Homélie du 4ème dimanche de Carême – Année C – ND des Anges – 6 mars 2016

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Homélie du 4ème dimanche de Carême – Année C – ND des Anges – 6 mars 2016

Le fils prodigue

L’Église nous présente aujourd’hui la parabole de l’enfant prodigue. Dès le début de la parabole le cadre est fixé. D’un côté les publicains et les pécheurs qui viennent à Jésus pour l’écouter et de l’autre les scribes et les pharisiens qui récriminent contre lui car il s’adresse à des pécheurs. En cette année de la miséricorde essayons de la lire avec un cœur nouveau car Jésus veut nous libérer non seulement de tous péchés mais aussi de ce qui peut nous tenir enchaîné suite à ces péchés.

I- L’enfant prodigue

Jésus nous invite à nous positionne à l’intérieur de la parabole. Avec l’enfant prodigue la misère de notre monde nous est présentée. Pour lui, Dieu semble avoir disparu du paysage. Le jeune fils s’éclate dans tous les domaines du possible où aucune limite n’est posée. Pour nous également, les défis de la toute puissance de l’homme sont nombreux tant au niveau économique, écologique que par toutes les questions qui se posent en début et fin de vie. Notre monde est en ébullition par ce qu’il vit mais aussi par les flux migratoires qui mettent en lumière le péché de l’homme, la rigidité des cœurs ainsi que les idéologies religieuses meurtrières. Pourtant, c’est dans ce monde, et non dans un autre, que nous sommes placés. Jésus a donné sa vie pour tous les hommes car il désire que tout homme soit sauvé et revêtu de la puissance du Saint Esprit.

Il n’est aucune tâche, aucune misère que Jésus ne désire pardonner et même guérir jusqu’à la racine. En effet, il nous faut comprendre que lorsque le péché nous atteint gravement, comme ce fut le cas pour le jeune fils, quelque chose se casse dans notre vie, un germe de mort y est planté. Pour nous rétablir, Jésus désire non seulement pardonner tous nos péchés, mais aussi nous guérir en profondeur des traumatismes et des séquelles vécus dans notre descente aux enfers. Il s’agit bien de deux choses très différentes : le pardon du péché et la restauration de ce qui a été brisé par le péché. Nous pouvons être certains que Jésus, tout comme le père de la parabole, désire nous relever, nous pardonner, nous restaurer intérieurement.

II- Le Père vient rétablir le fils prodigue dans sa dignité de fils

Le Père de la parabole est malade d’amour pour son plus jeune fils. Il ne ménage pas ses forces et guette son retour. Il n’attend pas une confession globale détaillée mais avec le peu qui lui est dit cela lui suffit. La confession de nos fautes n’est pas celle demandée dans un tribunal. Alors que le jeune fils avait une image dégradée de lui-même, lui qui avait gardé les cochons : « Je ne mérite pas d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes serviteurs », le Père vient lui redonner sa dignité en changeant radicalement l’image qu’il a de lui-même. Pour ce faire, il va lui chercher la plus belle tunique, lui met des anneaux aux doigts et des sandales aux pieds. Il le recouvre de la robe nuptiale. En le revêtant de vêtements royaux, il lui confie sa véritable mission, celle d’être fils, fils de roi, fils de Dieu.

Nous pouvons nous rappeler ce que vécut Pierre le jour où Jésus l’a appelé à le suivre. Jésus était là à prêcher au bord du lac de Tibériade. Il y avait beaucoup de monde. Pour pouvoir s’adresser à la foule Jésus a demandé à Pierre de pouvoir monter dans sa barque. Quand il a eu fini de parler, Jésus a dit à Pierre de s’écarter du rivage et de jeter les filets. Devant la quantité de poissons prise Pierre fût pris d’effroi et s’écria : « éloigne-toi de moi Seigneur car je suis un homme pécheur ». Nous pouvons remarquer que c’est au moment où Pierre va se reconnaître foncièrement pécheur que Jésus va lui confier une mission : « désormais tu seras pécheur d’hommes ». Aujourd’hui plus que jamais nous sommes invités à faire l’expérience que Jésus est vivant, qu’il est notre sauveur, notre libérateur. Il veut nous arracher aux ténèbres pour faire de nous les témoins de sa miséricorde revêtus de la puissance de l’Esprit.

III- Pour terminer

Pour vous aider à comprendre ce qui vient d’être dit, je prendrai un exemple que j’ai vécu ce mois ci. Il s’agit d’une dame de 50 ans qui est venue me voir dans le cadre de la confession. La veille, dans sa prière, un souvenir lui est revenu avec force. Elle en était toute perturbée. Plus de 20 ans auparavant, alors qu’elle était enceinte de deux mois, elle se rappelle que le docteur lui avait demandé de ne pas conduire sa voiture pour ne pas faire une fausse couche. Elle me dit : « je ne sais pas si j’ai péché mais je l’ai prise pour faire un voyage. Dans les jours qui ont suivi, alors que j’étais au travail, j’ai eu des pertes de sang. Mon bébé est parti. Je n’ai rien pu faire. Qu’est-il devenu ? »

Puisqu’elle était venue pour se confesser je lui ai donné le pardon du Seigneur mais nous avons également prié pour cette situation. Elle m’a dit : «  si c’est un garçon je lui donnerai tel nom et si c’est une fille je lui donnerai tel autre. » Son enfant redevenait vivant sous le regard de Dieu. Elle a pu le confier à Jésus et Marie pour qu’ils le remettent à Dieu le Père. Elle a pu se retrouver mère de deux enfants sur terre et d’un autre au ciel. Avant de me quitter elle était rayonnante. Elle m’a dit : « Je n’en ai jamais parlé mais quand le moment sera venu je le dirai à mes enfants et à mon mari ».

Tout comme au fils prodigue le Seigneur désire non seulement nous pardonner mais aussi nous restaurer, nous redonner notre dignité royale de fils et de fille de Dieu. Amen.

Christian Vivien sj