Baptême du Seigneur

Homélie: Baptême du Seigneur – année A – 12 janvier 2020

Lectures :    Is 42, 1-4.6-7    Ps 39      Ac 10,34-38      Jn 1,29-34

Humilité, Humanité, et Divinité de Jésus

                         Dès qu’on parle du baptême de Jésus, la première question qui doit venir de manière naturelle à l’esprit c’est : est-ce que Jésus a réellement besoin du baptême de Jean ? Il est comme nous à tous les égards, sauf le péché (Hé 4, 15). Dans ce cas, pourquoi était-il venu se faire baptiser par Jean ? Même si Jésus n’a pas besoin du baptême et malgré le fait que Jean ait refusé de le baptiser, Jésus insiste et se laisse compter parmi les pécheurs volontairement. Autrement dit, il s’est solidarisé avec nous tous, les hommes et les femmes. Son baptême montre son humilité et son humanité. Comme le dit Saint Paul, « lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. Mais il s’est dépouillé prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et par son aspect, il était reconnu comme un homme (Ph 2, 6-8) ».

                         Le baptême de Jésus nous révèle non seulement son humilité et son humanité mais avant tout sa divinité. Autrement dit, lors de son baptême nous connaissons la vraie identité de Jésus à la fois comme homme et Dieu. La semaine dernière nous avons célébré « l’épiphanie », la manifestation de Jésus à toutes les nations. Aujourd’hui, nous voyons une « théophanie ». En grec, « Théo » veut dire ‘Dieu’ et « phan » veut dire ‘apparition, c’est un dire c’est une manifestation divine, au cours de laquelle nous voyons l’apparition trinitaire où nous avons l’affirmation de Jésus comme le Fils de Dieu. Nous voyons que « les cieux s’ouvrirent : l’Esprit de Dieu descend comme une colombe et vient sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. » (Mt 3, 16-17). Tous ceux qui étaient là avec Jésus dans le fleuve du Jourdain ont écouté, vu et reconnu cette identité divine de Jésus. Nous remarquons également une autre théophanie concernant Jésus, juste avant son baptême dans la mort. Il s’agit de la transfiguration de Jésus. Là également nous voyons la divine manifestation de Jésus.

Chères frères et sœurs, en se faisant baptiser par Jean, Jésus, de fait, a baptisé les eaux du Jourdain. Autrement dit, Jésus a purifié, sanctifié et bénit l’eau par son baptême pour qu’elle puisse devenir la source et le symbole du salut lors de notre propre baptême.

La mission de Jésus

                         Ensuite, le baptême de Jésus inaugure, l’activité, autrement dit, la mission de Jésus comme serviteur souffrant. Son baptême dans le Jourdain annonce, prépare et pointe déjà son autre baptême dans la mort (Lc 12, 50 ; Mc 10, 38). Autrement dit, la vie publique, la mission de Jésus est encadrée par deux baptêmes. Tous les traits et les tâches du serviteur souffrant sont mentionnés dans la première lecture d’aujourd’hui.  Jésus qui est le Seigneur est venu comme un serviteur. En plus, comme un serviteur souffrant.  Pourquoi est-il nécessaire qu’il soit un serviteur souffrant ? De fait, quelqu’un qui connait, qui a une expérience réelle de l’injustice, de la discrimination et de la souffrance comprend facilement la souffrance des gens. Dans n’importe quelle société, que ce soit aujourd’hui ou hier, ce sont les gens qui sont privés de justice qui souffrent. Jésus, comme les pauvres, a affronté le rejet. Il a subi toutes sortes de discriminations. Il a été un migrant et un réfugié dans différents endroits pour se protéger.  Quand on a posé la question à bien des personnes qui avaient vécu en camps de concentration, quel est le Dieu dont ils se sentaient proches, la plupart disaient sans hésitation ‘Jésus’.  Parce qu’il est le seul Dieu qui a traversé l’injustice, la persécution, la violence et la souffrance comme eux. Tout au long de sa vie, Jésus a été tout proche des pauvres, des veuves, et des gens discriminés comme les clochards, les lépreux, les malades, les handicapés de toutes sortes. Comme le dit la première lecture, c’est lui le serviteur souffrant qui ouvrira les yeux des aveugles, c’est lui qui fera sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres (Is 42, 7).

Chères et sœurs, nous aussi, nous avons besoin de ce serviteur souffrant, Jésus, car c’est lui seul qui connait les souffrances invisibles de nos cœurs. C’est lui seul qui comprend nos épreuves, nos maladies et nos besoins. Approchons-nous de lui pour qu’il nous libère de nos prisons et nous donne la guérison.

Le message du baptême de Jésus.

                         Enfin, le baptême de Jésus doit nous faire réfléchir sur notre propre baptême en Christ.  Notre baptême est une nouvelle naissance de l’eau et de l’Esprit Saint (Jn 3, 5). C’est un passage des ténèbres du péché à la lumière du Christ ressuscité (Ep 5, 8-14 ; He 6, 4). Ça fait, un an et demi, que je suis curé ici. Ce n’est ni la critique ni la correction mais tout simplement mon constat. Biens des couples font la demande du baptême de leurs enfants. Ils viennent avec beaucoup d’enthousiasme. Mais une fois que le baptême est fait, on ne les voit plus presque jamais dans l’église. Ce que je veux vous faire comprendre c’est que le baptême n’est pas une sorte de vaccin spirituel contre le virus du péché originel. Le baptême est la porte par laquelle nous entrons dans le corps du Christ, dans la communauté du Christ. C’est notre naissance et notre anniversaire en Dieu car nous ne sommes pas nés chrétiens mais nous devenons chrétiens, nous naissons comme chrétiens en acceptant le Christ à travers le baptême. Une fois que l’enfant est né, nous avons la tâche de le nourrir. De même, une fois que nous somme baptisés, né spirituellement, notre foi aussi doit être nourrie par notre vie de prière et de la parole de Dieu dans la communauté de Christ, qui est l’église.

Chers frères et sœurs, lors de ce jour du baptême de Jésus, prenons conscience de notre propre baptême et de nos promesses de baptême. Demandons la grâce d’être fidèles à ces promesses. Amen.

Ashok BODHANA sj