Fête de la Sainte Trinité

Homélie de la Sainte Trinité  – Année A – 11 juin 2017

Lectures : Ex 34, 4b-6.8-9      Dn 3    2Co 13, 11-13    Jn 3, 16-18

                    « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils, son unique… pour que tout homme ait la vie éternelle ».

                    Dieu a pris le chemin des hommes pour que ceux-ci viennent à Lui à travers une vie d’homme.

                    Chacun de nous a sa manière de rencontrer ou d’éviter le Christ. St Paul avait tout fait pour le combattre jusqu’au moment où le Seigneur l’a terrassé sur le chemin de Damas. Zachée était grimpé sur son arbre. Certains se mettent en route pour suivre un maître de sagesse, d’autres pour être guéris ou pardonnés. Dans tous les cas, celui qui s’approche de Jésus en est brûlé. La sainteté est un feu qui exclut les tièdes !

                    Vous allez peut-être vous demander pourquoi je parle ainsi ? Bonne question ! Parce que (1ère raison) le passage d’Évangile que nous venons d’entendre est extrait du dialogue avec Nicodème… même s’il ne doute pas que Dieu soit à l’œuvre en Jésus, il vient, de nuit, trouver Jésus pour ne pas trop se compromettre. (2ème raison) : parce que nous allons baptiser, ce matin,  Alix.

                    « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils, son unique… pour que tout homme ait la vie éternelle ».

                    Aux yeux du monde, nous n’avons pas grand-chose à gagner à nous déclarer pour le Christ. Il ne nous sert pas à devenir riches, ni puissants, ni chanceux. Nous risquons plutôt de le voir se dresser sur notre chemin et nous montrer du doigt une autre direction. Comme Nicodème, il nous arrive de préférer l’obscurité à la pleine lumière, façon de retarder une exigence qui serait trop forte pour nous.

                    Jésus n’est pas d’abord un docteur de morale. La condition unique pour entrer avec lui dans le Royaume de Dieu consiste à accepter de recevoir sa vie, sans réserve, de Celui qui en est la véritable source. Alix : elle est bien la fille de Claire et Guilhem, et elle leur doit beaucoup. Mais elle ne vient pas d’eux, ses racines sont ailleurs. Quant à vous deux Claire et Guilhem, de tout son être, Alix vous échappe et vous dépasse, même s’il dépend de vous pour une bonne part qu’elle grandisse et parvienne à son achèvement. En l’accompagnant ce matin au baptême, vous avouez qu’elle ne vous appartient pas, et vous reconnaissez qu’elle est au Christ. Voilà pourquoi il lui est bon d’être plongée dans l’eau, dans la parole et dans le souffle ou l’Esprit de Jésus.

                    De la naissance à notre mort, nous avons à passer par l’eau, la parole et le souffle ; et à nous laisser traverser par eux. Ces trois éléments nous menacent autant qu’ils nous sont nécessaires et désirables. Nous ne pouvons pas plus nous dispenser de l’eau que de la soif. Nos convoitises sont des fleuves, c’est-à-dire des chemins qui marchent dans les déserts de nos vies. Ils nous portent ou ils nous engloutissent selon que nous voulons rester assis et humbles, ou orgueilleux debout dans notre barque. Jésus, lui, connait le secret de l’eau et la manière d’arriver au port.

                    Et ce cri – notre premier cri – d’où vient le souffle qui remplit nos poumons et qui s’en va, et où nous mène-t-il ? Nous sommes libres de négocier avec le vent, de le dévier, de le contrarier… pour un moment ; mais non de le produire et moins encore de le retenir après l’heure. Et la parole, née de la soif et portée par le souffle, d’où vient-elle et où va-t-elle ? Nous ne le savons pas non plus. Tant qu’elle nous est donnée, elle est notre demeure et notre milieu nourricier. C’est elle qui nous appelle et qui nous unit corps et âme, et les uns avec les autres. Mais elle devient le pire des poisons lorsqu’on y manque ou qu’on ne la respecte pas.

                    L’eau, la parole et le souffle ne sont pas simplement des éléments du monde, des forces anonymes avec lesquelles nous composons avant qu’elles nous quittent ou nous écrasent. Et en acceptant d’y être plongé tout entier, sans autre appui que sa confiance en la bonté de Dieu, Jésus en a fait le lieu de notre combat et de notre salut. Il a pris sur lui notre peur. Il y habite et la transforme en un passage vers son Père. Comme tout être vivant, nous sommes tendus vers l’eau, la parole et le souffle, mais depuis le cri de Jésus en croix, nous sommes ouverts à l’espérance.

                    Ton baptême, Alix, ne prétend pas t’épargner les risques de la vie. Il dit ta dignité de fille de Dieu et il promet que tu as tout à gagner à affronter la soif, le grand air et le procès de la vérité. Car Jésus-Christ est avec toi, et en son nom, nous allons te marquer aujourd’hui de son sceau.

                    Ces trois noms, celui du Père, du Fils et du Saint Esprit, ont été effectivement prononcés sur nous, au moment de notre baptême. Et ce matin, ces trois noms, nous les prononcerons tout particulièrement sur Alix qui sera baptisée pour qu’elle aussi ressuscite à la vie nouvelle. Une vie nouvelle qui nous vient d’eux, et qui consiste à les connaître, le Père, et ceux qu’il nous a envoyés : son fils unique et son Esprit-Saint. Et depuis ce moment, nous sommes en eux et eux sont en nous, nous sommes accordés à eux et eux sont penchés éternellement sur nous.

                    Mais trop souvent nous en doutons et nous agissons sans nous référer à eux. Tournons-nous vers Jésus, le Fils bien-aimé du Père et implorons-le : demandons pardon pour nos fautes.

                                                                                 Philippe Marxer sj