Le Christ Roi

Homélie: Dimanche du Christ Roi- année C – 24 novembre 2019

Lectures :    2S 5,1-3     Ps 121      Col 1, 12-20     Lc 23, 35-43

« QUI DONC EST CE ROI DE GLOIRE ? » (Ps 23,10)

Frères et sœurs,

                     Nous voici plongés au cœur de la passion : Jésus vient d’être cloué à la croix. L’évangéliste Luc que nous avons lu tout au long de cette année liturgique qui s’achève, nous dépeint les réactions des personnes présentes.

– II y a le peuple : ce n’est pas la foule ; le terme utilisé pour le désigner (laos) évoque le peuple de l’Alliance. Luc nous suggère donc un regard de compassion sur ce qui va suivre…

– En contraste, sous le mode de la dérision, les chefs, les soldats et l’un des malfaiteurs crucifiés avec le Seigneur…

– Enfin, il y a celui que l’on appelle communément « le bon larron » : lui, il rend témoignage de l’innocen­ce de Jésus.

Puis, il s’adresse à Jésus : « Souviens-toi de moi » ; appel à l’intervention aimante de Dieu, expression typique des pauvres de YWHW (du Seigneur) que l’on retrouve fré­quemment dans les psaumes ; et, ici, nous avons bien à faire à un pauvre…

Sa prière est exaucée ; la réponse de Jésus est bouleversante : ce pauvre est comblé au-delà de toute mesure ! « En vérité », souligne Jésus avec solennité et assurance, « aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis »

                     « Avec moi », être avec Jésus, ou encore, « être mis avec le Christ », telle est la condition du disciple.

Bien que cette promesse d’être avec Jésus ne s’applique sous cette forme qu’aux douze Apôtres, la même réalité, « être avec Jésus dans son Royau­me », est énoncée ici, à l’heure qui précède sa mort !

En d’autres termes, celui qui, dans cette situation, met son espérance en Jésus, comme l’ont fait avant lui bien d’autres qui cherchaient la guérison et la délivrance, peut être sûr de la miséri­corde de Jésus.

« Être avec lui » est donc le don le plus grand qui se puisse concevoir : être avec le Seigneur, dans sa vie et dans sa gloire.

Ainsi, « le bon larron » devient le porte-parole de l’espérance et le modèle de tous les hommes : la prière que nous adressons à Jésus de ne pas nous abandonner, mais de « se souvenir » de nous ou de ceux que nous portons dans notre prière, prière dans laquelle se concentre toute notre espérance et qui s’adresse à Jésus, sera exaucée, toujours, toujours, toujours…

                     En cette fête du Christ, roi de l’univers, l’évangile vient expliciter un aspect-clé : la primauté du Christ sur l’univers, primauté qui découle de sa mort en croix. Le Sauveur crucifié est le roi véritable ! Affirma­tion qui bouleverse toutes nos conceptions spontanées sur l’autorité et le pouvoir.

                     A l’opposé de nos images humaines de force et d’efficacité, voici l’état d’abaissement du Christ (la kénose). Le salut, la vie, nous vient par un homme perdu et qui ne se sauvera pas lui-même, mais qui sera sauvé parce qu’il a remis sa vie entre les mains du Père (note TOB : le Christ souverainement…).

Oui, Jésus ne se sauve pas lui-même, attendant tout de la Vie du Père, s’abandonnant à Lui dans une attitude qui a d’ailleurs toujours été la sienne.

Luc nous l’a décrite dans le récit de la ten­tation au désert : « Si tu es le fils de Dieu… » disait le diable (c-à-d celui qui divise, qui sème le trouble) (4, 1-13). Le Christ prend le pouvoir en lui-même sur tous ces « démons » de puissance et de domination par le seul fait d’accepter d’être mis à mort injustement, « sans raison » (Jean 15,25).

Il fait taire en lui la volonté, presque universelle, de vivre à tout prix. Ce choix, déjà perceptible au départ, dans la scène des tentations, voici qu’à la croix Jésus s’élève au-dessus de tout ce qui provoque en nous la violence offensive ou défensive. Par là, il prend le pouvoir, le dessus, sur  » tout ce qui nous est contraire « .

C’est alors que se révèle l’Amour dans toute sa gratuité : les hommes ont haï sans raison, l’amour se révèle lui aussi dans toute son ampleur, sans raison, on pourrait presque dire, de manière « injustifiée ».

Relisant le dialogue de Jésus avec le malfaiteur « justement crucifié », nous apprenons que Dieu n’attend pas notre justice pour nous justifier, mais seulement la foi en son amour qui dépasse toute justice.

Nous apprenons aussi que rien, même le pire, ne peut nous empêcher de répondre par l’amour à tout ce qui nous agresse et, donc, à rebondir dans une nouvelle naissance comme fils et filles bien-aimés de Dieu ; c’est cela la Royauté du Christ, c’est cela notre Royauté.

Nous ne venons pas d’assister à une sé­quence du film de Mel Gibson, mais d’entendre la proclamation d’une bonne nouvelle pour le monde entier : en cet homme qu’est le bon larron, tous les hommes sont inclus dans la même promesse. C’est pour cela que Jésus est venu : Dieu lui-­même s’est fait souffrance pour transfi­gurer toute souffrance, lui donner un sens nouveau ; iI s’est identifié aux hommes pécheurs pour pardonner à tous les pécheurs !

C’est cela la royauté du Christ. Son trône, c’est la croix, parce que c’est là qu’il a manifesté l’amour infini qui réconcilie l’humanité. « Dieu a voulu tout récon­cilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang –  c-à-d sa vie – répandu sur la croix », nous dit saint Paul (Col 1, 19) (voir les deux axes de la croix comme des ponts rétablis et des mains tendues).

Sa souveraineté est fondée sur le don de soi aux autres et sur l’accomplissement de sa vocation qui est de sauver tous les humains, de « sauver tout ce qui était perdu » (Lc 19,10)

Luc VANDERVAEREN sj

 

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

Lc 19, 10 à Zachée : « Le fils de l’Homme est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu » ; Lc 15 : 3 paraboles : brebis perdue, la dragme perdue, le fils perdu.

Spiritualité ignatienne : « Être mis avec le Christ », saint Ignace à La Storta

POUR CONTEMPLER : Préparation :

. Je me mets en présence du Père qui m’aime bien au-delà de mes mérites et de ce que je pourrais imaginer ; c’est lui que je viens rencontrer maintenant.

. Je me rends présent à la scène ; ici, Jésus crucifié entre les deux larrons, face à la foule, aux chefs et aux soldats.

. Demander ce que je veux ; ici, je demande au Père d’ « être mis avec le Christ ».

Premier point : écouter le silence compatissant de la foule, image du Peuple de l’Alliance.

Second point : Laisser résonner en moi les ricanements : « Il en a sauvé d’autres », « S’il est le Messie de Dieu, l’élu », « Si tu es le roi des Juifs, » « …sauve-toi toi-même ! »

Troisième point : écouter les paroles du bon larron : »Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! » , « Lui, il n’a rien fait de mal. », « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »

Quatrième point : Je laisse la réponse de Jésus faire écho en moi : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Cœur à cœur avec Dieu : Je termine dans un cœur à cœur avec Jésus ou avec le Père, comme un ami parle à un ami, réfléchissant en moi-même à ce que l’Esprit m’aura donné de vivre, tantôt en rendant grâce, tantôt en demandant pardon, tantôt en demandant une grâce…