2ème dimanche de Carême

Homélie : 2ème dimanche de Carême – année A – 8 mars 2020

Lectures : Ge 12, 1-4a     Ps 32        2 Tm  1, 8b-10   Mt 17, 1-9

                 On pourrait lire cet épisode de la Transfiguration comme une pause longtemps désirée au cœur d’une montée difficile vers Jérusalem, une randonnée amoureuse au milieu d’un quotidien trop prenant…

Pierre, Jacques et Jean : témoins de la résurrection de la fille de Jaïre, seront invités à suivre Jésus au Jardin des oliviers où ils ne résisteront pas au sommeil alors que Jésus est en proie dans la prière aux forces du mal… Là sur la montagne, ils voient leur Maître transfiguré, comme si la divinité de Jésus illuminait totalement son humanité : “visage brillant comme le soleil, vêtement blancs comme la lumière”… comme “s’il était illuminé dans l’amour de son Père” Une consolation durable et tellement bonne que Pierre a envie de faire durer ce temps béni : “Faisons ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie” Chacun de nous peut rechercher dans sa mémoire un moment lumineux de profonde consolation où il nous est donné de “ne plus aimer pour elle-même aucune chose créée sur la face de la terre mais seulement dans le Créateur de toutes choses” (ES 316) Il nous est bon de tenir précieusement dans notre cœur ces temps bénis, en haut d’une montagne ou au bord de la mer où des paroles de vie peuvent être échangées, où Dieu peut se donner totalement à nous et nous à lui…une réciprocité d’amour peut libérer totalement notre désir d’aimer et d’être aimé…

                 Mais sur cette montagne, Jésus transfiguré n’est pas seul : Moïse et Elie apparaissent : ce sont des habitués de ces lieux de rencontre et d’alliance avec Dieu : Moïse y a reçu les 10 commandements, cette alliance qui fait vivre son peuple, Elie y a découvert dans la brise légère, dans le silence d’un souffle de vie comment Dieu se donne totalement, Dieu nous habite de sa présence…Et Matthieu nous fait alors entrer avec Pierre, Jacques et Jean dans la vision  “d’une nuée lumineuse qui les couvre de son ombre” et il nous fait entendre de la nuée une voix qui dit :” Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le !  Il y a bien à voir et à entendre pour reconnaître dans cette voix une confirmation de l’expérience du baptême de Jésus et de notre propre baptême : Jésus est le Fils de Dieu, le bien-aimé du Père, il fait sa joie ! Nous sommes invités à croire, à la suite de Pierre,  que c’est bien vrai. Abraham, le Père des croyants, voit sa bénédiction accomplie en Jésus… Moïse et Elie exultent de la joie en voyant Jésus faire  la joie de son Père…A nous d’écouter et de croire… A nous de nous laisser approcher par Jésus, de nous laisser toucher par lui, de l’entendre nous dire :“Relevez-vous et soyez sans crainte !” Ce n’est pas un leurre, une lubie qui s’est passé sur la montagne. Pierre en rend compte dans sa lettre comme un évènement fondateur qu’il a compris à la Pentecôte, en relisant cet épisode dans la force de l’Esprit après que Jésus soit ressuscité d’entre les morts…

                 En ces jours où nous devons prendre soin de nos frères en étant prudent et distants pour montrer notre fraternité, cet épisode de la Transfiguration peut nous mettre dans une grande paix et en une joie profonde : ” Qui pourra nous séparé de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? J’en ai l’assurance… : Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur” (Rm 8, 35-39)

Claude Charvet sj