1er dimanche de Carême

Homélie : 1er dimanche de Carême – année A – mars 2020

Lectures : Ge 2, 7-9  et 3, 1-7      Ps 50        Rom 5, 12-19     Mt 4, 1-11

                   La première lecture, malgré la conception misogyne de son auteur nous parle de la création, de la quête d’autonomie « de nos premiers parents, » qui conduit au péché. En utilisant notre intelligence et notre imagination, soyons attentifs aux personnages et acteurs  de ce récit,  Dieu, l’homme, le serpent, la femme.  L’intérêt est de déceler dans  la création un mécanisme régulateur et critique  déculpabilisant qui libère la femme d’une responsabilité tacite. Si la chute, symbole de mort du premier Adam donne lieu à des répercussions d’âge en âge, même « sur ceux qui n’avaient pas péché » pour reprendre les mots de la deuxième lecture, le relèvement par le christ nouvel Adam conduit à la vie.

                   Notre  être chrétien traverse nécessairement des tentations, qui  sont une mise à l’épreuve pour tester  la solidité de notre  ouverture à l’autre, de notre engagement, de notre fidélité à Dieu, de notre foi. Dans une société ou  le mal  commis ou subit existe par : les inégalités, la pauvreté, l’ignorance, l’exclusion, l’injustice,  ses racines  personnelles et sociologiques sont à chercher au plus profond de nous-même, dans l’intimité du Moi ou seul Dieu nous atteint, en ce lieu où s’affrontent des tendances opposées. La question qui nous habite est de savoir quelle réponse donner, à la présence du mal et du péché, comment en le dédramatisant, l’assumer et le dépasser ? Devons-nous le combattre  dans une société où le lieu de collecte par excellence est  le confinement dans les émotions, les  angoisses, les non-dits ?  Où faut-il se résigner, subir et baisser les bras par lassitude ?

                   L’évangile selon Matthieu, nous invite à tourner notre regard vers le christ, qui rejoint nos  expériences, nos fragilités, mais aussi nos espérances. Il  nous ouvre un chemin, qui passe par ses tentations. Il nous livre à un moment crucial et significatif de sa vie spirituelle  un fort exemple de renoncement, en vue d’accomplir sa mission première que sous-tend l’urgence du royaume, Il considère comme secondaire ce que Saint Ignace de Loyola qualifie de « vaine gloire » : l’avoir, le savoir et le pouvoir. Si le baptême de Jésus donne lieu à une manifestation de l’esprit de Dieu, il s’ensuit que ce même esprit le conduit paradoxalement au désert pour l’éprouver et ainsi le préparer à être l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde et nous procure le salut. Avec Jésus en ce temps de carême libérons-nous des pesanteurs et des chaînes qui nous collent à la terre, invoquons la grâce et le  soutien de l’Esprit Saint dans le combat pour la sauvegarde de notre maison commune. Amen.

Patrice Batantou sj