent pas ce qu’ils font ».

                    En terminant l’année de la miséricorde par ces dernières phrases du bon larron, l’Église nous rappelle que quel que soit notre parcours, notre péché, il nous est possible de revenir vers Dieu. Avec Jésus, rien n’est jamais définitivement perdu. Nos fautes les plus graves peuvent être pardonnées. Jésus désire non seulement nous les pardonner mais aussi nous délier de tout ce qui en est la racine. C’était le sens de l’année de la miséricorde. Jésus veut que l’Esprit Saint nous soit communiqué afin d’être, auprès de nos frères, témoins de la miséricorde. Quelles que soient les difficultés que traverse notre monde, Dieu ne nous abandonne pas !

Christian Vivien sj