Nativité de Jean-Baptiste

Homélie de la Nativité de St Jean-Baptiste – année B – 24 juin 2018

 Lectures : Is 49,1-6     Ps 138     Ac 13,22-26     Lc 1,57-66.80

                    La naissance de Jean Baptiste, à cette date, montre bien le désir des chrétiens de donner un sens à nos fêtes de la lumière : Noël est bien la naissance de Jésus, lumière du monde au cœur de la nuit la plus longue. Il éclaire nos ténèbres et les jours grandissent jusqu’au solstice d’été. Avec le Christ, nous sommes la lumière du monde qui a vaincu les ténèbres et le Mal.  La naissance de Jean Baptiste apporte une nouvelle dimension à notre histoire avec la circoncision du cœur et la réception du nom.

                    La circoncision est aussi un rite hygiénique que bien des cultures pratiquent. Depuis Abraham, elle est devenue un signe d’alliance : dans le lieu où l’homme donne la vie, il est signifié que c’est bien Dieu qui donne la vie. Dans la circoncision, le garçon perd un bout lui-même. Il accepte la loi de l’autre, il entre dans la relation à l’autre, il reçoit son identité de l’autre. L’homme ne peut réaliser sa vie d’homme sans cette altérité. Il ne devient vraiment homme dans sa chair que dans son rapport à l’autre, à Dieu. L’homme ne peut donner la vie avec une femme que dans cette alliance avec un troisième, avec Dieu. Telle est une signification religieuse de la circoncision. À partir de l’exil, Jérémie nous apprend à intérioriser la circoncision et parle de la « circoncision du cœur » : une alliance qui permet d’aimer à cœur ouvert, d’aimer Dieu et son prochain : les deux commandements. Jésus sur la croix a le cœur ouvert par la lance du soldat romain, d’où coule de l’eau et du sang, le baptême et l’eucharistie.  

                    Mais avec le don du nom au moment de la circoncision, l’histoire marque une vraie rupture : au lieu de recevoir le nom du  grand-père comme le veut la tradition, Zacharie et Elizabeth reçoivent de Dieu un nouveau nom pour leur enfant  : Jean, ce qui veut dire « Dieu fait miséricorde ». Ils  accueillent la Parole de Dieu et s’en remettent entre ses mains. Autrement dit, Zacharie et Elizabeth entrent  dans une alliance nouvelle construite sur la foi en une Parole. Ils inaugurent une nouvelle alliance, un nouveau salut, une nouvelle libération fondée sur la miséricorde et le pardon. On voit bien pourquoi, en acceptant le nouveau nom pour leur fils, Jean va être totalement tourné vers l’annonce de Jésus qui apporte le salut  » Dieu sauve ». Avec Jean, accueilli difficilement par Zacharie, il en perd la parole jusqu’à la naissance  parce qu’il ne croit pas à l’annonce de l’ange, nous commençons vraiment une nouvelle alliance, un nouveau testament. Il va pouvoir désirer que Jésus grandisse et que lui diminue comme la longueur des jours jusqu’au solstice d’hiver pour que Jésus prenne toute la place, donne le goût aux hommes d’aimer jusqu’à donner leur vie.

Deux petites conclusions :

                    1. Avons-nous suffisamment intériorisé notre alliance avec Dieu qui nous aime et nous donne par le baptême une circoncision du coeur, un baptême de filiation  et l’Esprit saint ?

                    2. Quand nous choisissons de donner  des prénoms au moment la naissance des enfants, que choisissons-nous :  la tradition ? la rupture de la tradition pour une nouvelle alliance?  un prénom qui donne du sens à toute une vie ?

Claude Charvet sj