Fête de la Sainte Famille

Homélie de la fête de la Sainte Famille – Année B – 31 décembre 2017

Lectures :   Gn 15,1-6   Ps 104    He 11,8.11-12.17-19    Lc 2,22-40

                    Dans toute famille, chacun reçoit une place : enfant, frère, sœur, parents, grand-parents : une place dans l’ordre des générations, une place autre dans l’ordre des relations familiales. La vie de foi, l’action de l’Esprit Saint viennent vivifier ou renouveler nos familles, jusque dans leurs lieux d’impasse ou de stérilité.

                    Détaillons d’abord les personnages et les familles des lectures de ce dimanche.

* Un premier couple, Abraham et Sarah, avancé en âge, demeuré stérile et sans enfant. « Tu ne m’as pas donné de descendance, et c’est un de mes serviteurs qui sera mon héritier » dit Abram au Seigneur.

Absent avant la visite de Dieu, et l’inouï de la promesse, un enfant viendra ensuite mais qu’ils n’osaient plus espérer : Isaac.

* Un vieil homme, appelé Syméon, qui était un homme juste et religieux. On sait peu de choses sur lui : était-il célibataire, marié, avait-il eu des enfants ? Rien de cela nous est dit. Il nous est dit qu’il attendait la consolation d’Israël et que l’Esprit Saint était sur lui. C’est sous l’action de l’Esprit Saint que Syméon vient au Temple accueillir l’enfant Jésus et le prendre dans ses bras. L’Esprit Saint agit comme une personne dans la vie de Syméon, et lui donne sa fécondité. Son chant, le cantique de Syméon, habite depuis des siècles la prière du soir de l’Église chrétienne : « Maintenant, ô maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole… », prière des moines et des moniales avant la nuit, prière du croyant à la veille de la mort.

* Une femme Prophète, Anne, fille de Phanuel, elle aussi très avancée en âge : 84 ans, la doyenne de notre évangile avec Syméon. Elle était devenue veuve après 7 ans de mariage, avait-elle eu ou non des enfants ? Comme des Syméon et Anne, quels sont les doyens d’âge de notre assemblée ce matin à NDA ? Avec des personnes de plus de 84 ans sans doute…

* Et reste la plus jeune famille, comme ici à NDA, avec les jeunes parents et leurs enfants, petits et grands. Ce sont les parents de Jésus qui viennent à Jérusalem présenter leur premier-né, de sexe masculin : Jésus, né à Noël, voici 8 jours. Quel est le plus jeune enfant parmi nous, le dernier-né ?

2 familles de trois donc : Abram, Sarah, et leur fils Isaac ; Marie, Joseph, et l’enfant Jésus ; et deux personnes âgées seules, Syméon, et Anne.

                    Où faut-il inscrire dans nos récits, comme dans nos familles, la place de l’Esprit Saint ? L’Esprit Saint, esprit de communion en Dieu entre le Père et le Fils, est puissance de transformation et de vie pour nos familles comme pour celles d’ Abram et de Sarah, ou encore de Marie et de Joseph : par L’Esprit Saint, ils accueillent la vie et le projet de Dieu au cœur même de leurs impossibles ou de leurs stérilités apparentes.

                    La relecture faite dans l’épître aux Hébreux le redit nettement :

« Grâce à la foi… Abraham obéit à l’appel de Dieu, il partit sans savoir où il allait… ».

« Grâce à la foi… Sara elle aussi, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses ».

Arrêtons-nous un instant à la foi d’Abraham et de Sara, foi de tout croyant en l’action de Dieu ou de l’Esprit Saint.

« Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ? Je m’en vais sans enfant… » : Abram ose exprimer la vérité de sa vie et confier à Dieu sa souffrance. Sa foi n’est pas aveugle au sens de nier ce qu’il éprouve ; mais Abram se confie en Dieu ultimement, au cœur même de l’épreuve, et au moment incompréhensible du sacrifice d’Isaac.

Sa femme Sara, avancée en âge, rira lors de l’annonce de la naissance accordée par Dieu. Isaac se traduit « l’enfant du rire » en hébreu. La foi de Sara ne l’empêche pas de rire devant ce qui lui semble impossible et qui est pourtant promis par Dieu. Nos familles humaines, nos premières communautés de vie, ne sont-elles pas appelées à rester familles du rire ? Rire des parents devant la naissance de leur premier enfant, rires entre frères et sœurs plus fort que leur jalousie, rire des grand-parents apprenant à manier l’ordinateur ou le portable de leurs petits-enfants ou arrière-petits-enfants…

« Regarde le ciel et compte les étoiles si tu le peux… telle sera ta descendance » dit Dieu à Abram alors qu’il était encore sans enfant.

En prenant l’enfant Jésus dans ses bras, petit bébé, Syméon ne voit pas le ciel étoilé, mais le salut préparé par Dieu à la face des peuples, lumière pour les nations, et gloire d’Israël son peuple.

                    Après la naissance mystérieuse de Noël, le concert d’anges dans nos campagnes et l’hymne dans les cieux, une fois l’enfant présenté au Seigneur, les parents de Jésus s’en retournent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. Pour nous aussi, nous avons pu bouger pendant ces fêtes. Et c’est là à Nazareth, dans l’ordinaire de la vie familiale, qu’il faut retourner et que l’enfant « grandissait, se fortifiait, rempli de sagesse ». L’esprit de Dieu, l’esprit Saint, veut ainsi visiter nos vies ordinaires de famille, de communauté, pour les renouveler, y compris dans leurs impasses ou leurs difficultés. Oui, le rire de l’Esprit Saint est plus fort que toutes nos lassitudes, conflits ou découragements.

P. Henri Michardière sj