Homélie du 27ème dimanche du temps ordinaire – année C – 2 octobre 2016

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Homélie du 27ème dimanche du temps ordinaire – année C – 2 octobre 2016

Lecture : Luc 17, 5-10

Si vous aviez la foi

                   Nous nous retrouvons pour cette messe qui est à la fois la messe de rentrée de notre Secteur paroissial, la messe de mes 50 ans de vie religieuse et aussi l’envoi en mission de chacun dans sa diversité. L’objectif est large. Les textes de la liturgie du jour peuvent nous aider à prendre en compte toute cette diversité afin de nous mettre à la suite du Seigneur et de faire de chacun de nous des disciples missionnaires comme nous y invite le pape François.

  • Regardons tout d’abord les lectures :

                   La première lecture est tirée de l’Ancien Testament, d’un prophète qui s’appelle Habacuc. Il vivait six cents ans avant Jésus. Dans le passage que nous avons lu, le prophète se scandalise du triomphe des méchants : « Combien de temps Seigneur vais-je appeler au secours sans que tu entendes ?… Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent » (Ha 1,2-3). Devant une telle description on croirait entendre ce qui se passe au proche orient et dans certains pays africains. Des personnes sont déplacées, malmenées, torturées, tuées à la face du monde. Le monde dans lequel nous vivons est un monde dur et violent. On comprend que certains puissent se demander : « Seigneur que fais-tu ? »

                   Lorsque nous écoutons les mauvaises nouvelles qui nous viennent des quatre coins du monde nous savons trop que ce que nous entendons est vrai. C’est vrai mais ce n’est pas la seule vérité qui existe. Il y a une autre manière de lire les évènements. En effet, au lieu de lire les évènements uniquement de notre point de vue, le Seigneur nous invite à les lire de son point de vue, à lui. Si au lieu de lire les évènements avec nos lunettes qui ont une certaine couleur nous les lisions avec les lunettes de Dieu qui ont une autre couleur nous observerions un changement.  Pour bien réaliser la différence entre les deux points de vue, le Seigneur invite le prophète Habacuc à écrire la vision qu’il lui montre afin que le jour où elle se réalisera il comprenne que Dieu avait raison dans ce qu’il lui montrait et que c’est le point de vue de Dieu qu’il faut adopter.

  • La foi grosse comme une graine de moutarde

                   Jésus, dans l’évangile, nous dit qu’il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup de foi pour marcher à la suite de Dieu. Dieu nous connaît, il nous demande d’avoir une foi microscopique, pas plus grosse qu’une graine de moutarde. Une foi de cette taille doit être à notre portée. Je voudrais dire à tous et surtout aux plus jeunes : « Courage ! »  Dieu ne nous met pas la barre trop haute. Ce matin Jésus nous invite à mettre notre foi, notre confiance en Dieu. Il nous invite à ne pas nous laisser emprisonner par ce qui ne va pas mais à savoir que, même dans les situations difficiles, Dieu est avec nous et nous prend la main.

                   A travers les lectures d’aujourd’hui Dieu nous invite à le louer, à l’acclamer, à lui dire merci, non pas pour jouer à l’autruche, pour faire comme si tout allait bien mais parce qu’il est Dieu. L’autruche met sa tête derrière une pierre pour ne pas voir le danger. Comme elle ne voit pas le danger, elle croit qu’il n’y a pas de danger. L’autruche a tort car le danger est là, il existe. Jésus, lui, nous demande de lui faire confiance pour traverser le danger. Marie, pour sa part, désire nous en garder. En nous mettant sous la protection de Marie et en tenant la main de Jésus nous savons que nous ne risquons rien. Personne ne pourra nous arracher des mains de Jésus et de Marie. Personne ne pourra nous soustraire du regard de Dieu le Père qui pose sur nous un regard plein d’amour et de miséricorde.

  • Témoignage personnel

                   Je peux vous assurer que celui qui écoute Jésus ne sera pas déçu. Comme aujourd’hui je fête mes 50 ans de vie religieuse, je peux vous faire une confidence. C’est le jour de ma première communion, alors que je devais avoir 10 ans, que j’ai pensé être prêtre. Je ne savais pas où cela allait me mener mais je n’ai jamais oublié cette petite voix que Dieu avait mise au fond de mon cœur. Lorsque j’ai eu 25 ans j’ai pensé me marier mais je n’avais pas oublié cette petite voix. Par fidélité, je suis allé frapper au noviciat chez les jésuites. Le noviciat c’est le début de la vie religieuse. J’ai demandé à Dieu la confirmation de ce que je devais faire. Le Seigneur est venu se révéler à moi et j’ai su que c’était bien la route que je devais suivre.

                   Par la suite, il y a eu des bons moments mais aussi des moments difficiles. Vers les années 1968, il y a eu une grande crise dans la société. Cette crise, ce qui est normal, s’est répercutée dans l’Eglise. Beaucoup de nos camarades, dans les années qui ont suivi, ont quitté la vie religieuse. C’était difficile. De plus, les études à faire en philo nous brouillaient le cerveau. Au fond de cette épreuve le Seigneur est venu se révéler à moi pour me relever. C’est le jour de mon entrée en théologie, à Lyon, que j’ai découvert le Renouveau Charismatique, par un de mes amis, Bertrand, qui revenait des USA. Après le repas nous avons parlé une bonne heure. Il m’a expliqué ce qu’il vivait. A la fin de notre temps de partage, il m’a invité à prier avec lui dans notre petit oratoire. Je le revois encore. Pendant qu’il priait, plein d’objections me sont venues dans la tête. Je craignais de me faire avoir. D’un seul coup j’ai entendu très clairement le Seigneur qui me disait dans mon cœur : « arrête tes objections et marche ». En un instant, tout avait basculé. Au lieu de voir tout ce qui n’allait pas et qui mourrait dans l’église je voyais tout ce qui était en train de naître. Je voyais la vie germer sous mes yeux. C’était extraordinaire. Cette phrase continue à me faire vivre.

                   Je n’ai point le temps de relire, avec vous, tout ce que j’ai vécu. Après mes études pour être prêtre j’ai été envoyé à Toulouse. J’ai travaillé 10 ans sur des chantiers comme électricien puis je suis allé en paroisse tout en continuant à œuvrer dans les groupes du renouveau notamment en animant des retraites. Je peux vous dire que j’ai connu d’autres moments très difficiles mais, à chaque fois, le Seigneur est venu penser les plaies et me relever. Je peux dire que dans ces épreuves le Seigneur m’a enseigné et fait grandir. A chaque étape il m’a m’ouvert de nouveaux horizons.

                   A la fin de la messe, qui est, non seulement pour moi, l’occasion de fêter mes 50 ans de vie religieuse mais pour tout notre secteur pastoral de commencer une nouvelle année,  j’ai à cœur de prier pour tous ceux qui ont un service sur notre secteur sans oublier le travail et la vie de famille. J’ai à cœur de prier pour que le Seigneur vous accompagne sur votre chemin et vienne se révéler plus pleinement à chacun de vous. A travers tout ce que nous vivons dans notre société et dans l’église j’ai confiance car je sais que Dieu ne nous abandonnera pas. Même si notre monde est bouleversé, je voudrais vous dire « courage ». Ne nous laissons pas entraîner par la sinistrose ambiante.  Nous n’avons rien à craindre, car notre Dieu tient le monde dans sa main car il nous aime. La vie est au bout du chemin !

Christian Vivien sj