Homélie du 5ème dimanche de Carême – Année C – ND des Anges – 13 mars 2016

Jésus et la femme adultère

Homélie du 5ème dimanche de Carême – Année C – ND des Anges – 13 mars 2016

La femme adultère

L’Église nous présente ce passage bien connu, celui de la femme adultère. On pourrait l’appeler aussi celui de la femme adultère et des vieux pécheurs. Avec cet évangile, un jour nouveau se lève.

I-  La scène

Jésus, après avoir passé toute la nuit au mont des Oliviers, se retrouve dès l’aurore dans le temple. Tout le peuple venait à lui et là il enseignait. La foule était dans l’admiration devant l’enseignement de Jésus. Les scribes et les pharisiens quant à eux enrageaient. Mais comment l’arrêter en ayant une apparence de légalité ?

Les scribes et les pharisiens surprennent une femme en flagrant délit d’adultère. Une occasion inespérée se présente à eux. Ils vont pouvoir mettre Jésus en difficulté. Ils amènent à Jésus cette femme alors qu’il est là, assis dans le temple, en train de parler à la foule. Ils pensent prendre Jésus au piège : « Maître cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère… Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Qu’en dis-tu ? »

Que nous dit la loi de Moïse : « Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée tous les deux mourront : l’homme qui a couché avec la femme et la femme elle-même ». Deut 22. 22.

Ici il y a un problème, seule la femme est conduite devant Jésus. Où donc est passé l’homme ? C’est violent ! Cela nous invite à réfléchir sur la loi.

II- La loi

Sortant du tohu-bohu du non droit, la loi vient marquer des limites. Elle vient dire de manière claire ce qui est bien et ce qui est mal. La loi de Moïse vient donner des repères. Elle vient dire que le mal est un mal et non un bien. De ce fait, elle est un vrai cadeau pour l’humanité. La loi a une fonction éducative pour le peuple juif car elle a mission de l’entrainer vers la sainteté. Le désir de Dieu est que la sainteté de Dieu vienne reposer sur tout le peuple. Le peuple juif a pour vocation d’être un peuple saint.

La loi en pointant le mal demande que le mal soit extirpé du peuple. Tous ceux qui ne pratiquent pas la loi doivent périr. C’est pour cela que Moïse demandait que soient lapidés les pécheurs. La loi porte en elle une contradiction. Au lieu d’être uniquement un  chemin vers la vie elle entraine également vers la mort puisque le pécheur doit être tué.

Tous les prophètes vont nous inviter à intérioriser la loi. Le prophète Ezéchiel (Ez.18,23) nous rappelle sans cesse que Dieu ne prend pas plaisir à la mort du pécheur mais son désir est qu’il se convertisse et qu’il vive. La loi dénonce le mal. Elle ne juge pas. Seul Dieu juge. Isaïe dans la première lecture nous annonce un peuple nouveau qui redira la louange du Seigneur  et marchera sur ses chemins.

III- Jésus nous pardonne tout péché

Si la loi dénonce le péché, seul Dieu peut nous débarrasser du péché, extirper la racine du péché en nous. Jésus vient nous faire franchir ce pas supplémentaire. Il nous apporte le pardon, la libération.

Regardons maintenant comment il s’y prend dans ce récit. Alors que les scribes et les pharisiens amènent la femme devant Jésus, à notre plus grande surprise, il ne leur répond pas. Il détourne son regard pour ne pas voir le mal. Jésus ne regarde pas le mal. De plus il se baisse pour être plus bas que la femme, pour être le plus petit. Cette scène me fait penser à celle du lavement des pieds que Jésus vivra avec ses disciples le soir de son dernier repas. Dans cette faiblesse, devant cet abaissement, la femme n’a rien à craindre. Nous sommes ainsi loin de l’image d’un Dieu vengeur qui vient nous faire payer toutes nos fautes. Jésus a payé lui-même pour nous le prix de nos péchés. Il a payé ce prix une fois pour toutes.

Pour nous pardonner, Jésus ne fait pas comme si rien ne s’était passé. Il reconnait que la femme est vraiment une pécheresse. Pour le signifier il va écrire sur la terre (Jer.17,13) . Il écrira de nouveau sur la terre après avoir dit aux anciens « que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ». En écrivant sur la terre il signifie que tant la femme que les hommes sont pécheurs. Il reconnait la réalité de leur péché mais se refuse à les accuser. Il n’est pas venu pour nous accuser mais pour nous libérer.

Cet évangile lu en cette année de la miséricorde prend toute sa force. Alors que nos péchés sont inscrits sur la terre la loi est inscrite sur des tables de pierre. Ainsi comme la mer vient effacer toutes les traces sur le sable Jésus vient effacer toutes traces de nos péchés. Jésus veut nous libérer de tous nos péchés pour faire de chacun de nous des témoins. Avec Jésus, un jour nouveau se lève.

A chacun de nous Jésus dit « va ». A la femme pécheresse il va dire « va et désormais ne pèche plus ». Il ne dit pas simplement : « désormais ne pèche plus » mais « va » c’est-à-dire, ne soit pas freinée par ton péché pour proclamer ma parole mais va, sois mon témoin. Jésus nous a libérés. Il va envoyer la femme en mission comme sont également devenues missionnaires la femme aux cinq maris et Marie Madeleine qui fut la première à annoncer aux disciples que Jésus est ressuscité. A nous aussi, ce matin Jésus nous dit « va et désormais ne pèche plus ».

Christian Vivien sj