Homélie du 4ème dimanche de Pâques – Année C – ND des Anges – 17 avril 2016

Le bon Pasteur

Homélie du 4ème dimanche de Pâques – Année C – ND des Anges – 17 avril 2016

Dimanche des vocations

Évangile du jour : Jn 10, 27-30

C’est un petit bout d’évangile tellement court et mystérieux que l’on ne voit pas bien pourquoi on l’a choisi pour le dimanche des vocations… Et pourtant il est explosif : les Juifs ont réagi très fort : “Les Juifs à nouveau ramassèrent des pierres pour le lapider”… Qu’a-t-il donc dit d’extraordinaire ? En réalité, ce n’est pas lui qui a pris l’initiative de ce discours, il ne fait que répondre à une question. Jean nous raconte que Jésus était dans le temple, l’hiver, il allait et venait dans l’allée que l’on appelait le “Portique de Salomon” et que les Juifs étaient bien décidés à le mettre au pied du mur. Ils font cercle autour de lui et lui demandent :”Jusques à quand vas-tu nous tenir en haleine ? Si tu es le Christ, dis-le nous ouvertement”. C’est une sorte d’ultimatum du genre binaire “oui ou non, tu es le Messie ?”Jésus leur répond “Je vous l’ai dit, mais vous ne croyez pas”. Alors, il utilise des images dans trois directions et qui vont aller encore plus loin que ” je suis le Christ “.

  1. Le pasteur et ses brebis : nous pouvons ne pas bien aimer cette image de troupeau bêlant derrière son berger… Pourtant le peuple d’Israël, avec son expérience pastorale depuis Abraham et Moïse, se comparait volontiers à un troupeau :”Il nous a faits et nous sommes à lui, nous son peuple, son troupeau” a-t-on chanté dans le Psaume 99 après la première lecture. Troupeau bien souvent malmené, maltraité, mal guidé par des rois qui se sont succédés sur le trône de David et qui ont été des bergers malveillants. On savait que le Messie, lui, serait un berger attentif, dévoué, connaissant chaque brebis par leur nom. Jésus, pour affirmer qu’il est bien le Messie, emprunte le langage habituel sur le pasteur et les brebis. Et ses interlocuteurs l’ont très bien compris : Jésus, pasteur comme Abraham, Moïse et David… Mais Il les emmène plus loin.
  2. “Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront et personne ne les arrachera de ma main”. L’expression “être dans la main de Dieu” est habituelle dans le premier testament : Jérémie 18, 16 : “Vous êtes dans ma main, gens d’Israël, comme l’argile dans la main du potier” Dt 32 “C’est moi qui fais mourir et qui fais vivre, quand j’ai brisé, c’est moi qui guéris, personne ne sauve de ma main” et le psalmiste dira dans sa prière : “mes temps sont dans ta main”. Jésus a bien montré que sa main guérissait les yeux des aveugles, relevait le fils de la veuve de Naïm, partageait le pain de vie… Les foules venaient parce que sa main donnait la vie.
  3. ” Personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN”. Jésus entraine plus loin encore : il met clairement sur le même pied, la même égalité, les deux formules “ma main” et ” la main du Père” . C’est beaucoup plus osé que de dire “oui, je suis bien le Christ ou le Messie” il prétend être l’égal de Dieu, être Dieu lui-même. Pour ses interlocuteurs, c’est intellectuellement inacceptable. On attendait un Messie qui serait un homme, de la lignée de David. On n’imaginait pas qu’il puisse être Dieu. Ceux qui récitaient tous les jours la profession de foi juive “Shema Israêl”, Ecoute Israël le Seigneur notre Dieu est le Seigneur UN”, ne peuvent pas supporter d’entendre Jésus affirmer : Le Père et moi, nous sommes UN”. Cela explique peut-être que l’opposition la plus farouche à Jésus soit venue des chefs religieux : les Juifs fervents ne peuvent croire en la divinité de Jésus de Nazareth. Leur réaction ne se fait pas attendre : en préparant des pierres pour le lapider, ils l’accusent ” Ce que tu viens de dire est un blasphème, parce que toi qui es un homme, tu te fais Dieu”. Une fois de plus, Jésus se heurte à l’incompréhension de ceux qui pourtant attendaient le plus le Messie… On retrouve ce thème dans tout l’évangile de Jean : “Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu”. Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu” (Jn 1, 11-12).

Nous sommes invités ce matin à être :

  • de ceux qui croient que “mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent”.
  • de ceux qui sont dans la main du Seigneur et que personne ne pourra arracher de sa main.
  • de ceux qui ceux qui confessent que “Jésus et le Père sont UN.”

C’est la foi de notre baptême. A nous de discerner le moyen personnel par lequel le suivre dans la vie conjugale, dans la vie religieuse ou sacerdotale : nous serons toujours dans sa main…

Claude CHARVET sj