5ème dimanche du Temps Ordinaire

Homélie: 5ème dimanche du Temps Ordinaire- année A – 9 février 2020

Lectures : Is 58,7-10         Ps 111         1 Co 2,1-5        Mt 5, 13-16

“Vous êtes le sel de la terre !” “Vous êtes la lumière du monde !”
Frères et sœurs, que ces paroles sont audacieuses ! Et puis, ne se contredisent-elles pas ?

“Vous êtes le sel de la terre”
Le sel. Voici une substance vraiment curieuse : il doit être mélangé aux aliments parce que, en soi, il a mauvais goût ; en plus, il doit être comme perdu, caché dans la masse, pour lui donner du goût, non pas son goût propre de sel, mais celui des aliments dans lesquels il est enfoui !

“Vous êtes la lumière du monde”
Par contre, la lumière, elle, ne doit pas être cachée : elle gagne d’ailleurs à être mise en évidence ; et Jésus insiste : “pas sous le boisseau” ; “sur le lampadaire” !
NB : Un boisseau, c’est un récipient de forme cylindrique qui sert à mesurer des quantités de farine, etc…

“Que votre lumière brille aux yeux des hommes (…) afin que ceux-ci glorifient… votre Père qui est aux cieux !”, dit Jésus. En effet, cette lumière n’est pas faite pas pour nous mettre en évidence, mais, pour témoigner de Celui qui en est la source !

Mais oui, cette lumière ne vient pas de nous, mais de Dieu ! Comme la lumière de la lune qui provient, en fait, du soleil : ce n’est pas la lune qui est à l’origine de cette lumière, mais bien, le soleil !
Nous aussi, nous ne sommes que le reflet de Dieu, dans la mesure où nous donnons à voir l’amour dont sont aimés les hommes, et qui vient de Dieu !

Ou encore, comme la lumière du soleil traverse les vitraux d’une cathédrale, de même, l’amour de Dieu peut rejoindre les autres en nous traversant, en passant par ce que nous pouvons faire pour eux, car Dieu aime aussi par nous et à travers nous : “Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable” (première lecture) ; sacrée responsabilité ! “Alors”, frère, sœur, même “la nuit de ton chemin sera lumière de midi !”

Tenir ensemble les deux consignes
Revenons à notre contradiction apparente : notre vie, notre témoignage, doivent-ils être cachés ou mis en évidence ? Saint Augustin, dans son sermon “sur les brebis”, explique qu’il faut tenir ensemble les deux consignes. Ce qui fait la différence, c’est l’intention profonde de nos comportements : si notre but, c’est d’être bien vus ou d’en retirer quelque prestige, nous nous mettons en quelque sorte à la place de Dieu ; au contraire, si nous témoignons de la valeur de l’amour qui nous fait vivre, la “gloire” ne revient pas sur nous, mais, à Dieu.

Images de Dieu
Vous voyez, frères et sœurs, ce qui est en jeu, c’est que, par notre témoignage, nos paroles et nos actes, nous offrons aux autres une image de Dieu ; quand nous sommes le Samaritain qui va au secours du blessé, l’image de Dieu que je dégage, peut être très belle, comme elle peut être corrompue, déformée, voir défigurée…
C’est ainsi que l’on rencontre quelquefois des personnes qui veulent toujours rendre service ; mais, attention ! Pas touche : cela devient une chasse gardée !

Vous êtes…
Encore une précision. L’Évangile d’aujourd’hui parle au pluriel : “Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde…” Par contraste avec les “Quand tu fais l’aumône…, quand tu pries…, quand tu jeûnes…” (Mt 6), on peut donc en conclure que cette page d’Évangile s’adresse donc, non pas à des individus, mais bien, à des collectivités, aux communautés chrétiennes.

Alors, frères et sœurs, donnons le goût de vivre à nos contemporains : oui, “Que votre lumière brille aux yeux des hommes (…) afin que ceux-ci glorifient votre Père qui est aux cieux.”

P. Luc Vandervaeren sJ

POUR ALLER PLUS LOIN

Jn 13, 34-35
“Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres.”

Isaïe 58,7-10
“Ainsi parle le Seigneur :
Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri,
couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable.

Alors ta lumière jaillira comme l’aurore,
et tes forces reviendront vite.
Devant toi marchera ta justice,
et la gloire du Seigneur fermera la marche.

Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ;
si tu cries, il dira : “Me voici.”

Si tu fais disparaître de chez toi
le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante,
si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires,
et si tu combles les désirs du malheureux,
ta lumière se lèvera dans les ténèbres
et ton obscurité sera lumière de midi.”

POINTS DE PRIÈRE

• “Vous êtes le sel de la terre…”
Qu’est-ce qui me donne le goût de vivre ? En quoi ma vie chrétienne me donne-t-elle le goût de vivre ? Si ce n’était pas le cas, quels moyens prendre pour y parvenir ?

• “Vous êtes la lumière du monde…”
Mon action en lien avec la communauté : est-ce que je me sens faisant partie d’une communauté chrétienne ? Laquelle ou lesquelles ?
Ai-je déjà expérimenté des lieux ou des communautés qui m’ont donné le goût de vivre ou qui ont été lumière(s) pour moi ?