Homélie du 10ème dimanche ordinaire – Année C – ND des Anges – 5 juin 2016

Résurrection du fils de la veuve de Naïm

Homélie du 10ème dimanche ordinaire – Année C – ND des Anges – 5 juin 2016

La première lecture et l’évangile nous propulsent dans un autre univers culturel mais nous aident à repérer nos réactions devant une épreuve qui nous atteint au plus profond de nous-mêmes. Ils nous présentent deux veuves qui viennent de perdre leur fils. Ces veuves, après avoir perdu leur mari, avaient perdu aussi toute possibilité de subsistance. De par leur situation de veuves elles se trouvent dans une très grande précarité. Voici que ces femmes qui déjà avaient perdu leur mari vont maintenant perdre chacune ce qui leur reste de plus précieux : leur fils. L’épreuve s’ajoute à l’épreuve.

I – Deux situations

Ces deux situations sont dramatiques. Cette veuve païenne, de la ville de Sarepta, de la région de Sidon, avait accueilli le prophète Elie alors qu’elle s’était résignée à mourir avec son fils car elle n’avait plus rien à manger. Sur la parole d’Elie, la jarre de farine et le vase d’huile ne s’étaient pas épuisés. Elle, son fils et le prophète Elie eurent de quoi manger durant toute la famine. Grâce au Dieu d’Elie la vie avait pu reprendre le dessus. Alors que tout semblait aller pour le mieux et que le prophète Elie était encore présent dans la maison, voici que cette pauvre veuve vient de perdre son fils suite à une forte fièvre. Immédiatement pour elle, se pose une question. Quelle en est la cause ? Dans la ville de Naïm, un même drame vient de se produire. Alors que Jésus arrive dans la ville, il tombe sur le cortège funéraire. Il y a là une foule considérable, et cela se comprend. Personne n’est à l’abri d’un tel drame. Les amis, les voisins, les parents sont là pour entourer la veuve. C’est la consternation, les pleurs, les lamentations.

Même si les morts d’enfants sont moins fréquentes aujourd’hui, ces exemples dramatiques dans nos vies ne manquent pas. Les cancers et la maladie d’alzeimer sont les drames les plus connus et ils font peur. Malheureusement ils ne sont pas les seuls, même si beaucoup  restent sous le sceau du silence et du secret. Une évidence : la mort et le malheur font partie de la vie. Ils viennent nous surprendre au moment où l’on s’y attend le moins. Ces épreuves nous déroutent toujours et nous révoltent. La veuve de Sarepta est très en colère. Est-ce une vengeance de Dieu ? Une mauvaise action du prophète envers cette femme ? Le prophète vient-il pour lui rappeler ses fautes ? A Naïm, dans le cortège qui conduit le fils de la veuve au cimetière, l’émotion est très forte. La venue de Jésus dans un tel contexte a quelque chose à la fois de rassurant mais aussi d’intriguant. Que vient-il faire ? Que va-t-il faire ?

II – Nos réactions

On imagine sans difficulté les questions qui peuvent se poser. Essayons de repérer nos réactions les plus profondes ou celle de notre entourage devant de telles situations : « Pourquoi un tel drame ? Si Dieu existait ? Qu’ai-je fait au bon Dieu ? Qu’est-ce qu’on m’a fait ? Quand il s’agit d’un proche, d’un père, d’une mère, d’un fils d’une fille, d’un conjoint, c’est souvent difficile à vivre voire même révoltant. Pour pouvoir les comprendre et en prendre du recul il faut pouvoir regarder nos réactions spontanées les plus profondes. Si on ne les comprend pas, ce seront elles qui nous domineront. Comment comprendre ces réactions ?

III – Pour nous aider à comprendre

Pour aider à comprendre je n’oublie pas cette religieuse africaine que j’ai rencontrée un jour. Quand elle était jeune elle avait quitté son village et sa famille pour se mettre au service du Seigneur. Elle faisait un très bon travail. Elle était devenue la supérieure de sa communauté. Un jour elle rentre dans son village. Elle aperçoit quelqu’un du village qui lui dit : « tu viens pour l’enterrement de ton frère ». Elle ne savait même pas que son frère était malade. Sans avoir le temps de passer chez elle, elle se retrouve dans le cortège. Le choc, le drame ! Dix ans après, ce drame était toujours vivant en elle. Elle n’arrivait pas à s’en sortir, pourtant c’était une sainte femme.

Quel était l’obstacle ? En priant avec elle, une évidence : elle en voulait à son frère ! – Pourquoi ? – Il était parti sans lui dire au revoir.

La raison de sa difficulté peut nous faire sourire, car il est trop manifeste que son frère n’y était pour rien, mais cet exemple nous montre la complexité de l’être humain. Lorsque dans la vie nous recevons un choc, il y a en nous un instinct de conservation qui est normal. Malgré nous il nous faut trouver un coupable. Nous en voulons à trois personnes : à Dieu (Si Dieu existait ? Qu’est ce que j’ai fait au bon Dieu ?), aux autres (c’est de la faute à…) et à soi-même (si j’avais…).

Souvent on en veut aux trois : à Dieu, aux autres et à soi-même. Elle en voulait à Dieu ; « Seigneur pourquoi tu n’as rien fait pour garder mon frère ». Elle en voulait aux autres, en l’occurrence à son frère car il était parti sans lui dire au revoir. Elle en voulait à elle-même car elle se reprochait de ne pas avoir été là. Mais comment pouvait-elle savoir qu’il allait mourir ?

L’exemple de cette religieuse est très intéressant car il nous montre clairement que nos réactions les plus profondes n’obéissent pas à une rationalité. Mais il était important qu’elle puisse reconnaitre qu’elle en voulait à son frère, à Dieu et à elle-même pour que la grâce du pardon puisse descendre en elle. De même il était important que chacune de ces veuves puissent laisser transparaître ce qui les habitait. Elles étaient en vérité.

En rendant à la vie le fils de la veuve de Naïm, Jésus est venu se révéler à elle. En rendant à la vie le fils de la veuve de Sarepta, elle y a vu l’œuvre de Dieu. La foi de l’une et de l’autre s’est approfondie. Pour cette religieuse, dans la prière, Jésus est venu guérir sa blessure en profondeur. Il a pansé sa blessure et s’est révélé à elle. Pour chacune Dieu s’est révélé vivant. Ce que Dieu a fait pour chacune d’elles, Dieu veut le faire également pour nous.

Notre Dieu est miséricorde, il veut nous libérer de tout de ce qui nous tient enchaîné pour faire de nous des serviteurs, des disciples-missionnaires.

Christian VIVIEN sj