4ème dimanche de Pâques

Homélie du 4ème dimanche de Pâques – Année A – 7 mai 2017

Famille and Co

Lectures : Ac 2, 14.36-41     Ps 22 (23)     1P 2, 20-25     Jn 10, 1-10

                  Pour entrer dans la bergerie de Dieu, si j’écoute bien l’Évangile de St Jean, il y a une porte à traverser. Et celui qui voudrait prendre un autre chemin, en escaladant le mur par exemple, serait pour toujours un étranger et n’appartiendrait jamais au troupeau.

                    Il a ouvert la porte et, plus encore, l’ayant ouverte, il est devenu porte lui-même. « Je suis la porte des brebis. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé… car je suis venu pour que les hommes aient la vie en abondance ». Jésus est donc la clef de nos existences. Il nous invite à emprunter le même itinéraire que lui pour que nos existences puissent aboutir. Ce qui signifie qu’il est la porte vers soi-même. Et en étant la porte vers soi-même, il est la porte vers le Père. Personne ne va au Père sinon par Jésus et celui qui n’entre pas par cette porte-là est un bandit. Chacun de nous a donc besoin de Jésus pour accéder à lui-même. Sans lui, nous ne pouvons rien faire. C’est pourquoi il est le bon pasteur : une fois franchie cette porte, il nous attend, il nous connaît, il nous appelle par notre nom et nous reconnaissons sa voix, sans erreur possible. Mais à quelle condition ? C’est là qu’il nous faut réfléchir !

                    En tant que pasteur, le Christ est celui qui conduit. Il y a là une image d’autorité et cette image souligne le fait que nous ne pouvons exister qu’en nous fiant à quelqu’un qui nous dépasse. Pourquoi? parce que nous ne trouvons pas en nous-mêmes de quoi vivre en vérité. C’est pour cela que nous avons besoin des autres, que nous cherchons la relation, la reconnaissance même ! que nous avons besoin d’amour. Il y a un ailleurs, un « autrement » qui nous met en mouvement. Le tout est de ne pas se tromper sur le vrai et bon berger : il y a parmi nos relations celles qui sont nocives, mais aussi il y a celles qui font vivre.

                    Je m’arrête là quelques instants: Où en suis-je, moi, de mes relations, à commencer par celles de ma famille ? En ai-je compris l’importance ? ce qu’elles révèlent ? quelles sont celles qui me font vivre et qui me permettent d’accéder à moi-même ?

                    Mais vous le savez toute image à ses faiblesses. En fait, celle du pasteur nous laisse passifs puisque nous sommes conduits, dirigés. Il nous faut la corriger. Je reviens sur l’image de la porte par laquelle entre le vrai berger : cette porte qui est le Christ et qui nous invite à nous fier à celles et ceux de notre entourage qui sont du Christ. Il nous est dit par là, et c’est important, que le Christ nous vient par des hommes comme nous, et que c’est bien les uns par les autres que nous cheminerons dans la foi. Mais la fin du discours de Jésus pointe autre chose : nous sommes des hommes qui ont besoin d’aller et venir, d’entrer et de sortir, pour trouver ce qui nourrit et ce qui fait vraiment vivre. Aller et venir, entrer et sortir, ce sont des images de liberté. Sortir, c’est toujours sortir d’Égypte – notre Égypte ! – et entrer, c’est toujours entrer en Terre promise. Jésus se présente là comme le moyen du passage, la porte à notre service : l’image d’autorité a disparu. Être Seigneur, voyez-vous, c’est vraiment se faire serviteur. Être Dieu, c’est s’anéantir pour que surgisse la liberté de l’homme, la liberté de l’autre.

                    C’est cela qui fait l’autorité du pasteur. Je vous laisse de nouveau un temps de réflexion car nous sommes renvoyés à nous-mêmes, à nos manières d’exercer l’autorité… avec les autres, à commencer avec mes proches : permettent-elles à la liberté de l’autre de surgir ?

                    Finalement, cette autorité de Jésus : n’est-ce pas ce lien d’amour entre les brebis et lui ; un lien d’amour qui trouve sa source dans le fait que le pasteur est chez lui « il est venu chez les siens » (dit St Jean) et « il nous a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu » (ne l’oublions pas !). C’est bien parce que le Christ est la source de l’homme, sa vie et sa nourriture que son autorité est puissance de croissance et non loi étrangère. « Moi je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». Que sa parole et ce pouvoir d’être enfant de Dieu habitent nos manières d’être pour que nous devenions chaque jour un peu plus pain rompu dans nos familles, pain rompu pour un monde nouveau.

Philippe Marxer sj