15ème dimanche du temps ordinaire

Homélie : 15ème dimanche du temps ordinaire – année A – 12 juillet 2020

Lectures : Is 55, 10-11       Ps 64        Rm 8, 18-23       Mt 13, 1-23

                 Jésus était sorti de la maison et s’était assis au bord de la mer… Les foules l’obligent à monter dans une barque pour que les conditions d’audition soient meilleures… Merci les ingénieurs du son… Vous avez vraiment un rôle essentiel pour que la Parole soit entendue… Si le son n’est pas bon, le meilleur orateur ne sera pas écouté… Cela ne fait pas tout car on sait bien que le récepteur a la clef dernière de la compréhension de la Parole…On ne voit bien, on n’écoute bien qu’avec le coeur …Les aveugles savent voir ce qui se passe souvent mieux que les voyants…( le témoignage de Jacques Lusseyran dans «Et la lumière fut » est bouleversant pour cela) Les sourds peuvent entendre très bien (même sans prothèse) s’ils ont le vrai désir de communiquer et de rencontrer la personne qui parle… Les disciples de Jésus se laissent bien transformer par sa Parole… Ils apprennent aussi à poser des questions à Jésus pour mieux comprendre ce qu’il dit. C’est nécessaire pour que la Parole porte du fruit en abondance. La liturgie juive est une maîtresse féconde quand elle demande tous les jours de chanter : « Shema Israël Adonaï Elohenou, Adonaï erhad » « Écoute, Israël, Dieu est ton Seigneur, Écoute, Il est ton Dieu ! » Heureux sommes-nous de voir ce que nous voyons et d’entendre ce que nous entendons…Cela nous rend notre vie féconde. Pardon pour cette longue introduction : elle a pour but de nous rendre attentifs à la manière dont nous écoutons ; elle fait écho aux questions que les disciples posent à Jésus.

                 Le semeur sortit pour semer : il a l’espérance chevillée au corps d’une récolte abondante ; il croit que chaque grain peut porter du fruit à raison 100, 60, 30 pour un… Et la Parole est dite à tous, généreusement… Le semeur sait aussi que le terrain qui reçoit le grain peut offrir des obstacles à sa fécondité… que l’auditeur peut ne pas entendre ce qui est dit, et ne pas comprendre… Alors Jésus prend le temps d’expliquer…
Il y a un ennemi sur le chemin qui est capable de s’emparer de la Parole semée dans notre cœur et la dernière demande du Notre Père peut être la nôtre, chaque jour : « Délivre-nous du Mal », délivre-nous ces oiseaux de malheur qui veulent dévorer tout ce qui nous est donné pour être des vivants.

                 Second obstacle : sol pierreux, sans beaucoup de terre, comme si le cœur de chair s’était déjà transformé en cœur de pierre : instabilité, opportunisme, contradictions de l’adolescence avec ses immenses rêves d’amour absolu mais ses peurs dramatiques devant la persécution ou les oppositions : les racines n’ont pas le temps d’aller chercher leurs ressources dans les terres nourricières de l’enfance… Quelle détresse devant cet échec d’un moment ! L’avant-dernière demande du Notre Père est précieuse : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».

                 Troisième obstacle : Le souci du monde et la séduction des richesses peuvent totalement étouffer la Parole comme des ronces qui stérilisent la fécondité… La peur du Covid 19 nous a permis de vivre le confinement avec des attitudes très responsables, mais la fin de l’état d’urgence sanitaire peut nous faire adopter des comportements insouciants et irresponsables qui mettent en danger les autres et soi-même…La séduction de l’argent, la société d’hyperconsommation ou l’angoisse de ne pas être reconnu peuvent nous mettre dans un esclavage dégradant…La première demande du Notre Père peut alors nous sortir de ces ronces : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

                 Au fond, cette parabole du semeur qui est sorti pour semer nous remet devant le baptistère : en descendant dans l’eau du baptême, nous savons bien que des obstacles se dresseront toujours sur notre route pour nous détourner de la Parole… Mais nous entendons le Père vous dire : Margot tu es ma fille bien aimée, Juliette tu es ma fille bien-aimée. En vous je trouve ma joie ! C’est bien dans cet Esprit de Jésus qui vous êtes baptisées. Recevez cet Esprit Saint! Laissez-vous revêtir du Christ ! Vous devenez la lumière du monde ! Laissez- nous rendre gloire à Dieu et chanter sa louange parce que vous êtes ses filles bien-aimées et que vous le mettez en joie. Quant à toi, Paule, quand tu t’avanceras aussi avec Magot et Juliette vers l’autel et que vous pourrez communier ensemble au Corps et au Sang du Christ, l’Esprit viendra demeurer en vous et vous fera devenir ce que vous recevez…

Claude Charvet sj