Homélie du 6ème dimanche de Pâques – Année C – LOYOLA – 1er mai 2016

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Ermitage d’Olatz

Homélie du 6ème dimanche de Pâques – Année C – LOYOLA – 1er mai 2016

Évangile du jour : Jn 14,23-29

L’évangile d’aujourd’hui, malgré son côté virevoltant (on passe de la demeure au départ, de la peur à la joie, des bouleversements à la confiance de croire…), peut nous permettre de relire trois expériences spirituelles fortes :

1- “Chez toi, nous nous ferons une demeure.”

Comme au début de l’Évangile de Jean avec André et le disciple que Jésus aimait, il y a ancrée en moi cette question de Jésus : “Que cherchez-vous ?” et les deux disciples répondent : “Maître, où demeures-tu ?” et Jésus leur propose “Venez et vous verrez” “Ils virent où il demeurait.” “Et ils demeurèrent auprès de lui”… Il ne s’agit pas d’abord d’une affaire de logement, bien que ce serait étonnant de voir où j’ai logé depuis 50 ans. En fait il s’agit de découvrir :”Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et chez lui, nous nous ferons une demeure“. Voilà quelle est l’habitation du Seigneur. Sa demeure est d’être avec son Père et nous sommes invités à l’y rejoindre. L’Évangile de Luc est encore plus direct à Jéricho, avec Zachée du haut de son arbre, c’est Jésus qui lève les yeux vers lui et qui lui demande “Zachée, descends vite, aujourd’hui il me faut demeurer chez toi“. (Lc 19, 5 ) Et Zachée met toute sa maison en mouvement pour pouvoir accueillir celui qu’il désirait tellement rencontrer… Pour chaque chrétien et pour moi aussi, il y a ce long travail du désir de demeurer avec Jésus, d’entrer dans son intimité, de découvrir ses projets, sa manière de faire découvrir son Père à l’œuvre dans sa vie, sa manière de lui parler en disant “Notre Père”… La lecture régulière de la Parole de Dieu en groupe depuis 50 ans a sans doute été la forme la plus savoureuse pour “comprendre dans toutes les Écritures ce qui le concerne”. Encore à Bordeaux le mercredi soir il y a ce partage de la Parole de Dieu du dimanche suivant… Un vrai bonheur… même si nous pourrions être plus nombreux à le vivre… tellement la lecture ensemble nous fait demeurer dans l’intimité de la relation Père-Fils.

2- “L’Esprit-Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.”

Ignace a découvert qu’il avait la passion d’aider les âmes. Je crois que cela unifie bien des souvenirs en moi : un vrai goût pour la rencontre, une attention pour permettre d’aller le plus loin possible vers ce qui est beau, réjouissant, blessé, secret… Les 9 années à l’aumônerie de Maison d’arrêt à Bois d’Arcy dans le diocèse de Versailles ont purifié la curiosité qu’il pouvait y avoir encore en moi, en désir d’accueillir ce que les personnes détenues pouvaient dire au moment où elles le pouvaient. A un moment de crise avec un homme détenu qui était dans le quartier de haute sécurité, l’équipe des aumôniers m’a demandé si je n’étais pas trop sensible pour faire ce travail en prison… Après une mauvaise nuit blanche, il m’a paru clair que ma fragilité, ma sensibilité et mon émotivité pouvaient être une force dans ce monde si difficile de violence, de mensonges, où tout vous conduit à la transgression… si je le vivais en équipe d’aumônerie. « Aider les âmes » est toujours un recommencement pour trouver la place juste, pas trop proche, pas trop loin, pas trop long… Trouver ensuite comment le porter à Dieu dans la prière ou dans le partage quand les équipes de relecture sont en place… Se faire aider quand cela m’atteint trop. Arrêter quand il le faut et ce n’est pas simple… Si dans la vie familiale, les enfants sont le moteur le plus puissant de la transformation intérieure des parents, je crois que dans ma vie apostolique le fait d’« aider les âmes » a été le lieu le plus important de transformation  personnelle. Quand j’ai découvert au noviciat que c’était ce qui mobilisait Ignace et ses compagnons, je crois que cela a été une vraie joie et elle n’a jamais cessé pendant ces 50 ans.

3- “Je vous dis ces choses maintenant pour que vous croyiez.

L’Évangile de Jean est tout entier construit pour présenter à travers 7 signes de la vie de Jésus qui nous invitent à croire qu’il est le Christ, le Fils de Dieu et pour qu’en croyant nous ayons la vie en son nom… Plus j’avance en âge, plus je suis habité par le désir de lire dans la vie de chacun, la vôtre, la mienne, les signes de cette présence de Jésus amoureux de nous jusqu’au bout. Quand on rumine l’évangile, on ne peut pas ne pas se poser la question : si le Jésus de l’évangile est celui qui engage sa vie jusqu’au bout, jusqu’où va l’engagement de ma propre vie pour le Dieu de Jésus-Christ ? En revenant souvent à la figure de Simon Pierre, je le vois comme un exceptionnel témoin de l’absolu de Dieu, qui a un cœur gros comme ça, qui dit et fait les mêmes bêtises que nous. Il illustre tous les paradoxes de l’évangile : mourir pour renaître, croire sans avoir vu… Il aura mis du temps à comprendre que c’est le perdu qui est cherché ; que le seul solide ancrage n’est pas dans nos vertus, mais dans la miséricorde ; qu’il ne s’agit pas de rêver la perfection, mais de servir les brebis confiées, et que suivre le Christ n’est pas trotter devant, mais marcher derrière la brebis la plus fatiguée…

Claude Charvet sj