Nuit de Noël – 24 décembre 2016

 Nuit de Noël    –     24 décembre 2016  

Lectures : Is 9,1-6     Ps 95    Tite 2,11-14   Lc 2,1-20

                   Ce soir Noël a une coloration particulière. En écoutant cette évocation de la naissance de Jésus, nous avons en tête, à la fois toutes les scènes de la nativité qui ont été évoquées devant nous mais aussi toutes les nouvelles actuelles provenant du monde entier avec le cortège des réfugiés, des déplacés. Cette crèche a quelque chose d’étonnant. Ce qui est vécu est dramatique et pourtant elle nous invite au silence, à l’adoration. En la contemplant un drame se joue en notre monde mais aussi un air de fête se dégage.  La paix rayonne d’elle. Ce soir un enfant nous est né. C’est l’occasion de faire mémoire. Reprenons les événements.

  • Sur les routes du monde

                    Un jour Marie et Joseph ont dû quitter Nazareth, leur village, pour se lancer sur les routes. Ils sont jeunes. Beaucoup pensent que Marie devait avoir une quinzaine d’année. Joseph devait avoir à peu près le même âge. Marie, est enceinte. Elle aurait surement aimé rester à Nazareth pour avoir sa mère, près d’elle, le jour de la naissance de l’enfant. Joseph aurait sûrement aimé avoir de l’aide. Ce n’était pas le moment de partir. On ne leur a pas demandé leur avis. Ils ont dû tout laisser et partir.  L’empereur qui domine sur tout le bassin méditerranéen a imposé sa décision. Ils doivent aller se faire recenser. Et les voilà lancés sur la route, sans trop savoir ce qui les attend.

                    Marie et Joseph sont comme tous les migrants dont les nouvelles nous parviennent sur les journaux ou à la télé. Ils sont partis de chez eux. Il fallait qu’ils partent. Ils devaient aller à Bethléem. Ainsi, en avait décidé Auguste. Ils ne savaient pas trop ce qui allait se passer en chemin ni ce qui les attendrait là bas. Ils ne savaient qu’une chose : ils devaient partir. Ils rejoignaient ainsi toute une foule lancée, malgré elle, sur les routes de l’exil.

  • La naissance

                    En arrivant à Bethléem personne ne les attendait. Personne ne voulait d’eux. Devant eux les portes se fermaient et ils devaient aller plus loin cherchant refuge ailleurs. Finalement ils sont accueillis dans une étable. Nous sommes habitués à cette description, apparemment très loin de ce que nous vivons. Cela nous semble étrange ! Mais est-ce si loin ?

                 Régulièrement, dans notre communauté jésuite de Bordeaux, nous parviennent des nouvelles d’Alep envoyées par un de nos frères jésuites qui se trouve là bas. Voici ce qu’il nous écrivait il y a deux jours :

                    « On parle partout des déplacés d’Alep Est. Au départ, ces déplacés sont accueillis à Jibrine dans des halles qui avaient été préparées pour devenir des lieux industriels. Quand nous sommes allés là-bas pour aider, nous avons su qu’il n’y avait plus de places, et les nouveaux arrivants sont casés dans les halles d’égrenage du coton (mhalege al-koton). Des milliers d’enfants, de femmes, et de vieux (absence claire des hommes), s’entassent dans des abris de fortune, en proie au froid et en l’absence de conditions sanitaires : 4 WC pour 500 personnes. L’eau potable est salée «un peu», la température baisse la nuit jusqu’à -6°C, et les halles ont 20 mètres de hauteur ; on ne peut pas allumer de feu, puisque les matelas et les couvertures sont partout. Les mains des gens, leurs vêtements, et leurs visages sont sales. Aucune possibilité de prendre un bain, voire même de se laver le visage à l’eau glacée. Les gens brûlent, dehors, en plein air, ce que le feu peut consumer et ils se regroupent autour du feu pour se réchauffer. »

                    Noël n’a jamais été aussi actuel qu’aujourd’hui. Voici que Marie et Joseph partagent le sort de tous ceux, qui malgré eux,  ont dû quitter leur pays. Au-delà de toutes les incertitudes ils avaient en eux une force. Ils aimaient Dieu et se savaient aimés de Dieu. Leur force était en Dieu. Mais ce n’est pas parce qu’ils se savaient dans la main de Dieu que tous les obstacles étaient levés. Loin de chez eux, à Bethléem, Jésus leur enfant est né. C’est là que Dieu est venu partager notre humanité. Voici que le ciel s’est posé dans le lieu où l’on ne l’attendait pas. La crèche s’illumine.

  • Devant l’enfant

Les premiers adorateurs qui viennent à la crèche sont les bergers. Ils passaient la nuit à garder les troupeaux. Personne ne s’intéressait à eux, mais ce soir là, le ciel s’est penché sur eux. Il est venu les visiter. Un ange leur a annoncé cette bonne nouvelle : « aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur »

                  Nous aussi, ce soir, nous sommes invités à nous joindre aux bergers venus à la crèche pour adorer l’enfant. Ce soir le ciel vient visiter notre terre et vient nous visiter, chacun personnellement. Nous y venons comme nous sommes. Nous y arrivons avec notre misère. Laissons la joie du Seigneur nous envahir et chasser la ténèbre de notre cœur et de notre monde. Ce soir, Noël, le ciel se penche sur la terre. Un jour nouveau se lève.

Christian Vivien sj