4ème dimanche de carême

Homélie : 4ème dimanche de Carême – année A – 22 mars 2020

Lectures : 1 S 16, 1b.6-7.10    Ps 22        Ep 5,8-14    Jn 9,1-41

Voici la messe célébrée par nos prêtres .

                     La manière dont nous voyons les personnes autour de nous et les évènements qui nous arrivent, parle et révèle beaucoup de notre attitude, de notre mentalité et personnalité.  La première lecture et l’Evangile soulignent la différence entre le regard de l’homme et le regard de Dieu. Autrement dit, la mentalité de l’homme et la mentalité de Dieu. Dans la première lecture, dès que le prophète Samuel a aperçu Eliab, le fils de Jessé, il a été impressionné par sa haute taille et a voulu lui donner l’onction du Seigneur. Mais vous avez bien remarqué ce que Dieu dit à Samuel, « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. (1 S 16, 7 ». Cette parole de Dieu est toujours d’actualité.

Le regard de l’homme et le regard de Dieu

                     Les hommes comme Jessé, Samuel et même comme la majorité des personnes d’aujourd’hui, sont souvent et presque toujours impressionnés par la taille, par la grandeur, la beauté, l’intelligence, par les qualifications, les diplômes, par la classe, la caste, la couleur d’une personne. De manière générale nous nous laissons impressionner par la réussite, le pouvoir et par les dons des gens. Mais le regard de Dieu est entièrement différent de celui des hommes. « Le Seigneur regarde le cœur ». Jessé n’a pas pensé à David comme roi parce qu’il était un petit garçon qu’il n’était capable que de garder les brebis. Aux yeux de Jessé, David n’était qu’un simple berger. Mais Dieu connaissait le cœur de David, il savait combien il aimait, adorait et admirait le Seigneur. Dieu savait aussi que David avait un cœur qui se repentait. Dieu a vu en David non pas le simple berger de quelques brebis mais un grand berger, un grand roi pour le peuple d’Israël et ensuite il a vu aussi qu’à partir de David, dans la même dynastie viendrait Jésus Christ, le messie, le sauveur du monde.

                     Cela dit, si nous regardons dans le Nouveau Testament, nous voyons là aussi que le regard de Jésus n’était pas celui des hommes.  Ainsi à Pierre, cet homme fragile qui reniera Jésus trois fois, auquel Jésus a dit pourtant, « tu es Pierre, et sur ce roc je bâtirai mon Eglise (Mt 16, 18). Quant à Paul, en qui tous les chrétiens voyaient un violent persécuteur, Jésus en fera le plus grand prédicteur de l’évangile.  Chers frères et sœurs, Dieu ne voit pas les choses à la façon du monde. Dieu peut choisir même quelqu’un qui peut paraitre fou et faible au regard du monde, pour couvrir de confusion les sages du monde (1 Co 1, 28). Dieu regarde les cœurs remplis non pas de perfection et de qualifications, mais d’amour, de bienveillance, de générosité et de disponibilité pour sa mission.

                     Si nous en venons à l’Évangile d’aujourd’hui, là aussi, nous voyons la manière dont les pharisiens ont regardé la guérison de l’aveugle et la manière de Jésus. La différence, c’est que les pharisiens ne voyaient les choses que du point de vue strict des lois du Sabbat. Sans avoir la vision, la vue, le regard de Jésus pour qui la vie, la guérison de l’aveugle comptait plus que les simples consignes de Sabbat.

Du regard physique au regard spirituel

                     Ce temps de carême et de confinement nous invite à passer du regard physique, du regard extérieur au regard intérieur, spirituel, celui de Dieu. Nous constatons que l’aveugle qui a été guéri par Jésus est passé par plusieurs niveaux quant à son regard. Au départ, il ne voyait Jésus que comme un simple guérisseur, ensuite comme un prophète et enfin quand il a eu une expérience directe et personnelle de Jésus, il a perçu, accepté et cru Jésus comme le Seigneur (Jn 9, 38). Nous ne sommes pas tous aveugles physiquement mais il nous arrive de manquer des rencontres, des rendez-vous et des expériences directes avec Jésus parce qu’il nous manque la vision spirituelle. Cette vision spirituelle ne nous arrive que par notre vie de prière personnelle. Profitons de ce temps pour passer plus de temps dans la prière personnelle pour goûter et rencontrer Jésus notre Sauveur.

Ayons les yeux de Dieu

                     Enfin, puisque nous sommes tous confinés chez nous en ce moment, essayons de voir nos proches, les évènements que nous traversons avec les yeux de Dieu. En d’autres termes, si nous avons les yeux de Dieu, nous verrons le côté positif des choses, nous reconnaitrons la valeur, la dignité, la beauté chez les autres plus que leurs défauts. Si nous avons les yeux de Dieu, nous discernerons aussi bien des choses dans notre vie. De fait, dans le mot « discernement », très ignatien, se trouve le mot « cerner » qui veut dire « voir » en latin. Dans la spiritualité ignatienne, c’est l’art de séparer le vrai du faux, le bon du mauvais, grâce surtout à la vue spirituelle et intérieure.

                     Chers frères et sœurs, prions pour voir tout dans notre vie à la façon de Dieu, avec ses yeux et que nous ayons aussi la grâce de voir, reconnaitre et croire Jésus comme notre Seigneur et Sauveur à l’instar de l’aveugle guérit dans l’évangile d’aujourd’hui. Amen.

Ashok BODHANA sj