Homélie du dimanche de la Pentecôte – Année C – ND des Anges – 15 mai 2016

Homélie du dimanche de la Pentecôte – Année C – ND des Anges – 15 mai 2016

Evangile du jour : Jn 14,15-16.23b-26

La fête de Pentecôte vient 50 jours après la fête de Pâques et commémore l’alliance du Sinaï entre Dieu et son peuple. Il n’est pas étonnant alors de trouver du bruit comme un coup de vent, et qui devient une voix qui retentit pour rassembler les foules ; mais aussi du feu comme des langues qui se posent sur chaque personne. La Pentecôte utilise les images de la première alliance pour ouvrir le monde nouveau de l’alliance de filiation avec chaque personne : avec Jésus de Nazareth nous sommes vraiment enfants de Dieu, notre baptême dans l’Esprit et le feu fait de nous des fils et des filles pouvant appeler Dieu Papa, Père… Reprenons deux ou trois points de cette nouveauté à partir des textes du jour.

1 – Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Déjà dans l’Evangile, les rencontres de Jésus sont très personnelles : il y a souvent des noms : l’aveugle Bartimée, Simon le pharisien qui l’invite chez lui, Marthe, Marie, et Lazare qui deviennent ses amis à Béthanie ; mais la Cananéenne, la veuve de Naïm, le paralytique que ses 4 amis amènent à Jésus par le toit de la maison font des rencontres très personnelles qui bouleversent leur vie, passent de l’esclavage de la maladie ou de la peur à la joie de la filiation. Tout se passe comme si, à la Pentecôte, Jésus donne son Esprit à chacun de nous pour ne plus être sous l’emprise de la chair mais sous l’emprise de l’Esprit et être libéré du mal, du péché et de la mort. L’Esprit de Jésus vient nous rencontrer dans nos histoires personnelles les plus secrètes, dans notre langue maternelle qui nous façonne dès le ventre de notre mère. C’est stupéfiant et merveilleux dit le texte des Actes parce que quelle que soit notre origine, et l’assemblée de ce matin en est vraiment la preuve, nous pouvons entendre dans notre langue maternelle que le Père tient à nous comme à la prunelle de ses yeux, qu’il nous aime comme son fils bien aimé, qu’il a écrit notre nom sur les paumes de sa main et nous fait entendre sa voix qui nous apaise et nous remplit de joie. Laissons-nous émerveiller par cette expérience. Laissons-nous bouleverser jusqu’au fond de nos entrailles d’être ainsi devenus par notre baptême “des merveilles de Dieu”.

2 – Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. La rencontre personnelle avec le Christ nous introduit dans la relation de filiation qu’il a avec le Père… et, si nous gardons sa parole comme Marie a su le faire, le Père et le Fils nous proposent de faire de nous leur demeure : cela peut prendre la forme d’une tente si nous sommes un peu nomade comme au temps des 40 ans dans le désert, cela peut prendre la forme d’une maison solide comme au temps de l’installation en terre promise pour que nous puissions l’accueillir comme Zachée, en fils d’Abraham. Le désir de Dieu, en ce jour de Pentecôte, c’est de se tenir à ma porte et de frapper. Si j’entends sa voix et ouvre ma porte, il veut entrer chez moi pour souper, moi près de lui, lui près de moi (Ap 3,20). C’est pour ce genre de souper que le Père veut demeurer chez nous, c’est pour ce genre d’Eucharistie qu’il veut créer notre demeure. Laissons-nous construire cette demeure sur le roc.

3 – Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. Le baptême de Jésus ne nous rend pas orphelin, il fait de nous des fils et nous donne un Défenseur, un Avocat qui est toujours avec nous surtout quand nous ne comprenons pas le combat que la vie quotidienne nous demande de mener. L’Esprit vient nous faire connaitre les contradictions que nous vivons avec la chair : “la chair produit fornication, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses semblables… Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi” ( Gal 5, 19-23). L’Esprit Saint vient nous enseigner que Jésus est bien vainqueur de ce combat contre la chair et que nous ne devons pas avoir peur : “nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire”. D’autre part, l’Esprit Saint vient travailler notre mémoire si souvent défaillante pour nous faire souvenir des paroles de Jésus… En lisant chaque jour, chaque dimanche sa Parole, en communiant à son Corps et son Sang, nous faisons bien l’expérience qu’il a vaincu le monde et qu’il est avec nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.

Pour conclure, rien ne peut se faire sans l’Esprit Saint : “Oui, j’en ai l’assurance, ni la mort, ni la vie, ni anges, ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour du dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur” (Rm 8, 38-39).

Claude CHARVET sj