Homélie du 5ème dimanche de Pâques – Année C – ND des Anges – 24 avril 2016

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Cène du Seigneur

Homélie du 5ème dimanche de Pâques – Année C – ND des Anges – 24 avril 2016

Évangile du jour :  Jn 13,31-33a.34-35

En ce temps de Pâques nous sommes invités à faire une relecture, à la lumière de la résurrection, d’un évènement qui s’est passé durant la passion. En effet, la résurrection de Jésus a rendu ces souvenirs moins douloureux. Il est possible maintenant d’y revenir pour en saisir le sens.

I-  Repartons de la passion de Jésus

Ici, la scène se passe le jeudi saint, au cours du dernier repas que Jésus a partagé avec ses disciples. Judas venait de partir. L’ambiance était très lourde.

Si nous reprenons le fil des évènements de ces derniers jours, tout s’était précipité. Jésus, sachant ce qui allait lui arriver, n’avait pas craint d’aller à Jérusalem à l’occasion de la fête de Pâques. Alors qu’il était sur le chemin, il avait reçu un appel de Béthanie, village de Marthe et de Marie et Lazare. Les deux sœurs avaient fait dire à Jésus : « Seigneur celui que tu aimes est malade ». A l’idée de se rapprocher de Jérusalem, les disciples étaient morts de peur et Thomas, l’un des douze, s’était exclamé : « allons, nous aussi, pour mourir avec lui ». Pour les disciples, avec la résurrection de Lazare, tout avait semblé basculer dans le bon sens. En effet, la résurrection de Lazare a été un moment très fort pour le groupe des douze. Puis ce fut l’entrée de Jésus à Jérusalem, acclamé par une foule en liesse. Tout s’était alors accéléré. Jésus avait voulu célébrer la Pâque avec ses disciples. C’était son dernier repas, un moment intense où chaque parole comptait. Judas avait pris la bouchée de la main de Jésus et s’était s’enfoncé dans la nuit. Dans le groupe des disciples personne n’avait trop compris ce qui se passait.

Puis il y avait eu l’agonie de Jésus à Gethsémani, son arrestation en pleine nuit. Surprise ! Judas conduisait la cohorte de ceux qui venaient arrêter Jésus : le traître ! Comment peut-on oublier le baiser du reniement ? Il y a eu, en suivant, le jugement, la condamnation, la mort sur la croix, la mise au tombeau. Tout a été trop vite. Comment retenir les paroles dites par Jésus. Ce n’était pas possible. C’était trop douloureux. On n’aime pas revenir sur les évènements douloureux de notre vie. Même si, au matin de Pâques, le Christ est apparu au milieu de ses disciples dans la gloire de la résurrection, les disciples ne pouvaient tout comprendre. Les mots, dits par Jésus, demeuraient toujours hermétiques car ils étaient mêlés à tout ce que venaient de vivre les disciples. Maintenant, il nous est bon d’y revenir. Les mots de Jésus reviennent à la mémoire : « maintenant le fils de l’homme est glorifié et Dieu est glorifié en lui ». Que voulait nous dire Jésus ?

II- La gloire de Dieu repose sur Jésus

Durant la passion, les disciples avaient assisté à un combat très fort entre la lumière et les ténèbres. Ils n’y ont vu qu’épreuve et mort. Comment entendre les paroles de Jésus. Pour eux, au moment où elles sont prononcées, ces paroles ne signifient que domination. Celui qui a la gloire est celui qui domine. C’est la gloire des vainqueurs, la gloire des puissants. Or la passion est un échec au niveau humain. Que peuvent signifier ces mots ?

Une clé de lecture nous est offerte dans la deuxième lecture, celle du livre de l’Apocalypse. Jean voit le ciel nouveau et la nouvelle terre. Il voit toutes choses comme Dieu les voit. Il nous est nécessaire d’associer ce que Jésus dit le soir du jeudi saint à cette vision de l’Apocalypse. Ces textes associés l’un à l’autre sont étonnants. Ils nous montrent que le ciel et la terre sont unis. En deux tableaux différents, le Seigneur nous montre la même réalité. Pour ceux qui ont été à Lourdes et qui sont entrés dans la basilique du Rosaire, on peut regarder de grandes fresques qui représentent chaque mystère. Sur chaque fresque nous repérons ce qui se passe sur la terre et au dessus de la fresque il y a un dessin qui représente ce qui se passe au ciel. (Cf l’annonciation). Ici l’évangile de ce dimanche nous rappelle la souffrance du Christ sur la terre, son offrande qui a semblé être un échec. Dans la deuxième lecture, l’Apocalypse nous décrit la victoire qu’elle apporte et souligne que toutes les ténèbres sont définitivement balayées. Avec Jésus nous entrons dans une ère nouvelle. Il nous faut être conscient du cadeau qui nous est fait. Ce cadeau est le cadeau de l’amour.

III- Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés

Jésus nous laisse un commandement nouveau qui se greffe sur un commandement ancien, celui de s’aimer les uns les autres. En quoi ce que nous dit Jésus est-il un commandement nouveau ? Bien sûr, ce que nous dit Jésus s’appuie sur ce qui a toujours été enseigné mais il va plus loin. Les deux grands commandements du décalogue se résument en « aimer Dieu de tout son cœur et aimer son prochain ». La question du bon samaritain était de savoir qui était son prochain. Jésus va préciser que la question n’est pas de savoir qui est mon prochain mais celle de savoir de qui je me fais le prochain. Ce commandement, aimer son prochain, va se préciser en « aimer son prochain comme soi-même ». Ici Jésus nous propose un pas de plus. Il nous dit : «  aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Le mot « comme » change tout et s’éclaire par ce qui s’était vécu ce jour-là. La norme pour savoir comment aimer son prochain est de suivre le chemin de Jésus. Dans ce contexte où Judas va trahir Jésus la barre est haute. On peut remarquer que jusqu’au bout Jésus va chercher à aider Judas à sortir de son aveuglement. Et lorsque Judas viendra avec la cohorte chargée de l’arrêter il se contentera de dire : « Judas c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ». La grande différence entre Pierre qui a renié Jésus et Judas qui l’a trahi ne réside pas dans la gravité du péché mais dans le fait que Pierre n’a jamais désespéré de l’amour de Jésus. C’est pour nous un enseignement prometteur.

Jésus avait déjà dit: « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent ». En cette année de la miséricorde, Jésus nous rappelle avec force qu’il n’y a aucune limite à l’amour : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Christian Vivien sj