Cène du Seigneur – Année A – 2 avril 2026
Cène du Seigneur – Année A – 2 avril 2026
Lectures : Ex 12, 1-8.11-14 Ps 115 1 Co 11, 23-26 Jn 13, 1-15
Saint Jean est le seul évangéliste à raconter ce qui s’est passé ce soir-là, au début du repas : il a lavé les pieds de ses disciples. Pourquoi lui seul ? Peut-être parce qu’il a été plus frappé que les autres par ce geste totalement inouï : Dieu lui-même qui prend la place du serviteur et qui honore ses disciples alors même qu’il connait leur fragilité ! Il lave les pieds de Pierre qui va le trahir quelques heures plus tard, et de Judas qui le dénonce pour quelques pièces de monnaie.
Saint Jean introduit la scène de façon solennelle, comme on annonce un événement exceptionnel : « avant la fête de la Pâque (la fête de la délivrance), sachant que l’heure était venue… il aima ses disciples jusqu’au bout… alors même que le diable était à l’œuvre…sachant que le Père a tout remis entre ses mains…il se lève de table… » Avec une introduction pareille, on s’attend à un événement extraordinaire, peut-être la révélation de sa toute-puissance… et puis… pas du tout : il se dépouille de son vêtement, il s’agenouille devant ses disciples, et … il leur lave les pieds !
On peut lire là toute la tendresse que Jésus porte à ses apôtres ! Certes il leur demande de faire de même, il leur montre l’exemple du service, mais je crois aussi et surtout qu’il les remercie d’être là, d’avoir parcouru avec lui pendant trois ans les routes de Palestine, d’être encore là au moment où la fin approche. Jésus honore ses disciples ! Comme sans doute il honore chacun d’entre nous pour ce que timidement nous essayons de faire ! L’amour que Dieu nous porte comporte aussi cette part de reconnaissance pour nos pauvres efforts !
Etre remerciés par Dieu, n’est-ce pas vertigineux ? Voila en tout cas ce qui nous donne envie d’en faire plus, d’aller plus loin, comme ces enfants que les félicitations du papa ou de la maman remplissent de zèle… et qui rangent leur chambre ou mettent le couvert sans qu’on ait à le leur demander !
C’est aussi sans doute le signe de son pardon, avant même que Pierre ait eu à dire à Jésus Ressuscité qu’il l’aimait vraiment. Le pardon de Dieu précède notre demande de pardon !
Je pense que nous pouvons puiser là un repère précieux dans notre façon d’agir. Il ne suffit pas de rendre service, de partager, de donner du temps et de l’énergie à ceux qui en ont besoin, il nous est demandé de le faire avec un véritable amour, c’est-à-dire avec du respect, de l’admiration, de la reconnaissance, de la tendresse pour ceux qui ont besoin de nous ! Si je donne de mon temps ou de mon porte-monnaie à quelqu’un pour me débarrasser de lui ou pour observer strictement la charité mais que mon cœur est ailleurs, loin de lui, alors je suis comme ces pharisiens qui ont suivi la loi mais qui ont mis à mort Jésus.
Le lavement des pieds est suivi de l’institution de l’Eucharistie, la consécration du pain et du vin comme signes de sa présence au milieu de nous. Non seulement il nous a montré son amour mais il anticipe sur la suite, il laisse aux générations à venir un souvenir très précis, un rituel, une actualisation permanente de sa vie parmi nous. C’est ce que nous allons vivre maintenant après quelques instants de recueillement.
Georges Cottin, sj et l’équipe liturgique Marie Céline


