Homélie du dimanche 18 août 2019

“Seigneur viens vite à mon secours”, voici la supplique du psaume du jour. Nous pouvons la faire nôtre en implorant le pardon et la miséricorde de Dieu.

1) Le message du Christ dérange.

Dans la 1ère lecture, Jérémie est jeté dans une citerne boueuse de Melkias, à cause de sa prédication décapante, qui provoque des soulèvements au sein du peuple et démoralise les ardeurs au combat. Il faut le réduire au silence. Comme ces milliers d’hommes et de femmes, qui dénoncent aujourd’hui la corruption des élites et des gouvernements, que l’on fait taire pour raison d’Etat. La médiation d’Ebed-Melek auprès du roi, sauve le prophète d’une mort certaine.

2) Il peut provoquer des divisions

L’enseignement jésuite insiste sur l’amour et la paix. Mais ceux qui s’y conforment, se mettent inévitablement en porte à faux avec ceux qui ne partagent pas nos valeurs chrétienne. Alors, il peut naître de l’hostilité de la part de nos amis, des membres de notre famille, de nos collègues de travail. Suivre Jésus et son Evangile, c’est tourner le dos et avoir en horreur les anti valeurs que le monde vénère et embrasse, ces idoles devant lesquelles nous nous prosternons et qui nous font oublier l’homme et sa création. Jésus, lui même, a fait l’expérience de l’hostilité dans sa propre famille, qui selon Jean ne croyait pas en lui.

3) Ne pas avoir peur

Jésus sait que se mettre à sa suite, c’est traverser des épreuves, des souffrances, des contradictions mais aussi la joie de la fidélité. Là se joue le drame et la beauté de la foi. A maintes occasions, Il interpelle ses disciples, qui ne prennent conscience de l’enjeu.

Jésus monte vers Jérusalem où il va accomplir la volonté de son père. Sa démarche engagée ne doit souffrir d’aucun ralentissement, d’aucune entrave. Il sait qu’il va souffrir et mourir mais il assume cet instant sereinement. A son exemple Jésus nous exhorte à ne pas avoir peur face à l’adversité, à ne pas renier notre foi et notre baptême. Il nous précède et nous montre le chemin.

4) Il apporte le feu

C’est dans ce contexte, de cette tension que jaillissent ces quelques versets intrigants de notre évangile. Il traduisent pourquoi Jésus est venu. ” C’est un feu que je suis venu apporter sur terre(..) c’est un baptême que j’ai à recevoir.” Si seul Luc rend compte de cette particularité, l’interprétation de ce passage soulève beaucoup de passion. Le feu a plusieurs représentations dans la Bible: un désastre ou une punition, une purification ou une illumination, une protection.C’est également l’Esprit Saint sous la forme de langues de feu à la Pentecôte. C’est aussi l’amour divin qui embrase le coeur de tant de mystiques. Ces images de feu et les symboles peuvent avoir des sens variés.

Par notre baptême, Jésus nous indique le chemin qui conduit vers le  Père. Si le baptême est un choix libre, il est avant tout symbole de l’engagement de Jésus dans sa Passion. Dans  Marc 10, 38-39:”Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, ou être baptisés du baptème dont je vais être baptisé?”  Dans les évangiles, Jésus a touours parlé de paix. Il a prêché l’amour. Pour cela entendre qu’il est venu apporter la division nous semble contraire à son idéal de fraternité qui recommande une sortie de soi au bénéfice d’autrui, l’amour de ses ennemis. L’annonce qui identifie Jésus de Nazareth comme le Messie crée des divisions parmi les juifs. Vu sous cet angle, la Bonne Nouvelle de Jésus est source contradiction ou de divisions. Syméon, pendant la présentation de Jésus au temple, déclare: “Il est là pour la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe contesté.” Jésus va rendre cette déclaration explicite: “Le père va s’opposer au fils, la mère à la fille, la belle-mère à la belle-fille.”

Ce que Jésus dénonce peut faire imploser la fraternité et la cohésion communautaire, le vivre ensemble.

Cette division a atteint son apogée avec la Passion et sa mort, victime innocente de tous ceux qui ne voulaient pas perdre leurs privilèges. Aujourd ‘hui cette histoire continue avec l’offensive de certaines multinationales qui sèment la mort et détruisent notre maison commune. Elle est présente au sein même de notre Eglise catholique, où les réformes de Vatican II sont source de division.

Jésus désire notre unité, puisse son Esprit nous consacrer dans la vérité.

Patrice Batantou sj.