Homélie pour la fête de Toussaint 2016

Homélie pour la fête de Toussaint – 1er Novembre 2016

Lectures : Ap 7,2-4.9-14 / Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab,5-6 / 1 Jn 3,1-3 / Mt 5, 1-12a

                    Toussaint, fête de tous les saints, connus et inconnus. Aujourd’hui notre louange se joint à celle de tous les saints et de tous les anges qui se tiennent devant Dieu et chantent sa gloire. Aujourd’hui leur louange nous entraîne.

I- Qui sont les saints ?

                    Pour mieux comprendre il faut définir le vocabulaire. Habituellement, on appelle « saints » des hommes, des femmes qui ont existé à un moment de l’histoire. Ils ont imité Jésus-Christ et leurs vertus ont été reconnues par l’Église. Ils sont dignes d’être montrés en exemple. Nous pouvons penser à des personnages comme François d’Assise, St Dominique, St Ignace de Loyola, Ste Thérèse de l’Enfant Jésus et bien d’autres. Par contre, tous les grands personnages bibliques tels que Abraham, Moïse, le Roi David, les prophètes… sont eux aussi montrés en exemple et sont reconnus par la sainteté de leur vie mais habituellement on ne les appelle pas saints. L’Église appelle saints ceux qui ont vécu après Jésus-Christ. Dans le langage courant on appelle « saints » ceux qui ont été reconnus saints par l’Église Catholique.

                    En regardant les statues des saints que nous avons dans nos Églises, la sainteté peut nous paraître inaccessible, tellement ces personnages semblent grands et leur vie faite d’une autre matière que la nôtre. Pourtant ils sont bien de notre monde. Heureusement, la canonisation récente de personnes que nous avons connues comme Jean Paul II, Mère Térésa et bien d’autres nous rend les saints plus proches et la sainteté plus accessible.

                    A partir de là, il nous est possible de comprendre qu’à côté de tous ceux qui ont eu une grande notoriété de sainteté et sont proposés en exemple au peuple de Dieu, il existe des personnes d’une grande sainteté mais qui ont vécu plus dans l’ombre. L’Église ne dit pas que seuls sont saints ceux qu’elle a reconnus comme tels. Par cette fête de Toussaint elle affirme, au contraire, qu’une multitude d’hommes et de femmes vivent dans la gloire de Dieu et participent à la sainteté même de Dieu, sans pour autant avoir été déclarés saints.

II- Entrons dans la grande cohorte de tous les saints

                    La première lecture de l’Apocalypse nous invite à entrer dans la cohorte de tous les saints. St Jean, qui a écrit ce texte, dans sa vision, nous montre une foule immense qui chante la gloire de Dieu. Cette foule est vêtue de robes blanches, avec des palmes à la main. Sa louange est très puissante et nous invite à nous joindre à cette cohorte. En pensant à la louange de toutes ces personnes, l’Église, dans la liturgie, nous invite à porter des vêtements blancs.

                    Dans la vision, une question nous est posée afin de nous inviter à être attentifs : « ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? » Après un instant de silence, la réponse jaillit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leur robe. Ils l’ont blanchie dans le sang de l’Agneau ». Tous ces saints ont, par amour de Jésus, donné leur vie pour le service de leurs frères. Pour le signifier dans la liturgie, lorsqu’on célèbre un martyr, le prêtre porte des ornements rouges.

                    Dans cette cohorte vêtue de robes blanches ou rouges, on peut retrouver tous ces martyrs qui, à travers le monde, sont exilés, déplacés, écrasés et donnent positivement leur vie par amour de Jésus. Il y aussi peut-être parmi eux ces parents qui ont travaillé dur et se sont dévoués pour élever leurs enfants le mieux possible mais aussi cette grand-mère qui disait le chapelet en silence et dont on se moquait. Il y a tous ceux qui ont mené une vie droite, ont voulu être artisans de paix et n’ont pas voulu, par facilité, écraser les autres. La liste serait longue car on y trouverait ceux auxquels on ne pense même pas.

III- La sainteté est imitation du Christ

                    Si nous comprenons que la sainteté est imitation du Christ nous avons une clé pour lire les Béatitudes. Les Béatitudes ne sont pas une loi. La Loi, Dieu l’a donnée à Moïse sur le Sinaï. Cette Loi est un cadeau dont le prix est inestimable car elle nous dit ce qu’il est bien de faire ou de ne pas faire pour plaire à Dieu. Les dix commandements nous donnent des règles de conduite. Ils sont là pour nous éduquer, nous faire grandir. Dieu a donné le décalogue à son peuple, pour qu’il puisse trouver la vie.

                    Les Béatitudes sont très différentes du décalogue. Elles sont dix paroles où le Christ nous livre son expérience de vie. Les Béatitudes ne sont pas un ordre comme le décalogue mais une invitation. Dans les Béatitudes le Christ nous propose non seulement le chemin de vie mais le chemin du bonheur. En nous les proposant, Jésus nous fait part de son expérience. Il nous invite à emprunter son chemin de vie et à expérimenter qu’ainsi le Royaume de Dieu nous est bien donné.

                    Le monde nous dit que, si on veut être heureux il faut consommer, jouir de l’existence sous toutes ses formes, dominer et pour cela ne pas craindre d’écraser les autres. Le but de la vie semble être l’argent, le sexe et le pouvoir. A l’opposé, Jésus nous dit : « si tu veux être heureux, je te propose d’aimer et de mettre tes pas dans les miens ». Le Seigneur nous invite à vivre comme lui dans la pauvreté, la simplicité, l’humilité. Dans la première Béatitude Jésus ne dit pas « bienheureux les miséreux » mais il dit « bienheureux les pauvres ». La misère est chemin de déchéance. La misère fait horreur à Dieu car elle déshumanise l’homme. La misère détruit l’homme. La pauvreté est accueil et ouverture. La pauvreté rend plus humain. Dans les dernières Béatitudes, Jésus va même jusqu’à nous proposer d’accueillir les outrages, les insultes, les calomnies par amour pour lui. Il s’engage à nous faire ressentir de l’intérieur que c’est le chemin d’une joie parfaite.

                    En nous proposant les Béatitudes, Jésus nous invite à être saints. En nous invitant à la sainteté, il nous propose une joie que rien ni personne ne pourra nous ravir.

 

Christian Vivien sj

(Pour écouter l’Evangile et l’homélie cliquer sur le petit triangle blanc à gauche de la barre ci-dessous)

 

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