Homélie du dimanche de la Miséricorde – Année C – ND des Anges – 3 avril 2016

Légende : L’incrédulité de Saint Thomas Le Caravage (v 1571-1610)

Homélie du dimanche de la Miséricorde – Année C – ND des Anges – 3 avril 2016

Évangile du jour : Jn 20, 19-31

La première partie de notre évangile est une apparition aux disciples qui se trouvent enfermés dans leur peur des Juifs, sans doute dans le lieu où ils ont célébré la Pâque avec Jésus. Ce qui est clair, c’est que Jésus inaugure un mode de présence que rien n’entrave ni nos peurs, ni nos incrédulités ni nos culpabilités… Son premier mot : “Shalom” une paix plus forte que ce qui peut motiver nos peurs, la paix que seul peut donner Celui qui a vaincu le monde et le mal. “Il leur montre ses mains et son côté”. Pour se faire reconnaître ressuscité, Jésus montre les traces de sa Passion. Notre foi au Ressuscité nous fait contempler le” Transpercé”. Et les disciples passent de la peur à la joie en le voyant. Comme si “voir” était synonyme de “croire”. C’est la réalisation de ce qu’il leur avait dit : “je vous reverrai et votre joie, nul ne pourra vous la ravir”. (Jn 16, 22) Contempler le ressuscité fait passer de la peur à la joie… Voilà l’expérience pascale des disciples… Mais Jean continue immédiatement : “Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie”. La mission des disciples rassemblés autour du Ressuscité est la mise en œuvre de la mission de Jésus envoyé du Père. Il n’y a qu’une seule mission, celle que le Père a donnée au Fils et à présent aux disciples que nous sommes en Eglise. Et quand Jésus souffle sur ses disciples en disant “Recevez l’Esprit Saint” comme Dieu avait soufflé en l’homme aux premiers jours de la création, il fait de nous, son Eglise, des êtres recréés, passant de la mort à la vie, de la peur à la joie pour réveiller d’autres à cette vie de fils de Dieu. Nous formons alors une communauté mandatée pour donner corps à la mission du Fils : “Moi je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité” (18, 37). Et la vérité vous rendra libre”(15, 3)… Pardon pour la densité de ce que Jean dit dans cette apparition aux disciples… Il y a de quoi réfléchir et prier sur cette expérience de miséricorde… Le Pape François a tiré de ce type de passage l’expression “disciples-missionnaires”… Il ne s’appuie pas sur rien.

Heureusement qu’il y a l’épisode suivant qui permet de rencontrer Thomas avec qui nous pouvons nous identifier : il n’est pas le prototype de l’incrédule au sens péjoratif du mot. Pour moi, c’est un homme plein de bon sens, sérieux, honnête, pas très mystique tellement il a besoin de toucher pour croire, mais bien attaché au Christ qu’il veut suivre pour “mourir avec lui” dans l’épisode avec Lazare (11, 17) qui est prêt à prendre le Chemin de Jésus qui est “le chemin , la vérité et la vie” (14,5). Jésus va permettre à Thomas de faire un chemin pour comprendre ce que signifie “mourir avec le Seigneur” : si c’était consentir à “croire sans voir” ? Trois étapes marquent ce chemin :

1. “Nous avons vu le Seigneur” : Thomas n’était pas là : cela nous permet de poser de bonnes questions pour ceux qui sont toujours en retard : les disciples deviennent témoins de la résurrection quand ils reconnaissent en Jésus celui qui vient du Père leur donner l’Esprit Saint et les envoyer poursuivre sa mission. Thomas était absent mais il accueille l’annonce des témoins. A nous d’entendre.

2. Thomas demande au Crucifié d’apporter une réponse à la question de l’injustice, de la souffrance de l’innocent, de la mort haineuse… Dieu peut-il communier à la souffrance de l’homme ? Jésus vient au devant de Thomas et le conduit à la foi pascale : en montrant ses plaies dans ses mains et son cœur blessés on ne peut plus faire à Dieu le procès de son absence des souffrances des hommes puisque Jésus lui-même les a partagées jusqu’au bout. Jésus est mort de sa Passion d’amour pour les hommes et c’est cela qui nous sauve. Il nous sauve en communiant à tout de nous, y compris le pire. Voilà ce qui est à croire : en dépit des évidences, Dieu aime tellement l’homme qu’il a consenti à être, en son Fils, victime jusqu’au bout de l’injustice, du mépris et du mal. Le propre de l’amour est de faire jaillir la vie de tout, même du pire, même de la mort. Croire à Pâque, c’est dans ce monde habité par la haine et la violence, croire que ce monde est habité d’ un amour absolu, complètement offert à tous, même à ceux qui tuent “sans savoir ce qu’ils font”.

3. C’est la réponse de Thomas : ” Mon Seigneur et mon Dieu”. Alors qu’il avait dit “je ne croirai que si je vois et touche”, à présent qu’il voit les plaies visibles il dit ce qui est invisible et qui est de l’ordre du croire : les stigmates de la défaite de Jésus sont les signes de la victoire du Christ ressuscité. Il vit le passage du voir au croire, à cette relation à Jésus qui l’aime tel qu’il est et qui vient le chercher dans sa nuit pour le faire passer de son incrédulité à la foi, de la mort à la vie. Pour chacun de nous, nous avons à accueillir la confession de foi, non pas en témoin oculaire (voir pour croire), mais en témoin auriculaire : croire en une parole venant d’une personne qui nous aime jusqu’au bout. Nous pouvons nous appuyer sur cette seule béatitude de l’évangile de Jean : “Heureux ceux qui croient sans avoir vu”.

Claude Charvet sj