Homélie du 26ème dimanche du temps ordinaire – année C – 25 septembre 2016

Homélie du 26ème dimanche du temps ordinaire – année C – 25 septembre 2016

Lectures :  Amos : 6, 1a,4-7   –   Psaume : 145, 6c,7, 8.9a, 9bc-10   –   1 Timothée : 6,11-16   –    Luc : 16, 19-31

                    Dimanche dernier la parabole du gérant malhonnête n’était pas une invitation à se mettre à son école mais une interpellation à sauver l’essentiel, un essentiel qui, pour nous, campe dans la logique de faire advenir un monde équitable, sans fractures ni grandes disparités sociales.

                    L’Évangile rappelait que « Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire, est digne de confiance aussi dans une grande ». Il ne s’agissait pas, pour nous, de jeter des pavés sur les autres et d’en faire nos « boucs émissaires » mais de nous poser la question : « Suis-je vraiment digne de confiance pour faire advenir le Royaume » ? Ne suis-je pas aussi un maillon de la chaîne d’injustice quand j’achète des produits de certaines multinationales qui foulent au pied tout interdit écologique, toute loi réprimant l’exploitation de l’homme par l’homme, ou quand j’achète à des structures qui génèrent de l’injustice ? La critique du prophète Amos ciblait cet état de fait « qui écrase le pauvre ». Pensons à nos ateliers de couture clandestins qui emploient au noir nos contemporains… Une entorse à la fraternité, déjà présente dans la Bible à travers l’histoire de Joseph vendu par ses frères par cupidité, jalousie et appât du gain. Est-ce pour cela que « L’homme est un loup pour l’homme » ? L’épître de Paul concluait en recommandant de prier pour ceux qui sont dans la détresse mais aussi pour les chefs d’États et tous ceux qui ont des responsabilités. On pourrait élargir cela aux responsables de nos familles, hommes et femmes.

                    Aujourd’hui les textes liturgiques mettent l’accent sur « le gaspillage des riches » (1ère lecture)… « malheur à ceux qui ne se tourmentent guère du désastre d’Israël… ils seront les premiers des déportés et la bande des vautrés n’existera plus… » parce que « Dieu fait justice aux opprimés » (Ps 145). Alors, toi, chrétien, apprend à vivre dans la foi «  Toi homme de Dieu détourne-toi de tout ce qui opprime l’homme, recherche la justice, la piété, la persévérance et la douceur » (2ème lecture). C’est ce que nous traduit, autrement, le fragment d’Évangile que nous avons écouté en assemblée et que nous allons méditer tout au long de la journée, je pense. Il met en relief deux personnages, le riche et Lazare, deux attitudes, l’une d’abandon à la divine providence (Lazare), l’autre de suffisance et d’égoïsme (le riche). Dans la tourmente et au séjour des morts le riche tente un rattrapage « il cria vers Abraham… Père Abraham prends pitié de moi… Envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue car je souffre terriblement dans cette fournaise. » Ouverture tardive ou reconnaissance de l’autre ? Ce n’est pas une reconnaissance de l’autre car malgré sa situation inconfortable, le riche ne s’est pas décentré de lui-même, il commande « envoie Lazare  ». Son manque d’humilité n’est que la conséquence sous-cutanée d’un vernis d’habitudes, un obstacle à la grâce. Sa « prière » est irrecevable, d’où l’invitation à une relecture de sa vie à travers un dialogue circonstanciel entre le riche et Abraham qui aura pour effet de déclencher chez le premier la crainte que sa fratrie ne lui emboîte le pas, ne suive son exemple. La demande du riche concernant ses cinq frères, au lieu de citer comme source la loi et les prophètes, signes de dynamisme et de vitalité, va s’orienter vers un témoin passif qui reviendrait d’outre-tombe, une sorte de cécité spirituelle. La réplique d’Abraham sera sans équivoque : « s’ils n’écoutent pas Moïse ni les prophètes quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts qu’ils ne seront pas convaincus ».

                    Cette bonne nouvelle nous rejoint dans notre quotidien et nous interpelle sur les misères d’ici, dans les familles françaises et d’ailleurs, sur la densité de nos silences complices face aux mécanismes d’une société répressive (ex : ce qui se passe en RDC et au Congo Brazzaville).
La jungle de Calais est en démantèlement, semble t-il, mais bien d’autres jungles mobiles sont devant nos portes. Nous avons tendance à refouler dans notre inconscient collectif une réalité qui crève les yeux et invite notre foi à un agir chrétien.

                                                                                 Patrice Batantou sj